I. BolL, p. 619, '25 février
la décision à prendre au prochain concile de Tours, comme nous le verrons en son lieu.
S'il faut en croire Ordei:ic Vital, Urbain II serait allé de Glanfeuil à Chinon, pour y délivrer Geoffroy le Barbu que Foulques d'Anjou tenait enchaîné dans une forteresse depuis plus de vingt ans. Par ses exhortations et son crédit, il serait parvenu à rendre le malheureux captif à la liberté. Malheureusement, la plupart des autres historiens disent ou que Geoffroy ne sortit jamais de prison, et c'est le sentiment d'Hildebert de Tours en particulier, ou que sa délivrance n'eut lieu que longtemps après le passage d'Urbain dans les Gaules.
Comme nous l'avons vu, la bulle de confirmation du monastère Saint-Nicolas atteste la présence du Pape à Sablé, le 14 février 1096. Le château féodal qui y avait été bâti au x* siècle, avait groupé autour de ses murailles toute une population qui s'y était réfugiée. Urbain II y vint pour engager Robert le Bour^ignon, seigneur du lieu, à s'enrôler dans la guerre sainte. Séjourna-t-il à Solesmes qui n'est distante de Sablé que de deux kilomètres? Le nécrologe de cette abbaye fait mention^ ce même jour, le 14 février, du passage d'Urbain II à Solesmes. Quoique les manuscrits ne disent rien de cet événement, il parait certain que le souverain Pontife ne négligea pas de donner quelques heures à ses chers moines, d'autant que Sablé, à cette époque, n'avait aucune importance ^
Au Mans , comme l'attestent les actes des évoques de cette ville, Urbain II est reçu chez l'évoque Hoèl avec d'incroyables honneurs et, durant trois jours, est comblé, lui et sa suite, de tous les charmes de la plus cordiale hospitalité^. Le chroni-
1. « L'histoire du prioun» do Solesmes n'est ni longue ni variée. Situé à la campagne et placé, dès sa fondation, sous la dépendance d'une riche et puissante abbaye, il n'eut jamais d'existence à part et ne put, par là môme, acquérir une grande illustration. » C'est dom Guéranger qui parle ainsi. (D. (ruÉPix, ^o- U^met et dom Guéranger^ p. 17. Le Mans, 1870.) Il se trompe : Solesmes est illustre par lui : sa science et ses vertus continuent d'y refleurir dans ses fidèles disciples qui font de ce lieu vénérable une école de gloim pour l'Église.
2. « Memoratum Papam cum incredibili honorificentia in domo sua Cenomannis cxcepit, atque cum omni comitatu suo per triduum cuncta necessaria hiiariter et abundantissime ministravit. - Mabillon, Veter. Anal., p. 312.
queur ajoute à la gloire de Iloël : « O temps heureux pour cet homme vénérable à qui, au défaut de tous les autres éléments de bonheur, suffirait comme unique titre de gloire d'avoir seul, parmi tous ses prédécesseurs, été honoré de la visite sacn)sainte du Pape universel, prince de tous les prêtres. »
Il était réservé à Geoffroy de Vendôme de donner, dans son propre monastère, une hospitalité de onze jours au grand Pontife qu'il avait autrefois secouru de sa charité au siège de Rome. A quelles effusions durent s'abandonner les deux illustres amis dont le moindre en dignité avait jadis soutenu le plus* élevé, à l'heure de Tinfortune! Urbain restait fort et vaillant; depuis cette délivrance, Geoffroy était devenu infirme pour avoir traversé onze fois les Alpes en allant au secours du suprême Pontife. Leur amitié se fortifia par la vertu môme des souvenirs et par la gravité de l'heure présente.
Il importe de rappeler ici un incident, auquel nous avons déjà fait allusion du reste, qui nous montre bien la façon dont le Pape entendait la véritable amitié, et aussi avec quelle persistance énergique il poursuivait pourtant son idée de l'indépendance des moines dans l'intérêt de l'Eglise. Durant son séjour à Vendôme, en s'entretenant avec les religieux de la Trinité, il apprit que Geoffroy, lors de sa consécration abbatiale par Yves de Chartres, avait fait profession d'obédience entre les mains de celui-ci comme à son évêque diocésain. Geoffroy avait agi en simplicité et par ignorance : Yves n'avait pas dû y mettre de son côté trop de mauvaise foi, malgré ce dont l'incrimine Geoffroy lui-môme dans une lettre qu'il lui écrivit plus tard^ Toujours est-il que le Pape fut vivement peiné d'un acte qui allait droit à l'encontre de sa politique, et, tout en usant de grands ménagements envers les personnes, comparant, par exemple, l'abbé à une colombe séduite dont on aurait trompé la simplicité-, il annule la profession, le 24 novem-