‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 253 sur 356 · GoD. VîND., p. 7, 4. II. SiRMOND, op. ciL, p · texte numérisé non relu

GoD. VîND., p. 7, 4. II. SiRMOND, op. ciL, p

2. Ainsi appelé parce qu'on y célébrait de grand matin la messe pour le peuple.

3. D. RuixART, dans Dupré, Bulletin de la Soc, archiv. du VendômoU, 1870, p. 69.

370 LINITIATEUR.

à ceux qui, dans la suite, vieudraient fêter le jour anniversaire de la consécration, dans cette même église *.

C'est à cette époque, au mois de février, qu'eut lieu le concile provincial de Rouen. Guillaume, archevêque de cette ville, y avait convoqué les évoques de Normandie, avec les abbés de la province et un certain nombre de seigneurs. Les ordonnances de Clermont y furent passées en revue et confirmées. Huit canons y furent ajoutés.

C'est à peu près Tépoque où Tabbé de Saint-Bénigne, Jarente, revenant d'Angleterre où il n'avait pas réussi, malgré son prestige, à imposer au roi sa légation apostolique, avait pu cependant, durant son séjour en Normandie, rétablir la paix entre celui-ci et Robert, son frère, qui, peu après, devait partir pour la croisade.

Au commencement du mois de mars, Urbain II arriva à Tours. Une imposante suite d'évêques l'accompagnait là, comme partout^. On en comptait, tant d'évêques que d'abbés, quarantequatre qui siégèrent au concile^.

Le Pape descendit chez les religieux, à l'abbaye de Marmoutier et s'y reposa une semaine, comme on le voit dans la chronique d'un moine de ce monastère *. Il est à croire que ce repos était fécond et que la prodigieuse activité du Pape, toujours en

1. Marcheoay et Mabille, Chron. des égliset d'Anjou, p. 171. — Af. G., SS,^ XXVI, p. 462. notes.

2. « Cum diverearum episcopis provinciarum in civitate. • — Bernold, Pertz, M. G,,SS.y V, 464.

3. • Considentibus ergo nobiscum in lurononsi ecclcsia archiepiscopis, episcopis et abbatibus numéro XLIIII. • Anal, jur, pont., 88' livr., p. 545.

4. Ce moine qui attribue à la seule charité la raison du voyage du Pape dans les Gaules^ « sola charitatis gratia Gallias invisens -, fait allusion à la charité que le souverain Pontife avait exercée envers son monastère en particulier, au concile de Clermont, et à la conclusion du litige qui existait depuis dix ans entre les religieux, ses frères,} et les chanoines de Saint-Maurice. Saliiox, liée., p. 338 sqq. M. G., SS., XXVI, 461-462. A entendre le moine chroniqueur, le Pontife n'aurait pas eu assez d'anathèmes pour censurer la conduite des chanoines de Saint-Maurice, réseiTant tous ses éloges pour les moines de Marmoutior, qu'il adoptait et chérissait comme les enfants choyés de la sainte Église romai-ne. é'était assez peu la manière de procéder, ordinairement si accommodante du Pape dans la solution des litiges, pour qu'on ajoute foi entière à la partialité du chroniqueur.

haleine pour la défense de TÉglise, devait se décupler quand il séjournait dans un pays de réforme. Les canons des conciles commençaient à s'élaborer chez les moines.

Tout en demeurant à l'abbaye de Marmoutier, située à une petite distance de la ville ^ il faisait de fréquentes visites à la basilique du grand thaumaturge des Gaules. Parfois même, il stationnait dans le castel de l'église. Et chaque fois qu'il venait faire sa prière au corps du bienheureux Martin, il était reçu solennellement par le clergé de la ville à la porte du trésorier ^.

