‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 267 sur 356 · Labbe, Conc.j X, G · texte numérisé non relu

Labbe, Conc.j X, G

Le Pontife paraissait disposé à donner satisfaction à leurs instances quand Tévêque de Toulouse Isnard maintint énergiquement son droit, protestant que, si ce revenu lui manquait, il n'aurait pas dé quoi vivre. Mon frère (rarchevêquede Besançon) et moi, soutînmes sa cause de tout notre pouvoir, en sorte que TafTaire demeura en suspens. Mais après la clôture du concile, le seigneur Pape, cédant aux sollicitations du comte Raymond qui favorisait le parti des chanoines, prit Tévéque à part et le détermina à accepter uiie transaction. Isnard devait conserver sa vie durant le revenu en litige et, à sa mort, le droit épiscopal sur les oblations de la collégiale serait aboli ». En fait, les chanoines de Saint-Saturnin fournirent à l'évéque, pendant toute sa vie, ce qui était nécessaire à son entretien et à celui de ses gens. Ils avaient eu bien de la peine d'ailleurs à se soumettre à cette clause onéreuse. Toutefois même la condition avantageuse qui leur était faite ne dura pas. L'affaire ayant été examinée de nouveau dans la suite, en présence de Calixte II luimême, l'église cathédrale se vit déboutée de ses prétentions. S'il faut en croire les chanoines eux-mêmes, la faute en aurait été à la négligence de l'évéque qui gouvernait alors l'église de Toulouise. Quant aux autres privilèges accordés à la cathédrale Jors de sa consécration par le Pape et le comte Raymond, ils furent confirmés dans le concile.

Une autre décision fut rendue qui terminait le conflit existant entre les monastères de Figeac et de Conques, comme on le voit d'après le rescrit porté quelques jours après par le Pape, lorsqu'il arriva au couvent de Saint-Gilles. De longues discordes avaient surgi entre les deux abbayes, après le décret de Grégoire VII qui les unissait sous le gouvernement d'un seul abbé. Supprimant ce décret, Urbain II statua que chaque monastère aurait un abbé particulier, mais que Figeac demeurerait sous la direction de Gluny ^

Le comte Raymond dont nous avons signalé la présence au

I. Cette (U'rniêre clause, n'ost pas mentionnée dans le manuscrit dos archives de Figeac copie par Baluzo ; on n*y fait mention (jue du gouvernement de l'abbt* particulier.

concile, étant sur le point de partir pour la croisade ^ en présence de rimposante assemblée fît abandon de tous ses droits sur le monastère de Saint-Gilles et la vallée Flavienne, en faveur de Tabbé Odilon et de ses moines 2. Voici cet acte chevaleresque : « Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, en l'honneur et révérence du Dieu unique en trois personnes, de la bienheureuse et sainte Vierge Mario Mère de Dieu, de tous les esprits célestes, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, de tous les saints et en particulier du très saint confesseur du Christ, Gilles, moi, Raymond, par la permission divine, comte de Toulouse et de Rodez, duc do Narbonne, marquis de Provence, voulant pourvoir au salut de mon âme et de celle de mes prédécesseurs, en ce concile, célébré à Nîmes, par le seigneur apostolique et vénérable papo Urbain II, en sa présence et devant toute la sainte assemblée, je fais cession et complet abandon, au vénérable Odilon, abbé de Saint- Gilles et à son monastère, de tous les droits que j'avais cru pouvoir exercer, justement ou non, sur les terres de l'abbaye et sur toute la villa Flavienne, de toutes les coutumes bonnes ou mauvaises, établies au profit de mes prédécesseurs et de moi dans toute l'étendue de ce territoire. Je fais cette donation pour obtenir la rémission de toutes mes fautes passées et la gloire du royaume éternel. Fiat. Fiai. Amen. Si quelqu'un de mes descendants osait , dans l'avenir, porter atteinte à cet acte ou en contester la valeur, qu'il soit maudit et condamné, comme Judas le traître, Simon le mage, Dathan, Abiron et les autres réprouvés ^. » Quant à Bertrand, comte de Toulouse, il fut excommunié pour avoir envahi le bourg de Saint-Gilles *.

Le pape étant à Avignon, le 22 juillet suivant, confirma cette donation de Raymond en prenant sous la dépendance absolue

1. « In Hierosolimitanam expeditionem iturus ». (Teulet, Layettes du Tréêor fies Chartes, I, p. 566) comme le dit le Pape dans son bref du 22 juillet 1096.

2. • In concilio apud Nemausurn celobrato a domno et vcnerabili papa Urbano II, in prœsontia ipsiuset totius sancti concilii ■. Ibid., p. 32.

3. Teulet, Layettes du Trésor des Chartes^ I, p. 32. (Paris, 1863.)

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