‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 241 sur 356 · Baldric, ibid., I · texte numérisé non relu

Baldric, ibid., I

Adhémar, nouveau Moïse, accepta donc la direction du peuple de Dieu. Le Pape et les évéques réunis lui donnèrent une solennelle bénédiction. Urbain II voulant conférer à son légat la juridiction sur les croisés en quelque lieu qu'ils fussent, lui imposa les mains à la manière des apôtres , et le dépai*t officiel fut fixé au 15 août de l'année suivante*.

Il importe en effet de noter l'esprit de modération qui accompagna invariablement la sollicitude du Pape jusque dans les plus grands enthousiasmes dont il enivrait les foules. La sagesse est toujours entre les extrêmes. Ainsi il fixait un temps pour le départ afin qu'on pût s'organiser, il modérait l'ardeur des moine& et des clercs à partir. Et il ne faut pas s'étonner de ce que les troupes qui voulurent devancer l'appel pontifical soient allées au-devant d'un échec certain*. Par contre, il prononçait l'excommunication contre ceux qui, après avoir entrepris le grand voyage, désertaient.

Quant au légat, l'événement prouva que le choix qu'on avait fait de lui était heureux et les historiens sont unanimes à reconnaître que l'évêque du Puy fut à la hauteur de sa difficile mission.

• Il n'était pas sans doute l'évêque, moins prêtre que chevalier, que nos chansons de gestes représentent dans la personne de Turpin, le heaume sur la tête destinée à porter la mitre, et rêvant à répandre, dans le martyre, d'autre sang que le sien. Il restera évêque et* ne lèvera sa main que pour bénir, non pour abattre des têtes. Mais il sera là pour montrer du doigt le ciel à ceux qui combattent et pour leur dire, comme l'archevêque Turpin aux soldats de Charlemagne, sur le champ de bataille de

1. D'après cette môme lettre d'Urbain aux princes de Flandro? Dosi Ruisakt donne comme date de la rédaction de cet acte le 6-12 février 1096. Le Comte Riant suppose que Ruinart a eu sous les yeux un ex«'nii)laire daté de -cette lettre d'Urbain II. Hagenheyer constate que, dans tous les manuscrits actuellement connus, la date manque, et que peut-être Ruinart s'est fondé sur une simple conjecture. Jaffé date cette pièce de fln décembre 1005, et Hagenmeyer adopte cette date. Cf. Revue de l'Orient latin, 6" année, 1898, p. 225. (Chronologie lie la !'• croiMdCj par Hagenheyer.)

2. De Sybel et Hagenheyer se rangent à la version unrque que le rendez-vous seulement aurait été fixé à Constantin ople.

354 LMMTIATEUR.

Roncevaux : « Si vous mourez, vous serez de saints mar* tyrsM » Adhémar avait déjà fait un pèlerinage à Jérusalem avant son départ pour la première croisade ^. Il parait, d'après une chronique, « qu'il était fringant à chevaP ».

D'autres évêques s'enrôlèrent après lui. Ainsi Guillaume d'Orange s'engagea pendant la durée même du concile de Clermont, Bernard de Tolède avait aussi voué l'expédition sainte^ mais le Pape le délia de ses engagements pour lui demander de se consacrer à la restauration de la ville et de l'église de Tarragone, et de garder la résidence en vue des troubles qui régnaient alors en Espagne. Quant aux évéques qui n'avaient pu assister au concile, ils en reçurent information sous forme de lettres synodales. Orderic Vital mentionne celle qui fut adressée aux évéques normands par l'entremise de trois d'entre eux présents au concile ^.

De leur côté, les seigneurs laïques publièrent les privilèges accordés aux croisés, et il est probable qu'Urbain II notifîa à l'empereur Alexis les résultats du concile. La chose importait assez fort.

Enfin, dit Baudri, « le concile s'acheva, et nous retournâmes chacun defns nos demeures. Les évéques prêchaient étales laïques criaient la même chose plus librement encore; la parole de Dieu était semée et le nombre des Jérosolimi tains croissait de jour en jour; ceux qui restaient rougissaient et déjà ceux qui se disposaient à partir étalaient leur fierté. On se pressait les uns les autres dans les rues et su^ les places publiques, et chacun se faisait ainsi prédicateur de la croisade ^. »

Quand les évêques retournèrent chez eux et prêchèrent la croisade à leurs populations, il était presque infini le nombre de ceux qui, soulevés par la trompette céleste, donnèrent leur adhésion à l'expédition sainte. Il fallait même arrêter l'ardeur

1. « Se vos murez, esterez scinz martirs. » Chanson de Roland, éd. Millier, 1131.

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