Uguelli, Ital. sacr., 1. 1, p
de la naissance et du martyre de sainte Agathe, Tun des sièges les plus illustres et les plus anciens, mais depuis longtemps disparu, il établit un monastère dans Téglise même de la sainte. Les religieux avaient mission d'y prier pour le salut de leur fondateur, mais aussi, détail touchant, pour « les âmes des soldats qui, en arrosant cette terre de leur sang, l'avaient rendue à la domination chrétienne ^ ». Le Pape décidait aussi que celui-là même qui serait élu comme abbé par les moines aurait rhonneur d'être présenté au peuple comme son évoque : le même chef gouvernerait tout à la fois les religieux d'après les institutions régulières, et le clergé et le peuple d'après les règles canoniques 2. Aussi bien l'église de Catane recouvrait-elle tous ses droits antiques et son ancienne circonscription diocésaine ^.
Après la Sicile restaurée, ce fut la Corse qui attira l'attention du Pape. Par suite de la difRculté des communications, de la négligence des pasteurs, de l'insolence des maîtres et de l'absence de légats apostoliques, la vigueur de la vie chrétienne s'était énervée dans l'île. Pour la ranimer, Urbain tourna ses regards vers l'évêché de Pise que sa situation avancée plaçait comme une sentinelle en vue sur les côtes et un héraut capable de faire entendre la voix de la discipline au delà des mers. Le privilège constantinien qui donnait les îles au gouvernement du Saint-Siège, avait subi de graves détriments à la suite des longs troubles politiques. La Corse, depuis de nombreuses années, avait été soustraite à l'autorité de l'Eglise romaine. C'est Grégoire VII d'abord qui réussit à faire prévaloir les anciens droits violés. Urbain II après lui, à la demande de la comtesse Mathilde et de Daimbert, évêque de Pise, réunit les
1. • Milituui animabusqui oamdem terrain Christianoruni ditîoni siio sanguine roparaverunt ». Boll., Acla SS.^ febr., t. I, p. G55.
2. « Idemque abbas et episcopus et monasterium regulariter, et clerum et populuni universum canonice regere, Dno opitulante procuret. • Ibid.
3. Le 14 mars, Urbain, toujours à Anagni, renouvela à l'abbi'» do Sainte-Sophie de Bénévent les privilèges de son monastère (Miose, CLl, 341), puis le 23 mars, ceux de Reinhersborn, en Thuringe {Ibid. y 342, et Thuringia sacra. Francofurli, 1737, p. 61), et enfin, au mois d'avril, ceux du monastère de Souvigny, dans le diocèse de Bourges (Migne, ibid,, 3^1 1).
églises de Corse sous la dépendance de celui-ci. C'était pour récompenser les Pisans de leur inviolable fidélité au Siège apostolique ^. Durant la tempête du schisme, ils avaient gardé intact leur attachement à l'Eglise romaine, et leur évèque, après les preuves données d'un dévouement qui lui avait coûté cher, était prêt à se surdépenser encore lui-même pour la liberté de cette même Église. Le sage Pontife romain trouva qu'il pouvait justement dire à ses fidèles enfants comme le Sauveur aux Apôtres : « Vous avez persévéré à demeurer près de moi dans mes luttes, en retour je dispose en votre faveur d'un royaume comme le Père en a disposé pour moi. » Les églises de Corse furent donc soumises entièrement à la juridiction de Pise, désormais leur métropole, avec charge à celle-ci de gouverner, de défendre, de supprimer, de refaire, au gré de sa sagesse, pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique. Daimbert fut honoré du pallium ^.
Ce Daimbert avait été sacré par le Pape évéque de Pîse. Des réclamations s'étaient produites à ce sujet, parce que Daimbert avait autrefois reçu l'ordination du diaconat des mains d'un schismatique simoniaque, Wezilo, l'archevêque de Mayence. Urbain ne l'ignorait pas, mais comme l'ordination elle-même n'avait pas été entachée de simonie et que le sujet s'était séparé, d'esprit et de corps, du clan hérétique et avait déployé une énergie rare au service de l'Église romaine, le Pape avait cru devoir ratifier cette ordination diaconale ^.
La discrétion apparaît en cette circonstance, en ce qu'il ménage les personnes, autant que le droit l'y autorise, et, d'autre part, anathématise le mal sans pitié. C'est ce que l'on voit dans une lettre qu'il adresse, de Troja, à Rustique, abbé de Vallombreuse, et à Martin, des Camaldules, qu'il reprend doucement tous deux d'avoir refusé soumission à l'évêque de Pise avant