‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 168 sur 356 · PiRRi, Sicilia sticra, t · texte numérisé non relu

PiRRi, Sicilia sticra, t

A cette époque, la France était éprouvée par un fléau redoutable qu'on appelait le feu sacré. Saint Thomas rappellera plus tard feu d'enfer, ignis infernalis. Il était plus connu sous le nom de Mal des Ardents^ sidération, feu sacré, comme s'il eût été le résultat d'une influence des astres. Les Grecs rappelaient spacèle * ou esthiomène 2. C'était comme une ardeur consumante qui défigurait et mutilait plus affreusement que la lèpre. Les membres atteints se noircissaient, se calcinaient et tombaient comme un charbon éteint. On fit partout des prières publiques pour la cessation du mal. Les reliques du grand saint Antoine, moine de la Thébaîde, apportées de Gonstantinople au siècle précédent, avaient été déposées près de Vienne en Dauphiné, h la Motte, au pays appelé depuis Saint-Antoine. C'était Joscelin, un seigneur de la famille des comtes de Poitou, qui avait doté sa patrie de ce précieux trésor. Elles n'avaient pas eu jusqu'ici, pour ainsi dire, de lieu de repos, et ses possesseurs les emportaient avec eux à la guerre pour en user comme d'un signe visible de la protection du ciel. Mais le fils de Joscelin, sur l'ordre du Pape 3, les déposa dans l'église de la Motte-Saint-Didier. C'est là que les pestiférés accouraient de toutes parts, demandant leur guérison. Alors, on vit des miracles sans nombre et la gloire du serviteur de Dieu se manifesta de diverses manières : les malades qui l'invoquaient recouvraient la santé, mais les gens bien portants qui eussent osé blasphémer ou insulter à la vertu des saintes reliques, étaient frappés soudain du feu dévorant *.

L'aflluence continue des malades amena naturellement la création d'une communauté qui leur rendrait les soins d'hospitalité et de charité nécessaires. Deux seigneurs de la province se consacrèrent, eux et leurs biens, au service des malades, s'adjoigni-

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