HomiDem versipellem. » Baromus, ad ann
cius Frangipani, Tâme damnée d'Henri V, et traîné par les cheveux jusqu'au seuil de la basilique, enfin obligé de s'enfuir de Rome par le Tibre, pendant la nuit, tandis que montait sur le siège de Vienne, conduit par la main de l'empereur, le schismatique Burdin. Et lui, le traître incestueux de sa propre mère l'Église, comme l'appelle Pandolfe ^ abusant indignement de la confiance que lui avaient témoignée les évéques et les souverains Pontifes, qu'aurait-il lu de sa propre histoire dans les ombres de l'avenir? Après une apothéose d'un jour, il se serait vu maudire dans son castel de Sutri, la résidence de ses persécutions et de ses brigandages, puis entrer ridiculement à Rome, monté à rebours sur un chameau dont il tenait la queue en guise de bride, vêtu lui-même d'une peau de mouton sanglante, en parodie de la chape pontificale écarlate dont.il avait osé s'affubler, enfin échapper difiicilement à la mort que les Romains indignés voulaient lui infliger. Il aurait la vie sauve, grâce à l'intervention du Pontife légitime Callixte, qui chercherait en même temps à sauver aussi son âme en l'envoyant faire pénitence de ses crimes à la Gava. Burdin en effet, né dans le Limousin, et profès à l'abbaye d'Uzerche, en était parti dès Fannée 1075, à la suite de Bernard, archevêque de Tolède, qui l'avait pris pour archidiacre et l'avait créé ensuite évêque de Coïmbre. Burdin entreprit le voyage d'Orient. Il réussit à gagner les faveurs d'Alexis et des seigneurs de la cour de Constantinople. De retour en Portugal, il obtint, en 1110, un siège épiscopal, celui de Braga, dont les traditions religieuses étaient les plus anciennes et qui, le premier, avait été délivré du joug* des Sarrasins; même il y succédait à un saint personnage^ saint Géraud. Quand il vint à la Ville Eternelle pour y recevoir le pallium des mains de Pascal II, celui-ci, plein de confiance en lui, l'envoya en Allemagne, avec le titre de légat, pour traiter de la paix avec Henri V -. L'ambition perd les meilleures volontés. Aveuglé par de fallacieuses promesses, il oublia ses
1. « Matris Ecclesise constupratorcm. » Baron., ad ann. 1118.
2. M. A. DE Brimont (Urbain II, p. 284) paraît faire d'Henri IV l'aïeul d*Hcnri V. Celui-là était bien le pèrç et le prédécesseur immédiat de celui-ci.
bienfaiteurs et étouffa le cri de sa propre conscience. Il couronna l'empereur qui lui décerna à son tour le titre d'antipape. Excommunié et repoussé de la plupart des États chrétiens, le pseudo- Grégoire VIII finit par être saisi par une bande de Normands qui Tassiégèrent à Sutri. Puis, de là, envoyé par le Pape au monastère de la Gava, pour qu'il y fît pénitence ^ il alla mourir en prison à Fumone, près d'Alatri,
Mais reprenons la suite des événements. Urbain II passa donc la fête de saint Thomas à Uzerche, le 21 décembre 1095. Deux jours après il arrivait à Limoges, suivi d'une cour pontificale imposante. Parmi les évêques présents, figuraient Hugues de Lyon, Amat de Bordeaux, Daimbert de Pise, Rangier de Reggio, Bruno de Segni et Humbald de Limoges, pour ne citer que les principaux. Tous ces prélats se préparèrent à célébrer avec le souverain Pontife la fôte de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ ^'. Urbain chanta la messe du chant du coq dans l'église de^ filles de Sainte-Marie de la Règle et la messe du jour dans la basilique royale de Saint-Martial ^, .La foule immense était avide de voir et d'entendre l'incomparable prédicateur de Clermont. Urbain II parla. Aussitôt après il reçut la tiaro et se rendit à la cathédrale de Saint-Etienne où il acheva les solennités de Noël.
Le surlendemain, le jour qui suivit les SS. Innocents, il fit la dédicace de l'église cathédrale en l'honneur de saint Etienne, premier martyr, dont on. célébrait liturgiquement la fête. Le lendemain dimanche, remarque assez intéressante et assez rare du chroniqueur, « il se reposa^ ». Mais la plus grande solennité était réservée à Saint-Martial. C'était la royale basilique que « l'empereur Louis, de pieuse mémoire, fils de Charlemagne,
1. D'après l'auteur anonyme du Mont-Cassin, il aurait étç, l'année suivante, emmené de la Cava pour être enfermé dans Janula, une citadelle qui domine San Germano, à mi-côte du Mont-Cassin.
2. Ber.nold {Ctiron, 1095 in J/. C?., SS., V, 464) dit à tort qu'Urbain II célébra cette fête de Noël à Arles. Mais on peut le croire quand il rapporte queTévéquo do Wurtzbourg quittant le parti des schismatiques, vint à cette époque demander l'absolution au Pape et l'obtint de sa miséricorde.
