‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 266 sur 356 · Anal. jur. pojit.j 88" livr., p · texte numérisé non relu

Anal. jur. pojit.j 88" livr., p

*i. M. Adrien de Brimont {Urb. JI, p. 306) parait se laisser embarrassor par \? toxte du chroniqueur Arnauld do Verdala et prendre la défense du Pape sur un«^ question qui ne souffrait pas grande difficultc*. Il s'agissait, pour cette absolution accordée à tous ceux qui se trouvaient inhumés ou qui seraient inhumés à l'avenir dans le cimetière de Maguelonne, de l'indulgence applicable aux défont*^. L'importance de la cité de Maguelonne, à cause de l'insalubrité du lieu et des guerres fréquentes, alla sans cesse en déclinant, durant tout le coure du moyen âge. En 15'20, le siège épiscopal en fut transféré à Montpellier.

réleva au second rang après celle de Rome*, et décréta que tous les fidèles, de quelque pays qu'ils fussent, y auraient le droit de sépulture. Afin de perpétuer le souvenir de .cette auguste cérémonie et des privilèges qui s'y rattachaient, l'évéque Godefroy institua à perpétuité une procession solennelle qui devait être faite chaque année, en ce jour de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, par le clergé et le peuple autour de l'église, avec obligation d'offrir le même jour un repas à douze pauvres de la ville. »

Durant son séjour à Maguelonne, Urbain II visita Montpel-* lier. Il s'y occupa, à la demande du roi, de l'élection de Guillaume de Montfort au siège épiscopal de Paris. On pouvait apparemment beaucoup craindre au sujet des dispositions du nouvel élu qui était le frère de la trop fameuse Bertrade, illégitime épouse du roi. Il y avait lieu de supposer que le choix du clergé de Paris était dû à l'intimidation. Le Pape chargea du soin d'examiner l'affaire^ Yves de Chartres qui se trouvait alors h ses côtés. Si les chanoines de Paris parvenaient à se justifier par serment de tout soupçon de simonie, Guillaume recevrait l'ordination épiscopale de son métropolitain, l'archevêque de Sens, et celui-ci aurait l'autorisation, pour la cérémonie, mais pour cette fois seulement, de se servir du pallium dont l'usage lui avait été interdit au concile de Clermont, à cause de son refus de reconnaître la primatie de Lyon. Yves d'ailleurs ne donnait que d'excellents renseignements sur Guillaume de Montfort qu'il connaissait pour l'avoir vu grandir au sein de l'église de Chartres, qu'il n'avait cessé de regarder comme un sujet d'avenir et qu'il avait poussé lui-même à l'acceptation de l'épiscopat. Voici ce qu'il en dit en effet dans sa lettre 43" : « C'est exclusivement par mes conseils et avec mon assentiment qu'il

1. - Et (MagaloncnsiMii Ecclesiconi) secundo loco post Romanam Ecclcsiam hoiioriflcandam decrevit ». — Il paraît évident qu'ici le chroniqueur, animé du désir de rendre démesurément célèbre son siège épiscopal, a dépassé les bornes de la vraisemblance. Sans doute il a voulu dire que le Pape, vivement touché de la piété et des sentiments religieux qu'avaient manifestés en sa présence les habitants de Magnelonne, avait décoré leur église du titre de basilique mineure. On ne peut raisonnablement donner un autre sens à ses paroles.

a voulu agir. J'ai donc envoyé avec lui dans la ville où son élection vient d'avoir lieu, quelques-uns de nos frères les plus fidèles, pour faire une scrupuleuse enquête. Il a été constaté que les suffrages avaient été unanimes en sa faveur, que l'élection avait été complètement pure de toute brigue et de toute simonie, dans aucune pression de la part du roi. Le fait bien établi, j'ai cru devoir conseiller au nouvel élu d'accepter le poste qui lui était offert et de se soumettre aux injonctions de la Providence. Il serait en effet fort à craindre que son refus n'amenât la promotion de quelque simoniaque ambitieux et cupide. Comme il n'a point encore atteint l'âge canonique, je lui ai recommandé d'observer les interstices entre la réception de chacun des ordres et de s'adresser à votre autorité apostolique pour obtenir une dispense d'âge, s'il en est encore besoin à l'époque de sa consécration épiscopale ^ »

En même temps, Yves écrivit à Richer de Sens pour lui notifier la chose et lui demander d'imposer les mains à l'élu, selon le désir du Pape : « Sachez, lui disait-il, que les chanoines de Paris, le doyen, le chantre, l'archidiacre Renauld, ont juré en notre présence, selon la demande du Seigneur Pape, qu'ils avaient élu pour leur évéque, Guillaume, sans pression aucune ni du roi ni de la reine, et que ce choix n'est pas entaché d'une ombre de simonie. Je vous mande donc, de la part du souverain Pontife, si l'église de Paris demande l'ordination et la consécration de son nouvel évéque, de lui imposer les mains avant la fête de Saint-Remi, selon les privilèges et les usages de votre église. Quant au pallium qui vous est interdit pour un temps, n'ayez crainte d'en faire usage dans cette particulière ordination. Le Pape me l'a accordé pour vous, à Montpellier, quand, à la demande du roi, il traitait cette question de l'élection de Guillaume et qu'après. long examen il me confiait le soin de cette affaire 2. »

Cette dernière réfleaon laisse à entendre avec quelle circons-

1, ivoN, p. 43.

