‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 212 sur 356 · D. Marténe, Vet. scHpl., p · texte numérisé non relu

D. Marténe, Vet. scHpl., p

3. D. Bouquet, Rec.^ XIV, 99. V. Textum do dodicatione... Le privilège de l'abbaye de Vendôme fut confirmé. De môme celui du Parthénon de Sainte-Marie des Saintes. Anal, jur, pont., X, 539.

dent. Il devait suffire à saint Thomas d'exprimer son sentiment là-dessus ^ pour qu^aussitôt le retour à l'unité fût complet.

Quoi qu'il en soit, ce fut merveille, au dire des chroniqueurs, de voir l'éminent Pontife assister aux débats du concile : « C'était un spectacle vraiment admirable, rapporte Guibert de Nogent, de voir le Pape présider avec une majesté douce et une grave sérénité, de l'entendre discuter toutes les objections avec une compétence parfaite et, pour nous servir d'un mot de Sidoine Apollinaire , avec la piperata facundia , l'éloquence poivrée , mordante et caustique des orateurs les plus achevés. On n'admirait pas moins la bonté avec laquelle le très illustre Pontife supportait la violence de langage des partis qui plaidaient leurs causes en sa présence. Ses jugements étaient selon Dieu et sans acception de personnes. Il le prouva surtout, ajoute le même chroniqueur, quand, dans la majesté de son ministère apostolique, sans égards pour les supplications des seigneurs les plus influents, et moins encore pour l'offre des présents les plus magnifiques, comme sans timidité en face des dangers qui pouvaient menacer sa personne, il prononça contre le roi de France, Philippe I", dans une ville qui relevait de l'autorité royale, la sentence solennelle d'excommunication. »

Le roi de France, en effet, continuait de mériter ces rigueurs, en ne cessant d'opposer le scandale de sa conduite à l'action du Pape qui prenait à tâche de réhabiliter la sainteté du mariage \

D'ailleurs, cette condamnation lui eût pu venir d'un autre chef, à cause d'abus simoniaques dont il s'était fait complice jusqu'à être appelé par Guibert de Nogent « l'homme le plus vénal dans les choses de Dieu ».

1. • Provide in quibusdam occlesiis obsorvatur ut populo sumondus sanguis non detur ». Summa TheoLy p. 3, q. 80, a. 12.

2. • I^ sainteté des mariages, base sacrée du bonheur public, est surtout de la plus haute importance dans les familles royales. Si, dans la jeunesse des na< tions septentrionales, les Papes n'avaient pas eu le moyen d'épouvanter les passions souveraines, les princes, de caprices en caprices et d'abus en abus, auraient fini par établir en loi le divorce et peut-être la polygamie, et ce désordre se répétant, comme il arrive toujours, jusque dans les dernières classes de la société, aucun œil ne saurait plus apercevoir les bornes où serait arrêté un tel débordement. • De Maistre, Du Pape, l. II, ch. vu.

II. — La Trêve de Dieu. — Les infidèles en Terre Sainte. — Pressentiments de guerre.

Mais il importe, avant que nous racontions la prédication de la croisade, d^envisager le premier canon du concile ainsi formulé : « La Trêve de Dieu sera observée comme elle a été jurée » ^ 11 était nécessaire, en effet, que le Pape, avant de prêcher la guerre, évangélisât la paix.

Au X* siècle, les vieilles coutumes germaines avaient repris vigueur avec le principe des guerres privées. Par suite, il existait un arrêt dans l'évolution des grandes institutions de Charlemagne, et comme une anesthésie de la vie sociale. Des oppresseurs en haut, des opprimés en bas, seigneurs et peuple présentaient le spectacle d'une société redevenue barbare, ou la raison du plus fort était la meilleure, où toute idée de justice et de progrès semblait étouffée pour longtemps dans Timmobilité de la force brutale. Il appartenait à l'Église, Tâme de la société, de rétablir l'équilibre dans la hiérarchie bouleversée, en invoquant avec succès les principes d'ordre et de paix sociale.

En France, plusieurs conciles particuliers, dès la fin du x*. siècle et dans la suite, firent entendre des menaces contre ceux qui pillaient les biens des pauvres. Une convention pour la paix fut prise entre princes et seigneurs devant l'évêque en vue d'assurer protection aux artisans et aux voyageurs. Ce Pacte de la paix devint comme la pierre d'attente de l'édifice à reconstruire. L'idée prit de l'extension, grâce à l'influence des conciles et des évêques, témoin la lettre de saint Fulbert de Chartres au roi Robert, offrant ses services pour abriter le royaume sous l'étendard de la paix 2. Et, détail remarquable, c'était à la féodalité elle-même, pour la réparation de ses propres désordres, que

1. - Treugam Domini teneri, sicul jurata est. • Pflugk-H., ^c^â,ll, 161.

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