3. Gaufred. Vos. ap. M. G., SS., XXVI, 109-200. •1. Gaufred., Ibid.
avait bâtie depuis la base, mais qui, détruite par le feu et d'autres accidents, venait d'être merveilleusement restaurée et ornée au dedans et au dehors parTabbé de Saint-Martial, Adhémar* ». Urbain II y resta huit jours pour les fêtes de la dédicace. Elles eurent lieu six jours après Noël. Conformément aux prescriptions du Pontificat, « le Saint-Père bénit l'eau, et les évêques en firent Taspersion aux murailles de la basilique, au dehors et au dedans. Ensuite le seigneur Pape, de ses propres mains, lava avec de l'eau bénite l'autel du Saint-Sauveur, l'oignit du Saint Chrême et de l'huile sainte, y plaça les reliques des Saints, et, aussitôt après, chanta la messe sur ce même autel, en présence d'une multitude innombrable de peuple ; et il ordonna qu'on cél»'?brât à perpétuité ce jour solennel de la dédicace de Téglise Saint- Martial 2 ». C'est alors, que s'avançant jusqu'à la porte, il sortit en plein air « pour bénir les peuples ^ ». Il y avait une aflluence si considérable, rapporte Geoffroy de Vigeois, qu'aux abords de la ville, à un mille à la ronde, on ne voyait que des têtes hu-
maines
Le bienheureux Geoffroy du Chalard, qui avait assisté à la dédicace des deux églises, rapporte que le Pape, aussitôt après, exhorta chaleureusement les peuples qui étaient présents, à faire le voyage de Jérusalem ^. « Grâces vous soient rendues, ô
1. hEULYjHist. des comtes de Poitou, p. 409. • ex tabulario Lemovicensi »,i/. fi.^ SS., XXVI, p. 199-20Ô, en nol€.
2. Bibl. nal., fonds latin, ms. 3784, fol. 132. Cf. Arbellot, Chevaliers limousins à la 1'* crois, j p. 7, Paris, 1881.
3. « Ad benedicendum populos » (Gaufred. Vos., loc. cit.), expression solennelle qui rend bien le prestige incomparable du Vicaire de Jésus-Chmt.
4. « In circuitu civitatis citraniurum miliai'ium nonnisi capita liominum vido> rentur ». (Gauf. Vos., ibid,)
5. « Astantes populos satis honeste exhortabatur de Hierosolimitano itinere. • (Apud Vitam B. Gaufridi), Société des sciences archéol. de la Creuse, Ifô8,t. lll, p. 91. Arbellot, op. cit.. Pièces justif., 2, p. 69. La chronique que nous venons «le citer, de Besly, et qui est du xi* siècle, donne positivement la croisade comm<' motif du voyage d'Urbain II à Limoges : « cum ergo hujusrei (scil. ^xpeditionis) gracia Gallias perlustraret... venit in hac civitate Lemovicensi... • (Beslv, ibid,). Le comte Riant fait remarquer, il est vi*ai (/nu. crit., p. 110, en note), que les chroniques de Saint-Martial de Limoges, publiées par la Société de l'Histoire de France, n'en disent rien. Mais, môme en Tabsence de tout document, on ne pourrait pas supposer que le concile de Limoges se soit passé sans la prédication de la croisade.
Christ, s'écrie en cet endroit le chroniqueur, d'avoir fécondé cette semence qui est devenue une fertile moisson, non seulement chez nous, mais par toute la terre. Car aussitôt sont accourus de toutes parts, comtes, prélats, peuple chrétien, et rois *. » S'il faut en croire le narrateur de la vie du bienheureux Geoffroy, Urbain II, dans cette prédication de Limoges, parla ainsi :
« Nous ordonnons, en vertu de notre autorité apostolique, que les religieux eux-mêmes deviennent les chefs de l'armée, à l'exemple de Moïse et de Josué qui ont fidèlement conduit le peuple d'Israël à travers mille obstacles. C'est un acte de religion sainte de délivrer la sainte cité de Jérusalem et le sépulcre du Seigneur des infamies du paganisme et de les rendre aux zélateurs de la foi chrétienne. C'est un moyen assuré de salut ^, qui permettra d'atteindre le ciel avec la palme du martyre à un grand nombre de gens embarrassés en des crimes de toute nature et que l'on croit étrangers à tout bien. Toutefois, pour ne pas arriver à la gloire du martyre, nul ne sera frustré de la récompense de sa peine. Dieu ne manque jamais de magnificence à l'égard de ses soldats, il sait ce qu'il doit au vaillant, ce qu'il convient d'accorder au plus fort, et le très large bénéfice que mérite même le faible qui combat selon son pouvoir ^. »
Un grand nombre de religieux obéissant au pape prirent la croix. On évalue à dix mille le nombre de croisés limousins qui s'enrôlèrent dans l'armée du comte de Toulouse, avec, à leur tête, les deux illustres chevaliers GoulBer de Lastours et Raymond de Turenne *.
Le temps absorbé par les prédications et les cérémonies n'empêchaient pas le souverain Pontife de vaquer à l'expédition des affaires d'églises et d'abbayes. Il avait appris, par l'archevêque Amat de Bordeaux, que les moines désobéissants de Saint-Cybar, aux pays d'Angoulême, avaient été excommuniés