2. « Post niultam ventilationem cjusdeni electionis discussio mihi a domno Papa committcrctiir •, p. 50.

pection Urbain II examinait la valeur des élections épiscopales. Toutes les précautions prises par lui dans cette circonstance montrent jusqu'à quel point il avait souci d'écarter de ces élections les moindres apparences d'irrégularité.

VI. — Concile de Nîmes. — Mesures disciplinaires. — Réconciliation DU ROI DE France. — Prédication de la Croisade.

Au commencement du mois de juillet, Urbain II ouvrit, à Nîmes, le concile qui avait d'abord été indiqué comme devant se réunir à Arles. On se rappelle qu'à la clôture du concile de Tours, le Pape en avait indiqué un autre qui se tiendrait à Arles à la fin du mois de juin. A cette époque, Arles ne faisait point encore partie du royaume de France, et comme Philippe se proposait de venir y chercher l'absolution de ses censures, le Pape choisit une ville française et ouvrit le synode à Nîmes en juillet.

D'après une charte du comte Raymond en faveur du monastère de Saint-Gilles, figuraient au concile six métropolitains-, Daimbert de Pise, Hugues de Lyon, Amat de* Bordeaux, Bernard de Tolède, tous trois légats du Saint-Siège, les deux frères Hugues de Besançon et Gui de Vienne, puis cinq évoques, Gautier d'Albano, Bruno de Segni, GeolTroi de Maguelonne, Humbald d'Auxerre, Bertrand de Nîmes, et enfin cinq cardinaux non évêques, parmi lesquels Richard, abbé de Saint- Victor de ^larseille. Mais d'autres monuments signalent, outre la présence des métropolitains mentionnés, les noms de quelques cintres évêques et jusqu'à quatre-vingt-six Pères, tant ëvêques qu'abbés. Il paraît certain qu'Yves de Chartres dont nous avons relaté la présence à Montpellier, assistait au concile de Nîmes.

Nous ne possédons plus les actes de ce synode. Les décrets qui furent promulgués sont renfermés dans seize canons. On y

confirma aussi plusieurs décisions qui avaient déjà été portées dans de précédents conciles.

C'est le 6 juillet que le Pape consacra Téglise cathédrale Sainte-Marie, en présence de l'imposante assemblée des évoques et du comte Raymond de Saint-Gilles. Peut-être le jour même de cette solennité fût-il celui de l'ouverture du concile. Mais le témoignage du Pape, dans une charte dont il va être question, parait affirmer que le concile s'ouvrit le 8 juillet ^

Nous allons donner un aperçu rapide des points litigieux qui furent traités. Dès le début du concile, la discussion s'engagea entre Tévêque de Toulouse et les chanoines réguliers de Saint-Saturnin, à propos du quart des offrandes perçues chaque année dans la basilique et que les chanoines devaient verser à la chancellerie deTévêque. Le bref que le Pape rendit quelques jours après, donna droit aux chanoines réguliers. Il y est dit que les clercs séculiers, qui desservaient autrefois la basilique, percevaient les oblations intégrales et tous les bénéfices, de l'aveu même de Tévêque. Or n'était-ce pas visiblement injuste, qu'on osât frustrer des clercs vivant en commun et sous la discipline régulière, par la grâce de Dieu, d'un droit que les évoques précédents accordaient auparavant à de simples clercs séculiers ^. Cependant l'évêque ne se soumit pas sans peine. Voici ce que rapporte à ce sujet Gui de Vienne, le futur .Calixte II 3,

« J'assistais avec beaucoup d'autres prélats présidés à Nîmes parle seigneur pape Urbain II, et là j'entendis la requête que les chanoines de Saint-Saturnin adressèrent au souverain Pontife pour être dispensés de remettre à la chancellerie pontificale le quart des offrandes faites chaque année dans la basilique.

1. • Negotium ipsum ad cojicilii audientiam distulimus, quod apud Ncniau< sum VIII id. Julii celebravimus. » Cette affaire dont il s'agit ne fut terminée qu«* trois jours après, V. idus Julii. Anal. jur. pont,, X, 551.

2. - Iniquum ita visum est ut quod sœcularibus clericis anteriores episcopi permisorant vobis jam per Dei gratiam communiter et sub regularî disciplina vîventibus auferretur. » Baluz., Mise, II, 179. On voit par là combien Urbain II pi'éconisait la vie régulière.

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