‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 261 sur 356 · Isa., IJCVI · texte numérisé non relu

Isa., IJCVI

France est et demeure excommunié jusqu'à ce qu'il ait satisfait à Dieu en notre personne et à la sainte Église romaine. Nous frappons de la même censure les évoques et autres qui s'obstineraient à communiquer avec lui, et nous suspendons de tout pouvoir, celui qui tenterait de l'absoudre en présumant un droit qu'il n'a pas. Du reste, nous vous invitons tous au concile d'Arles où vous voudrez bien vous rendre, tout prétexte écarté, dans l'octave des apôtres Pierre et Paul *. »

Il est à remarquer que Fleury et les historiens gallicans se sont gardés de faire la moindre allusion à cette lettre si manifestement affirmative du magistère du Pontife romain.

Quand d'ailleurs on examine la chose en dehors des saints canons, au seul point de vue de la politique, qui donc eût pu se vanter de faire cesser un scandale national que l'Eglise ne pouvait à aucun prix tolérer sous peine de faillir à sa mission et d'être complice de maux incalculables ? De qui un roi pouvaitil accepter les remontrances, si ce n'est du Pape? Quelle autre autorité spirituelle inférieure en eût imposé au coupable avec chance de succès ? Ou bien la voix d'un évêque se fût vainement élevée contre une passion, la plus tyrannique parce qu'elle est la plus aveugle, ou bien elle se serait étouffée elle-même par de complaisantes concessions à un pouvoir toujours caressé comme le signal de la fortune.

«f Quand un roi veut le crime, il est trop obéi. »

Ce vers de la Henriade est gros de plusieurs choses historiques. Et il faut savoir gré à Urbain II d'avoir senti ce qui pesait de responsabilités sur lui à une heure où seule la plus haute des souverainetés spirituelles était capable de maintenir dans leur pureté la souveraineté des rois. Il est resté ferme jusqu'au bout, comme il en avait le grave devoir.

Le concile de Tours avait eu lieu la quatrième semaine de carême. Le Pape, en véritable fils de saint Benoit, au jour de

1. MiGNE, CLI, 439. Le concile, convoqué parle Pape à Arles, se tint en réalité à Nîmes du 6 au 14 juillet.

la fôte du saint, le 21 mars, avait très dévotement célébré la messe, comme on le voit dans une charte de l'époque*.

C'est à la mi-carême que fut clôturé le concile, sans doute par la procession solennelle décrite par le comte Foulques d'Anjou qui y assistait. Le Pape se couronna de palmes selon l'usage romain et fut conduit en grande pompe depuis l'église Saint- ^laurice jusqu'à l'église Saint-Martin où il célébra la messe. Ilélas ! les splendides ornements qui y figuraient et qu'on avait tirés du trésor pour l'arrivée du Pape, devaient quelques jours plus tard, le jour même des Rameaux, devenir en un instant la proie des flammes. L'église et le cloître ne furent point épargnés et le Pape lui-même dut intervenir auprès de la charité des iidèles en faveur du monument de Saint-Martin dévasté par l'incendie 2, « Au cours de la procession, raconte Foulques d'Anjou, le Pontife me fit présent de la rose d'or qu'il tenait à la main, fleur que j'ai désiré, en mémoire de son illustre personne et comme signe d'affection pour elle, être portée par moi et mes descendants au jour de l'Hosanna^. » (Hosanna, c'est-àdire sans doute au jour des Rameaux.) Cette cérémonie de la procession solennelle de la mi-carême eut-elle lieu le jeudi qui précède le dimanche Lœtare^ ou le lendemain qui était la fête de saint Benoit, ou encore le dimanche même de la mi-carême ? Dom Ruinart incline à penser que ce fut le dimanche, parce que c'était l'usage, depuis les temps anciens, que le Pape portât la rose d'or ce jour-là à la procession *.

Cette cérémonie de la bénédiction de la rose d'or par le Pape était très ancienne. Le quatrième dimanche de carême, les souverains Pontifes avaient l'habitude de se rendre à cheval,

1. Dans la cliarto dont nous avons parh's confirmant la donation de Renauld aux chanoines régulioi-s d'Angers : « Jiœc secunda sanctio facta est Turoncnsi concilio, Apostolico viro missain devoiissime celebi*ante, XII Kalendas Aprilis, • Baluz.,J/mc., III, 19.

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