‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 21 sur 356 · Cf. IvoN, op · texte numérisé non relu

Cf. IvoN, op

3. • ReiiionsfMu inctropoliivi, quondaiii matrem vestraïu... caindem sedem diadema regni habere H omnibus p«»ne gallicanis ecclosiis exomplum ruinée vel resurrectionis existorc. » 1v(»n, ep. 48.

Parmi les «irchevêques sages et prudents qui faisaient le bonheur de Téglise de Reims, se glissa, comme un Saùl entre les prophètes, un personnage de haute noblesse, Manassès de Gournay. C'était en 1067. Créature du roi de France, il entra dans la cléricature par des voies simoniaques, comme le loup dans la bergerie. Les âmes droites, en présence du ravisseur, devait»nt s'attendre à souffrir. Animées de Tesprit de Grégoire VII, «jui, sur le siège pontifical, allait commencer à défendre les droits «le Dieu contre l'autorité séculière, elles tremblaient de voir la crosse épiscopale dépendante de César. On vit alors Manassès, à peine eu exercice, trafiquer les choses saintes, jeter un œil cl<» convoitise sur les biens des abbayc^s, en particulier sur ceux des moines de Saint-Remi dès la mort de leur abbé Hérimar, se faire admonester par le Pape, feindre une soumission, refuser de comparaître au concile d'Autun, et, malgré Textréme tendresse de Grégoire VII, persister dans sa résistance jusqu'au concile de Lyon où il fut déposé, en 1080.

Quoique noble d'origine, il n'avait rien de ce calme et do cett(^ s«''rénilé qui conviennent à la dignité épiscopale. Ses yeux brillants et mobiles, sa tête haute, le mépris empreint sur son visag(^ ses paroles incohérentes, sa diMuarche sans gravité, tout cela dévoilait sa laideur d'âme*. Ce qu'on peut dire de mieux d'un t(îl personnage, c'«*st qu'il fit quelques actions louables, et que, malgré la réprobation univ(»rselle soulevée contre lui, ses enm^mis ne l'accusèrent jamais d'inconduite. La b(41e église de Rj^inis, avec lui, allait devenir, comme l'appelait alors Hugues de Cluny a la fosse aux lions- ».

Dans cette? période de malheurs, Bruno, qui, malgré lui, avait accepté de Manassès le titre de chancelier, prit le parti de la lutte, conjointement avec ])lusienrs chanoines de ses amis, Ponce, Raoul le Vert et Fulcius le Borgne. Mais c'était jouer avec le danger de l'exil et de la misère. Ses titres d'hoiuuHU% le succès ti** son enseignement, les espérances d'un siège épiscopal où

l. Cf. Ep, IV, Gulielmi Ab. S. Annilfi Metmsis. Migne, Pat. lat., CL, 880. :. Cf. Ep. IV. GvL md,y CL, 879.

l'appelaioiit les vœux du peuple, allaient-ils coiitre-balancer chez lui la crainte du péril et lui faire tenter les coups de la fortune? 11 n'en sera rien, car les saints ont une politique à part : « Les ignorants ravissent le ciel, se prît-il à dire avec saint Augustin, tît nous, avec notre science, que faisons-nous ^ ? »

Il existe encore une lettre dans laquelle Bruno rappelle à ses amis, Raoul le Vert et Fulcius le Borgne, l'entretien qu'il eut un jour avec eux dans un jardin contigu à la maison d'un certain Adam 2. La conversation avait roulé sur le mépris des plaisirs du monde et les joies de la gloire future; ensemble, on avait fait promesse au Saint-Esprit d'abandonner au plus tôt le siècle, d'embrasser les choses éternelles H de prendre l'habit des moines. Il est certain que le dégoût des biens terrestres et hmépris des bénéfices ecclésiastiques leur vint principalement du scandale d'un archevêque indigne qui osait dire, au rapport dt? Guibert de Nog(»nt, que le siège de Reims serait bonne chose, s'il n^'entrainait l'obligation de chanter des messes ^.

L'archidiacre, disciple de Bruno, dut ressentir, et l'un des premiers, quelque chose de ce dégoût inspiré par les vanités du siècle et par les tristesses d'un siège épiscopal profané. Celui dont il avait reçu les leçons ne fut pas sans exercer sur son âme une salutaire influence. Fréquemment avec lui il conversait de la vie religieuse et s'excitait, à son contact, aux saints désirs de la vie parfaite. Pourtant tout semblait préparé devant lui pour la gloire. Son origine, son éducation, ses talents, ses dignités lui pouvaient donner quelque droit à un brillant avenir, et il était jeune. Au moins pouvait-il, avec la conscience qu'il avait de ses intentions droites, plus légitimemcmt que d'autres intiiis tarés et nuisibles, ambitionner un évêché. Mais les considérations humaines n'eurent sur lui aucune prise, et en cela apparaît le sublime détachement d'un homme que Dieu va choisir contre son gré pour de grandes choses, au moment même

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