MiosE, eu
ment pures, mais justes et légitimées par le succès des événements. On peut en juger par ce que nous venons de rapporter de Moissàc, et aussi par le rescrit que le souverain Pontife adressa de Toulouse encore à Tabbé de Cluny.
Il s'agissait du monastère de Beaulieu, au diocèse de Limoges. Il était devenu depuis longtemps la proie des laïques et ce n'avait pas été sans la ruine des vertus religieuses. Même les moines avaient eu recours au bras séculier pour chasser leur abbé, et celui-ci demandait justice contre eux. L'archevêque de Bourges avait durant un temps frappé le territoire des censures de l'Église, et le seigneur Hugues qui occupait la place et encourageait les moines dans leur vie relâchée, après un second et un troisième avertissement, s'était vu anathématisé lui-même parle Pape. 11 lâcha prise enfin. Le Pape alors confia la réparation des désastres à la sollicitude de Cluny en demandant à l'abbé de gouverner ce monastère comme une dépendance du sien et d'y établir un abbé choisi dans la congrégation clunisienne jusqu'au rétablissement de la discipline régulière*.
A Toulouse, le 24 mai, le Pape Urbain II, assisté des archevêques Bernard de Tolède, Amat de Bordeaux, Daimbert de Pise, des cardinaux Theuzon et Gautier d'Albano, Pierre de Pampelune et de dix autres évêques, consacra l'église Saint- Saturnin ou Saint-Sernin. Il fit la dédicace du maître-autel en l'honneur de l'illustre patron, et déposa dans la pierre sacrée une grande partie du chef de saint Saturnin avec d'autres reliques 2.
. Tandis que le Pape était encore à Toulouse, les chanoines de la cathédrale de Saint-Etienne lui exposèrent leurs griefs
1. « Praecipicntes ut Bclli-Loci monasterium omnino deinceps, tanquam Cluniacensis cœnobii membrum. sollicite regas et abbatein illic Cluniacensi sempor con- {s'regatione constituas, quatonus, auxiliante Domino, per vestram sollicitudimna. vigor illic rogularis disciplina? restauretur et conservetur. • {Bibl. clumaj'-j p. 525.)
2. «... Posuitque in eodcm altari quam maximaui partem capitis gloriosissimi Saturnini ...• ExBrev, chron, Tolosano, Rec, d. H, des 6?., XII, 373. La magniliqnP l'îglise de Saint-Sornin, du xr siècle, existe encoiv aujourd'hui. Elle a été de tout temps fort célèbre principalement à cause du grand nombre de corps de Sviints qu'elle possédait.
contre les moines de Saint-Michel de Cluse qui revendiquaient pour eux une église appartenant à l'église de Toulouse. Chose assez étrange, les moines refusèrent de se rendre à la convocation du souverain Pontife, et l'affaire en resta là.
De Toulouse, le Pontife se rendit à Carcassonne où il arriva le mercredi 11 juin. Il y demeura cinq jours, comme on le peut voir d'après d'anciens fragments de l'histoire de cette ville où il est dit : « Le Pape entré à Carcassonne y célébra les saints mystères, donna l'absolution aux vivants et aux morts et bénit les pierres de la cathédrale de Saint-Nazaire * . Le surlendemain, férié sixième, après avoir célébré la messe à l'autel de la bienheureuse Marie toujours Vierge et du Saint- Sauveur, il nous adressa un discours et procéda à la bénédiction du cimetière en faisant de ses propres mains l'aspersion du sel. Il demeura ainsi cinq jours parmi nous, et après avoir béni les vivants et les morts, il nous quitta au milieu des acclamations et des actions de grâces universelles^. » Cette abbaye de Sainte ^larie et du Saint-Sauveur était située dans un des faubourgs de la ville. Elle devait passer, au siècle suivant, aux chanoines réguliers..
Arrivé à Tomières, le Pape y célébra la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste. Cette ville possédait la célèbre abbaye bénédictine de Saint-Pons, dont le nom fut ensuite ajouté au sien. Urbain II prit occasion de cette visite pour accorder des faveurs très importantes à un ancien moine de Saint-Pons, Pierre de Rota, devenu évéque de Pampelune. Il voulait, détail à relever, le récompenser d'avoir établi des chanoines réguliers dans sa cathédrale. Les privilèges avaient cependant aussi leur raison d'être à cause de l'importance de Pampelune, envisagée comme un boulevard en face du redoutable voisinage des Sarrasins. Outre les diverses églises de son diocèse, Tévêque reçut la charge de plusieurs abbayes avec juridiction sur les terres
1. « Vivos ot (lefunctos bcnodicons absolvit» etiam Ecclosia? B. Nazarii saxa bcnedixit. • Ex Ms. cod. Reg,, 5256. Rec. des HisL des G., XIII. 7-27. 11 s'agissait (les maUM-iaux prépart'S pour l'achèvoment do cette église depuis longtemps commencée.