M. G,, ibid
4. Cette procession <^tait tr^s célèbre à Angei*s dès le temps de Tévècpie d'Orloans, Tliéodulphe, qui composa pour la circonstance une très belle liymne. On y portait, avec les rameaux, des fleurs, d'où pourrait bien être venu le nom de Pâques fleuries.
du palais de Latran à Sainte-Croix de Jérusalem. La station du jour était à cette église. Cette rose d'or, bénite à la messe Lœtare^ symbolisait Tallégrcsse que l'Eglise proposait à ses enfants à l'approche du terme de la sainte quarantaine. Le Pape, à la fin de l'office, la montrait au peuple, comme l'emblème des espérances à venir et de la joie présente. Après quoi, toujours la rose en main, il était reconduit jusqu'au parvis de la basilique par le préfet de Rome qui soutenait Tétrier pour aider le Saint-Père à descendre de cheval. En reconnaissance de cette marque de respect, le Pape laissait sa fleur au noble écuyer qui la recevait à genoux en baisant le pied de Sa Sainteté. Parfois les souverains Pontifes envoyèrent celte rose bénite à quelque prince absent, à un personnage illustré, à une église, quelquefois aux empereurs d'Allemagne à l'époque de leur couronnement *.
V. — Retour par Poitiers a travers la Saintonge, la Gascogne et le comté de Toulouse. — Maguelonne et Montpellier.
A peine Urbain II avait-il quitté le tombeau de saint Martin pour aller vénérer de nouveau celui de saint Hilaire, qu'il eut la consolation de recevoir Tévêque de Strasbourg pénitent et désireux de se faire relever de son excommunication. Le Pape se fit grande joie de ce nouvel exemple de soumission à présenter à l'édification des réfractaires d'Allemagne. Décidément les grands évêques des Gaules qu'il priait si ardemment, Hilaire et Martin, suscitaient de la pierre de leurs tombeaux de nouveaux enfants d'Abraham.
Urbain resta deux jours seulement à Poitiers, comme on le
1. Aujourd'hui, c'est à la chapeUe Sixtine, dans la salle des Paramcnta, que se fait la bénédiction de la rose d*or. Après les prières liturgiques, le Saint-Père oint la fleur avec du baume, et dans un petit godet placé au cœur de la rose et fermé avec une griUe d'or, il verse un peu de baume avec du musc; il l'asperge finalement et Tencense. Après quoi, la précieuse fleur est déposée au milieu de l'autel sur un riche voile de soie brodée. Elle est regardée comme l'image de Jésus-Christ, la fleur des champs, la fleur poussée sur la tige. (Cf. Dom Guéraxcw» Année liturgique, \\* dimanche de Car orne.)
voit d'après le privilège accordé par lui quelques jours plus tard pour soumettre à Tabbaye de Cluny ce Montierneuf dont il avait récemment consacré Téglise *. 11 y convoqua, dans la salle capitulairc de Saint-Hilaire, une assemblée d'évéqucs et de seigneurs pour vider le différend qui existait entre ies chanoines du chapitre et les moines de Tabbaye, à l'occasion de Téglise de Saint-Nicolas attribuée à ceux-ci. C'est à ce sujet qu'il écrivit peu après une lettre assez curieuse à Girauld, abbé de Montierneuf, pour lui confirmer le jugement qu'il avait rendu au chapitre. Voici ce dont il était question. Les chanoines étaient venus trouver le Pape pour lui adresser des réclamations au sujet de certains revenus de vignes et d'une vacherie appartenant à Saint-Hilaire, et à propos de certaines processions que les clercs de Saint-Hilaire avaient pris l'habitude de faire conjointement avec ceux des moines établis au prieuré de Saint-Nicolas. Quant aux moines de Montierneuf, ils avaient dédaigné de se joindre aux autres en procession 2. Autant qu'on peut en juger d'après le texte mutilé, il paraîtrait qu'il avait été mis en question, «peut-être même en usage déjà, non seulement de faire les processions en commun, mais, par exemple, d'avoir communauté de suffrages et de prières, de sonner les cloches au chapitre et à l'abbaye à la mort d'un membre de l'un ou de l'autre. Il semblerait aussi que finalement les chanoines auraient froidement déclaré aux religieux qu'ils n'avaient que faire d'échanger leurs suffrages. Le Pape leur fit observer, comme il le raconte lui-même, qu'ils donnaient plus de part à la chair qu'à l'esprit dans une pareille dispute, et il leur proposa sérieusement une allégorie qui aurait dû, dit le Pape, les faire rougir, s'ils avaient voulu comprendre. Il leur parla d'un loup devenu écolier et qui, lorsque le maître dirait A, répondrait Agneau, et quand. le maître dirait B, répondrait Brebis ^.
1. La bulle est datée de Saint-Jean-d*Angely. Migne, CLI, 4()2. De Poitiers i'ncore il accorda rexemption au prieuré de Soizona en Catalogne. Villanueva, Viage literiarOj IX, 222.
2. • Et nunc monachi vcstri dedignantur ad easdem processiones ire cum illis •. Anal. jin\ pont., 547.
