Ibid., p. 50 ; ou Archiv, de VOrieni lai., I
4. BibL des croisades, II, 491 (M. 1829). — L'abominable Benon qui fait de Ger- Xy^TX un magicien, disait que celui-ci « avait eu du démon la réponse qu'il ne mourrait pas sans avoir célébré la messe à Jérusalem. Trompé par cotte équivoque, tandis qu'il croit qu'il s'agit de la cité de Jérusalem dans la prophétie,
rope contre les infidèles d'Orient, quand lui-même avait besoin d'appuis temporels, d'autant qu'une paix relative, telle qu'elle existait alors en Orient, n'eût motivé en aucune façon une levée en masse de boucliers. A moins qu'on ne prenne pour des persécutions les attaques des Bédouins qui infestaient les routes de la Palestine et que les Latins ne distinguaient pas toujours des méchancetés des musulmans. Jérusalem était relativement tranquille au commencement du xi« siècle, à l'époque du pontificat de Silvestre II. La critique moderne parait avoir suffisamment établi ce point historique ^
Pour ce qui est de Grégoire VII, il est incontestable que ce grand Pape, à plusieurs reprises, eut la préoccupation d'envoyer au gouvernement de Constantinople menacé par l'invasion seldjoucide, un contingent de troupes armées. Mais d'une part son idée était visiblement de se concilier l'empire grec, pour obtenir de lui, en reconnaissance, la cessation du schisme ^, et de l'autre on ne voit nullement qu'il ait eu en vue la délivrance des Lieux Saints, c'est-à^ire la croisade proprement dite. Qu'on lise les différentes lettres qu'il écrivit à ce sujet en 1074. Il n'y fait pas d'allusion aux profanations de la Terre Sainte. En réalité, les Turcs, à cette époque, opprimaient surtout l'Asie Mineure. Mais en Syrie leur puissance était contre-balancée par celle de l'Egypte, et cela au profit des chrétiens qui restaient neutres. Ainsi en 1070, lors de la prise de Jérusalem par les Turcs, quand trois mille musulmans furent massacrés, les chrétiens, eux, furent épargnés. Pourquoi donc Grégoire VII eût-il songé à une délivrance si peu nécessaire?
disant la messe, au jour de la station, dans l'église de Rome qui s'appelle Jérusalem, il est prévenu par une misérable et affreuse mort; au milieu des angoisses de Fagonie, il supplie qu'on lui coupe les mains et cette langue qui lui avait sei*vi à déshonorer Dieu en servant au démon -, Beno, Gesta rom. Ecd., G, y M. Délite, II, p. 377.
1. Cf. comte Riant, Archiv. de l'Or, lat., 1. 31 sqq. et de Hartung, de l'école do Tubingue, Zur Vargeschdes /À>.,Ibid., 33. Voir sur cette question les articles du Bulletin du Diocèse de Reinis, janvier à mars 1884, dans lesquels M. l'abbé Compant apporte des preuves victorieuses à l'appui de notre opinion.
2. « lllud etiam me ad hoc opus permaxime instigat quod Constantinopolitana ecclesia... concordiam apostolicœ sedis exspectat. » Grcg. VII ad Henrict Jaffé, J/on. Greg., p. 145.
Aussi, dans ses lettres, n'en parle-t-il pas et voit-on bien que c'est vers Constantinople qu'il veut diriger ses renforts, a Nous < espérons, dit-il à Guillaume, comte de Bourgogne, en lui demandant ses soldats, nous espérons venir, à Constantinople, en aide aux chrétiens qui, exposés sans cesse aux déprédations des Turcs, en appellent instamment à notre intervention. » * « Les païens, écrit-il encore à tous les fidèles pour les supplier de venir au secours des Grecs, les païens se ruant sur l'empire chrétien ont tout ruiné avec une barbarie sans pareille, jusque dans le voisinage de Constantinople; ils occupent le pays en vainqueurs impitoyables et ont massacré des milliers de chrétiens comme un vil bétail. ^ » Ecrivant en outre, au mois de décembre delà même année, à l'empereur Henri IV pour appeler ses sujets à venir se grouper sous l'étendard de saint Pierre, il parle de cinquante mille hommes qui ont le projet de se lever en masse contre les infidèles et <c d'aller jusqu'au tombeau du Seigneur » ^.Mais c'est la seule fois que Grégoire nomme le Saint Sépulcre, Encore ne le fait-il qu'en passant et sous une forme oratoire, avec si peu d'insistance qu'il revient tout aussitôt à ce qui semble la pensée prédominante de son dessein : la cessation du schisme, ce Ce qui me décide par-dessus tout à entreprendre une si grande affaire, dit-il, c'est la situation de l'église de Constantinople qui, ne concordant pas avec nous sur la foi au Saint-Esprit, désire l'union avec le Siège apostolique.^ »
Si donc Grégoire VII a eu l'idée d'une intervention en Asie Mineure et le désir d'aller lui-même en personne au delà des mers où il eût voulu verser son sang pour le Christ ^, rien ne peut établir son intention de reprendre la Terre Sainte aux Turcs. Aussi peut-on dire que « Grégoire VII n'a pas été le précurseur d'Urbain II, ou que ce dernier pape n'a pas suivi un plan tracé par son prédécesseur^ ». On peut croire en effet qu'avec sa large