‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 176 sur 356 · V. — ÉvÊCHÉs DE Sicile et de Corse. — L'ÉvÉQUE de Pise · texte numérisé non relu

V. — ÉvÊCHÉs DE Sicile et de Corse. — L'ÉvÉQUE de Pise

Quelque temps après le concile de Bénévenl, Urbain II se trouvait à Mileto en Calabre, en mai 1091, et les pourparlers qu'il engagea alors avec le comte Roger devaient avoir pour la Sicile les plus heureuses conséquences. Urbain II peut être regardé comme le restaurateur des églises de Sicile. Les Papes qui viendront après lui s'en rapporteront à son organisation et à ses ordonnances : Pascal II pour Téglise de Mazzara, Eugène III pour celle de Messine, décideront le statu quo tel qu'il a été réglé « par le seigneur apostolique le Pape Urbain de sainte mémoire».

Roger fut en cela le très fidèle mandataire du souverain Pontife. Il appartenait à Ce preux chevalier, qui avait débarrassé la Sicile du fléau des Sarrasins, de relever derrière eux les ruines des évéchés mis à sac et de faire surgir à nouveau la flore des monastères que le sabot des chevaux barbares avait piétines sans merci ^ Mais il ne fera rien sans les conseils minutieux et continus du Pape. Même celui-ci aura à cœur de consacrer lui-même les évoques des églises restaurées.

Le comte avait donc la noble mission et la pleine liberté de rétablir les anciens pièges épiscopaux 2, d'en créer de nouveaux, même dans les monastères si la nécessité s'en faisait sentir, et aussi d'embellir certaines abbayes ou d'en reconstruire d'autres en entier. Messine, Agrigente, Mazzara, Catane, Syracuse,

1. ■ I>? comte Rogor voyant, par la gràco de Dieu, toute la Sicile soumise à son pouvoir, pour ne pas t'^tre ingmt envei-s la Providence, se tourna entièrement vers la piété. Jl se prit à aimer et à exercer la justice, à embrasser la véi'ité, à fréquenter les offices religieux avec dévotion, à assister au chant des hymnes saintes, à donner aux églises la dime de tous ses revenus, à consoler les veuves, les orphelins, les affligés, à répai'er ici et là les églises, à donner lui-même en plusieurs endroits de quoi faciliter la construction des édifices religieux. • G. Malaterra, Hi$t. Sic, 1. IV, c. vu.

2. Par ce comte Roger de Sicile il fut établi que désormais les évéques élus de Sicile viendraient chercher à Rome la consécration des mains du Pa})e en (|ualité de métropolitAin. (Cf. Mlratori, Annal. liai., ad ann. KXK).)

devinrent les principaux évêchés de Tîle. Leurs évoques furent des hommes choisis, dont plusieurs étaient des moines de Normandie, associés dès Torigine aux conquêtes politiques de leurs frères en apportant leur appoint de sainteté et de vertu civilisatrice. Parmi eux, il convient de citer Etienne, un Rouennais, qui eut Téglise de Mazzara, et Ansgérius, religieux breton celui-là, qui, tiré plus tard du monastère de Sainte-Euphémie, l'un des plus célèbres de la Sicile, reconstruisit le célèbre monastère de Catane avec sa splendide église ^

Après les évêchés, Roger s'appliqua à rendre la vie aux monastères. Deux des plus célèbres furent le monastère de Saint- Ange de Mileto et l'illustre abbaye de Saint-Barthélémy, dans l'île Lipari. C'est à ce dernier monastère que le Pape envoya un bref, de Militi, le 3 juin, pour confirmer ses biens « en vertu d'un privilège du religieux empereur Constantin qui donnait toutes les îles occidentales en droit propre au Bienheureux Pierre et à ses successeurs », surtout les lies qui bordent l'Italie. Les Sarrasins avaient fait de l'île Lipari un désert; ils en avaient effacé jusqu'au nom chrétien. Pourtant elle avait eu l'honneur autrefois de posséder le corps de saint Barthélémy, et figurait comme évêché au temps de saint Grégoire. Urbain II ne jugea pas à propos de relever le siège épiscopal, à cause de l'exiguïté du lieu et de la rareté des habitants; mais, dans la lettre qu'il écrivait à Ambroise, abbé de Lipari, il assura au monastère la paisible possession de l'île entière '^.

Un autre genre de fondation que le Pape s'efforça d'introduire en Sicile, pour y réparer les ruines accumulées par les Sarrasins, fut l'établissement d'abbés-évêques et de monastèresévôchés. Roger l'aida encore dans cette œuvre. A Catane, lieu

1. Dans co monastère de Sainto-Euphéniio, Robeil Guiscard avait établi, avec plusieurs de ses religieux, Tabbé Robert, qui avait été chassé de son monastère de Saint-EvrouU en Normandie. Dans le midi d<» l'Italie, comme en Sicile, les Normands avaient peuplé les monastères, l'ghelli dit, à propos du diocèse de Bénévent : «... ut ita dicam omnes monachi in Beneventana regione degentes sanguine erant Longobardico progeniti, ut ex eorum nomine conjicere licet -. //. sacr.j VIII, p. 9*2.

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