3. Ou mieux petit pourceau, d'après le texte : « serio dix! mus quoddam pro-
3ÎI4 L'INITIATEUR.
Ainsi, ajoute le Pape, parlant à Girauld, quand nous leur promettions psaumes et oraisons, ils avaient l'air de convoiter autre chose que ce qui est utile à Tàme. Urbain, pour finir h* différend, imposa silence aux parties adverses et Téglise Saint- Nicolas fut assujettie aux moines ^
En continuant sa route à travers le Poitou, le Pape s'arrêta chez les Bénédictins de Saint-Maixent pour se diriger ensuite vers la Saintonge et séjourner à Saint-Jean-d'Angely, toujours chez les moines. Il arriva à Saintes pour les fêtes de Pâques -, comme l'atteste Foulques d'Anjou, d'après lequel, « Tété qui suivit, les peuples et les chefs de peuples entreprirent le voyage de Jérusalem sur l'ordre du Pape ^ ».
Mais avant tout le Pape, comme nous l'avons dit plus d'une fois, voyageait pour le gouvernement des églises, selon qu'il le déclare lui-même en diverses circonstances *.
Etant à Saintes, il accorda au monastère Saint-Martial de Limoges le pouvoir assez extraordinaire de s'immiscer dans l'administration diocésaine. Ainsi . il ordonnait qu'en rabsence de l'évéque de Limoges, le diocèse serait administré par l'abbé de Saint-Martial, assisté cependant des principaux chanoines de la cathédrale, que l'élection épiscopale serait spécialement soumise à son arbitrage et qu'enfin dans toutes les affaires importantes de cette église l'évéque ne prendrait aucune décision sans son assentiment et son conseil. La chose était grave de la
verbium quoil debuerat eis verecundiam infère ;si advertere voluissent, de lupo ad discendas litteras posilo, cui cum niagister diceret A, ipse Agnellum et cum magistcr B, ipse dicebat porcelium. •AnaL jur. pont,, 88» liv., col. 547.
1. AnaL jur. pont., 88«Uv., 546-547. Le m(^me jour, les moines de Saint-Aubin d'Angers furent confirmés dans leurs privilèges. Anal,, ibid., 548.
2. Chroniq. Malieac, Cela suppose qu'il quitta Saintes et y revint, ce que Ici autres écrivains ne disent pas. Hec. des liist. des Gaules^ XII, 65, note d,
3. « Sequenti autem œstate, ex prœcepto ejus, inierunt iter lerosoliniitamim non solum populi sed etiam duces populorum •. il/. G,, SS,f XXVI, 461, note. Quelle était cette croix qui apparut alors, dont le souverain paraît faire date? Cet évt*'n«»ment est signalé au bas d'une charte conservée dans les archives de Saint-Maixent et figurant dans les Analecta, 88» liv., p. 551 : « anno ab Incarnatione Domini millesimo nonagesimo sexto, quando Urbanus Papa fuit Santonas «^t signum crucis apparuit in ca*lo, régnante Philippo rege •,
4. Par ♦'xcinple : « cum in partes Galliaj pro negotiis ecclesiasticis venissemus ». Anal. jur. pont., 88* liv., p. 551.
VOYAGE DT'RBAIN U EN FRANCE. 39o
part d'un Pape quî, pour s'attacher à la sauvegarde des maisons religieuses, n'en était pas moins jaloux des droits de ses évoques. Mais on ne s'étonnera pas si Ton fait attention, comme il Tobserve lui-même, qu'il ne faisait que statuer d'après un usage déjà très ancien dans cette église ^ D'ailleurs il tempérait la faveur apparemment excessive, accordée aux moines de Saint-Martial, en les maintenant sous la dépendance de Cluny, spécialement pour ce qui regardait l'élection de leur abbé. Cette dépendance avait commencé d'exister en 1062, avec grandes difficultés, alors que le vicomte Adhémar de Limoges n'avait trouvé d'autre moyen de ramener l'abbaye de Saint-Martial à l'observance des règles monastiques et d'en éloigner la simonie, qu'en la soumettant à saint Hugues. Même le légat Pierre Damien s'était présenté à Limoges pour avoir raison des insoumis. Mais il n'avait pas obtenu grand succès. La modération de saint Hugues devait relever la situation dès 1064, avec le concours du nouvel abbé Adhémar dont le gouvernement prolongé mériterait de la part du pape Urbain II tous les encouragements et toutes les faveurs.
Ce fut à Saintes que plusieiirs chanoines de la métropole de Reims vinrent trouver le Pape leur ancien frère, pour lui demander la reconnaissance des coutumes et privilèges accordés précédemment par les évêques de Reims au chapitre. La députation se composait du prévôt Raoul le Verd qui devint plus tard archevêque de la métropole, du chantre Richer et de l'écolàtre Ulric. Urbain II les accueillit avec l'affection la plus paternelle et accorda toutes les faveurs à un chapitre si illustre ^ qu'il voulait « mettre à l'abri de toute violence, pour lui assurer la sécurité et la paix nécessaires au libre service du Dieu tout-puissant'^ ».
1. - Constituimus, secundum antiqu» consuetudinis modum >. MiuNEyCLI,402*