III. OdON, chanoine et ARCillDIACRE
On ignore à quelle date Odon fut ordonné prêtre, mais ce que Ton sait, c'est que, de bonne heure, il fut élevé h la dignité de chanoine de l'église de Reims! Cette église brillait entre toutes par la sainteté des mœurs et la régularité de la vie commune. Des restes des institutions régulières elle avait conservé deux choses : la table et le toit. Elle marchait fidèle à ces observances ^t à d'autres encore, terrible comme une armée rangée en bataille, aimable aux yeux des siens, admirable pour l'étranger ^ De là, quelques auteurs avai(;nt donné à ses chanoines, le nom de chanoines réguliers. Plusieurs en ont conclu que Odon avait été chanoine régidier lui-même 2.
Comme, à C(»tte époque, les chanoines n'étaient pas tous prêtres, mais quelques-uns diacres ou sous-diacres, ou même simples clercs minorés, on ne peut dire si le jeune Odon était déjà honoré du sacerdoce, quand il commença à faire partie du Chapitre. Mais on est incliné à croire qu'il fut pourvu de ce bénéfice dans un âge relativement peu avancé puisqu'il était archidiacn» (lès l'âge de vingt-huit ou trente ans 3.
II travailla, de concert av(H* le zélé archevêque, à relever les mines accumulé(»s par les misères et h*s scandales du sièch* précédent. L'église Saint-Timothée, démolie, fut refaite. L'église Saint-Nicaise n'était plus qu'un amas de débris. Odon la releva <»t y établit, au lieu de clercs, des religieux avec leur abbé. Cent soixante ans plus tard, les abbés de Saint-Nicaise consacrèrent l<*urs revenus à la construction de» la splendide cathédrale que
1. Stephakus, Annales carthusienses, lib. IV, dans Bol!andist«»s, Vio do saint
Bruno, p. ui^K n. 126.
•i. • Canoniciis regularis EcclesiîB remensis. • (Bibl. Ord. Prœm.^ lib. I, p. 1U>.) 3. On volt sa signature au bas d'uno charte de Gervais, établissant doiiz»' ciia-
DOines dans Téglise Salnt-Tiniothée. Celte charte est de 10^)4, époque à laquelle il
|K>uvait aTOir vingt-deux ans.
nous admirons aujourd'hui et qui occupe la placo même de l'êglise restaurée par Gervais. Non loin de celte église, à Tendroit de la petite chapelle où le corps de saint Denis avait été déposé pendant le siège de Paris par les Normands, s'éleva un magnifique couvent de chanoines réguliers, qui porta le nom d'abbay« de Saint-Denis et subsista jusqu'à la Révolution. L'église Saint- Denis fut démolie en 1796, mais Tabbaye resta et devint, en 1822, le grand séminaire actuel.
Quelque chose du cœur de Tarchidiacre demeura toujours là où s'étaient concentrés les premiers efforts de son zèle : l'église de Reims, même après qu'il fut élevé à la dignité suprême, fut constamment l'objet de sa particulière affection. Tout ce qui touchait à l'honneur de cette métropole lui était sensible, « il l'aimait beaucoup plus que les autres* », et il se donna beaucoup de peine, comme nous le verrons, pour lui rendre son ancienne couronne de douze évéchés suffragants. Aussi, lorsque: le grand Yves de Chartres l'appellera au secours de la métropole ^ à la vue des périls menaçant l'égHse de Reims, à la mort de l'archevêque Renauld, Urbain II saura trouver dans sou cœur des accents dignes de saint Paul : « Les entrailles de notre charité se sont émues, très chers fils en Jésus-Christ, dira-t-il à s(;s enfants rémois, quand nous avons appris qut» vous étiez privés de i)asteur... Mais au milieu de ces tribulations, la grâce du Dieu tout-puissant nous a dilaté le cœur, lorsque nous avons appris Taccroissement de votre piété. » L'église de Reims, il l'aimait, parce qu'elle était sa mère, selon l'expression d'Yves do Chartres, et parce que, d'après le témoignage du même saint, c(^tte métropole était, pour la plupart des autres églises des Gaul(»s, un exemple de résurrection^.
Les événenuuits allaient hâter la vocation du jeune archidiacre.
1. * Vald(» oaiii supor alias diligcbat, - dit Horinann, dans l'histoire de saint Martin de Tournay, au t. XII du spicilège d'Achôry. (Cf. D. Ruisart, Vita B. Urb, MiGNE. Pat. lut., eu, IG.)