MiGNE, Ibid
5. Grég. VII à la comtosso Mathilde. Japfé, Mon. Greg., p. 532.
6. Comte Riant, Inv. crit,, p. 65. De Sybel trouve aussi que ces lettres de Gré-
politique, Grégoire VII, avant tout soucieux du retour de FEglise dissidente, s'y serait pris différemment. Au lieu de ruer des masses sur FOrient, il aurait tenu en réserve ses armées et eût agi par négociations.
Urbain II a-t-il vu autrement et peut-on dire qu'il soit cause que les croisades aient profondément nui à Tunion des Églises ? Était-il maître des excès possibles et des débordements de la nature humaine ? Et d'autre part, sous prétexte de sauvegarder l'union de l'Orient, pouvait-il laisser s*abattre sur l'Occident et sur Rome un péril imminent ? Ne serait-il pas permis de croire que, s'il a voulu la chose, il ne l'a pas complètement voulue telle qu'elle fut exécutée?
Cependant, surtout depuis la chute d'Antioche en 1084, la persécution des Turcs en Syrie, s'étant violemment accrue, provoqua des appels pressants de la part des chrétiens malheureux, à la charité et peut-être aux secours armés des Occidentaux. Il n'est pas possible d'avoir de doute à ce sujet.
Mais faut-il soutenir l'opinion, l'une des plus accréditées, que ces appels se soient officiellement fait entendre en Occident par Fintermédiaire d'Alexis Comnène, et qu'ainsi la cour de Byzance ait déterminé le grand mouvement de la première croisade ?
Cette opinion s'est appuyée principalement sur une lettre prétendue d'Alexis Comnène à Robert de Flandre que les historiens ont généralement jusqu'à aujourd'hui regardée comme authentique *. Cette lettre, d'après le comte Riant, ne serait qu'un de ces excitatoires composés peu avant la croisade pour entraîner les bonnes volontés.
Si l'empereur byzantin avait pu en 1074 appeler Grégoire VII
jçoire VII ne contiennent qu'une idée tout à fait fugitive du Pape et qu'elles nv sont pas en tout cas Tidée de la véritable croisade. Oesch. d. L Kreuz,, p. 188-190. — Cf. Bev, des Deux-Mondet, i*' décembre 1883. Geffroy, Une enquête française sur les croisades et VOrieni latin, p. 620 sqq.
1. Le comte Riant (Alexii I Comneni ad Rob, epistoL spur., Genev., 1879) parait en avoir victorieusement démontré la fausseté. Il ne nous importe pas d'enlirr dans le détail de sa savante argumentation. En Allemagne, depuis le milieu du siècle dernier, les historiens ont rejeté Tauthenticité de ce document. Cependant de SybeletHagenmeyeren ont repris la défense. Toutefois ce dernier paraît finalement se ranger aux conclusions de M. Riant. Cf. Inv, cHt,, p. 80,n.9.
à son secours contre les Musulmans, si en 1095 il invoquait l'assistance d'Urbain II contre un ennemi qui menaçait Constantinople, on ne voit pas qu'il ait songé le moins du monde au Saint Sépulcre, pour lequel d'ailleurs les Grecs se montraient assez indifférents.
Comment croire qu'Alexis ait écrit une lettre d'un réalisme prodigieux au comte Robert de Flandre dont il n'avait pas eu à se louer, à Constantinople même, quelques années auparavant, et dont il se débarrasse avec tant d'entrain ? Gomment pouvait-il offrir comme appât, aux convoitises des Occidentaux, « les joyaux de sa couronne, les trésors des églises, qu'il représentait comme pouvant suffire à meubler toutes les églises du monde, les richesses de Sainte-Sophie et de la ville impériale, et jusqu'à la beauté des femmes grecques^ » ? Ge n'étaient vraiment pas là des motifs valables pour la prédication d'une guerre sainte. Enfin comment Alexis était-il si éloquent pour appeler les croisés, lorsqu'il les vit venir si à regret ?
D'après des données généralement reçues, des ambassadeurs de l'empereur de Gonstantinople vinrent au concile de Plaisance; mais l'objet principal de l'ambassade byzantine à ce concile ne put être, comme du temps de Grégoire VII, que l'union des Eglises et la discussion d'affaires dogmatiques ou disciplinaires, discussion qui d'ailleurs entrait pour une très large part dans les préoccupations habituelles d'Alexis. S'il est impossible de nier qu'il y eût quelque chose en l'air, il parait du moins difficile d'établir que l'ambassade d'Alexis soit venue officiellement réclamer l'assistance du Pape en faveur de la croisade. G'est toujours en faveur de Gonstantinople que, d'après Bernold, Alexis en appelle aux armes ^. Or le foyer des gémissements plaintifs qui attirèrent la pitié de l'Occident ne fut pas Gonstantinople y mais Jérusalem ^. La meilleure preuve,
1. C'est Guibert de Nogent qui ajoute ce mot au texte de la lettre : « Prêter haec universa, pulcherrimarum feminarum volaptate trahanlur. » Guib. Nov., 1. I, c. IV. HUL occ. des Crois.y IV, 133.