‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 243 sur 356 · Cf. Catalan, Pontifical Rom., p · texte numérisé non relu

Cf. Catalan, Pontifical Rom., p

I. — Consécrations d'éguses et concessions de privilèges EN Auvergne et dans le Limousin. — Urbain prêche la croisade a Limoges.

Ayant enfin quitté la cité des Arvernes, le 2 décembre 1095, Urbain II se mit à parcourir différentes régions, comme il avait fait avant le concile, consacrant les églises, bénissant les monastères, réglant les différends, célébrant des synodes, rétablissant la concorde dans les maisons religieuses, gagnant tous les cœurs par sa mansuétude, sa bonté et Firrésistible attraction de sa sainteté personnelle.

Il s'arrêta d'abord à quelques lieues de Clermont, au prieuré de Sauxillanges. C'est un monastère célèbre, de la filiation de Cluny, le plus important des monastères clunisiens, en Auvergne. Pierre le Vénérable y devait faire ses premières études au commencement du xii" siècle ^ Urbain en consacra solennellement l'église, comme il l'atteste lui-même dana une bulle accordée à cette occasion quelques jours après et datée de Saint- Flour. Il voulait, par ce privilège, être agréable à Hugues de Cluny, et aussi, comme toujours, assurer le repos idans le service de Dieu à ses chers moines ^. C'est là la grande idée inspiratrice de tous les privilèges de ce genre.

1. Cf. Mon, Ponlif, Arvemiœ, Chaix de Lavarènb, p. 87, n. 1. Clermont, 188(t.

2. • ... Servorum Dei quieti attentiusprovidere...» Urb. aux moines de SauxiN langes, 7 déc, Saint-Flour, Baluze, Miscell., II, 175.

En reconnaissance d'un si grand bienfait, les religieux de ce monastère inscrivirent pieusement le nom d'Urbain II, après sa mort, dans leur nécrologe .^

Étant à Brioude, Urbain II publia en faveur de Dalmace, évoque de Compostelle, qui avait assisté au concile de Clermont, une bulle qui transférait à Compostelle le siège épiscopal qui avait été jusque-là à Iria-Flavia 2. Par cet acte, le Pape voulait honorer, il le dit lui-même •'^, l'apôtre saint Jacques dont on croyait depuis longtemps que les précieux restes reposaient là. Il décréta même que cette église ne serait soumise à aucun métropolitain et dépendrait directement du Saint-Siège. Le pape Gallixte II devait plus tard, en 1124, affirmer lui-même sa particulière vénération pour le Saint en accordant à Compostelle les droits de métropole.

Ce fut à cette époque sans doute que les chanoines réguliers de Pibrac, non loin de Saint-Flour obtinrent du Pape que leur église fut érigée en abbaye. Bernard qui la gouvernait changea son titre de prévôt en celui d'abbé, sans obtenir toutefois le privilège de la crosse abbatiale. Nous savons d'ailleurs, par Bernold, que c'était l'usage, à ce moment, dans certaines contrées, que les prévôts des congrégations de chanoines réguliers fussent appelés et consacrés abbés sans cependant porter la crosse *.

1. Ce nécrologe porte : « Le IV dos calendes d'août, office pour le Seigneur Pape Urbain II. Parmi les œuvres excellentes de ce Pontife vénérable et aimé do Dieu* il faut compter la consécration de ce monastère qu'il dédia le 3 des nones do décembre avec piété et majesté... - Ruisaht, VU. Urb., CCXXX.

2. Le corps de saint Jacques le Majeur, enterré d'abord à Jérusalem, fut transporté peu de temps après, par ses disciples, en Espagne, et déposé à Iria-'Flavia sur les confms de la Galice. Au commencement du xi" siècle, Alphonse le Chaste, roi de Léon, le fit transporter à quelques lieues dans une ville voisine qu'on appelle depuis ad Sanctum Jacobum Apostolum, ou en abrégé Giacono Postolo, d'où, par abréviation : Compostelle.

3. • ... pro B. Apostoli Jacobi reverentia... » Florez, Espàna Sagrada, XX, 21, Cette vénération, du reste, fut si grande chez les Papes que, plus tard, ils exemptèrent parfois du pèlerinage de Jérusalem et du service des croisades, en faveur du pèlerinage de S.-Jacques de Compostelle.

4. Bernold, ad ann. 1095. — Perfz,* SS., V, 463. — Bernold rapporte à ce sujet que Lutolf, fils spirituel du Pape saint Léon et doyen de l'église de Toul, avait fondé près de cette ville un monastère de chanoines réguliers de Saint-Augustin.

A Saint-Flour, Urbain II se retrouvait chez des frères de Cluny. Il les confirma dans la paisible possession de leur église Saint-Martin des Eaux Chaudes ^ Comme la basilique du bienheureux confesseur JFlour venait d'être reconstruite en entier, le saint Pontife en fit la consécration solennelle. Les reliques de saint Flour furent enfermées dans une châsse à trois clefs et exposées à la vénération publique sur un lieu élevé, derrière le maitre-autel.

Une épreuve allait rendre au Pape cette basilique tristement chère. Le cardinal Jean de Porto, son intime confident, le conseiller et l'ami de Grégoire VII, qui depuis plus de soixante ans, à travers les persécutions et les fatigues, n'avait cessé de montrer le plus fier caractère, Jean de Porto, tomba malade et mourut. Sa dépouille mortelle fut confiée à la basilique de Saint-Flour à laquelle le Pape conféra de nouveaux privilèges comme le signe le plus vrai de sa douleur.

Bien que les historiens de ces voyages qui suivirent immédiatement le concile de Clermont, ne fassent mention, parmi les actes pontificaux, que de concessions de privilèges, actes diplomatiques ou consécrations d'églises, il est impossible de supposer que la prédication de la croisade n'ait pas été la première des préoccupations d'Urbain II. Nous avons, de la chronique de Maillezais, une parole significative à ce sujet, écrite en 1096. Partout où il se trouvait, dit-il, le Pape voulait qu'on fit des croix pour les hommes ; il demandait qu'on partît à Jérusalem, pour délivrer la ville sainte des Turcs et des autres infidèles 2.

C'est sans doute ce qu'il fit particulièrement à Limoges où il se dirigea après avoir abandonné au silence de la tombe, à Saint-Flour, l'un de ses meilleurs conseillers.

L'évêque du lieu consaci-a le prévôt comme abbé, ei Urbain II, accordant ce privilège à cette congrégation, décréta que ses clercs garderaient perpétuellement la règle de Saint-Augustin et désoi*mais choisiraient librement leur abbé.

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