La veille du jour où il devait consacrer l'église de l'abbaye, c'était un dimanche ; après avoir célébré la messe chez les religieux, il se dirigea vers une riche estrade en bois qui lui avait été préparée sur la terrasse du monastère et qui dominait les rives de la Loire. Là, debout au milieu des évéques, des archevêques et des cardinaux, « il harangua très longuement la multitude infinie qui était accourue de tous côtés, poussée par la soif de l'entendre ^ ». Sans doute il prêcha la croisade en cette circonstance, puisque plusieurs seigneurs et nombre de chevaliers, dans l'église Saint-Martin, en sa présence, revêtirent le signe de la sainte Croix sur leurs vêtements.

Le lendemain, qui était le 10 mars, Urbain II consacra solennellement la grande église du monastère, que l'abbé Bernard venait d'achever récemment. C'est merveille de penser qu'après l'an mille, un souffle puissant de régénération religieuse avait passé sur le sol de France pour y faire épanouir la splendide flore des églises romanes. Mais c'est aussi merveille de voir le grand Pape français, à mesure que ces basiliques s'élèvent progressivement, avec la restauration de la vie monastique, arriver

1. Il no faut pas confondre Ma rmoutior avec IVglisc collégiale doSaint-Maitin.

2. (Saljion, Rec, p. 219, in chron.S. MarLM.G., -S5., XXVI, 461.) Il paraît que certains légats étaient reçus pareillement en procession à la porte de la basilique» quand il n'y avait, pour avoir ce privilège, que le Pape, le roi et aussi Tarchcvôque de Tours une fois dans sa vie. Urbain II, en réglant le modo de réception des légats, supprima cet abus. C'est du moins ce qui ressort d'une lettre de lui au clergé de Touns, lettre qui cependant n'offre pas toute garantie d'authencité. Pflugk-Harttlng {Dipl. Forsch., p. 133) la croit fausse.

3. • Diutissime populo inflnito qui ob hoc ipsum undequaque sitienter convenerat. - M,G,, SS., XXVI, 101-462, note.

à point pour donner à celles-là la consécration, et apporter à celle-ci, de la part du ciel, l'accroissement et la fécondité. Ces dédicaces d'églises, à une telle époque et par de telles mains ^ devaient être une prédication d'une éloquence infinie pour un tel âge de foi. Quel sens recelaient en effet les belles prières de l'Église sur les lèvres d'un Pontife qui apparaissait comme le vieil Isaac couvrant des bénédictions d'en haut les générations futures dans la personne de ses enfants, les moines : « Voici le parfum de mon fils, pareil à la senteur d'un champ plein de fleurs que le Seigneur a béni. Que mon Dieu te fasse grandir comme la multitude des grains de sable de la mer, et que la rosée de son ciel te féconde M » « Tes rues, ô Jérusalem, seront pavées d'or pur, et on y chantera le cantique de joie ! Dans tous les carrefours on n'entendra qu'une voix : alléluia! La voici, cette Jérusalem céleste, embellie comme l'épouse de l'Agneau ! Ses portes ne seront pas closes le jour, et il n'y aura pas de nuit chez elle ^ ! » Ce n'était pas trop d'un Pape pour baptiser les églises romanes et leur prêter un chant digne d'elles dans la voix des saints moines.

Voici en quels termes le moine de Marmoutier raconte la cérémonie du 10 mars :

« Le glorieux pape Urbain IJ, dont la majesté apostolique se peut comparer à celle des plus illustres de ses prédéceseurs, daigna présider en personne la cérémonie, en présence des cardinaux, archevêques, évêques et abbés que sa présence et la prochaine ouverture du concile avaient amenés à Tours. La chapelle des infirmiers ayant été, la veille, consacrée par l'évêque Bruno de Segni, l'archevêque de Tours, Radulf, et le légat Hugues de Lyon, y avaient déposé sur l'autel les reliques des Saints. Elles y restèrent toute la nuit. Au matin, l'archevêque de Tours vint les reprendre et les porta sur ses épaules dans la basilique. 11 traça ensuite de concert avec le seigneur cardinal Rangier, les lettres de l'alphabet grec et latin, sur le sable disposé en forme de croix sur le pavé de la grand'nef. L'archevêque de Tours re-

1. Pontif, Rom.y consécration des éylisesy à l'onction de rautoh

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