‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 273 sur 356 · A fiai. jur. pont., X · texte numérisé non relu

A fiai. jur. pont., X

3. L'Apta Julia que Jules Ci'sar releva de ses ruines, embellit, agrandit, et à laquelle il donna son nom.

l'une et de Taiitre église, mais qui semblait étendue pour bénir. Quelles idées devaient éveiller en effet cette image lapidaire de la main merveilleuse avec laquelle le Pontife quittant la France avait signé des chartes pacifiques, béni les foules croyantes, consacré des églises, et montré l'Orient !

Mais avant de quitter la France, Urbain II avait écrit au roi de Hongrie cette magnifique lettre qu'il importe de rapporter au long : « Urbain, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son fils bien-aimé dans le Christ, Coloman, illustre roi de Hongrie, salut et bénédiction apostolique.

« Nous avons été comblé de joie à la nouvelle que Votre Majesté avait été, par la disposition du Dieu tout-puissant, élevée au gouvernement du royaume de Hongrie. Nous tenions de notre vénérable fils Odilon, abbé de Saint-Gilles, que, au talent naturel qui rehausse votre dignité, vous unissiez une parfaite connaissance de l'Ecriture et- une science complète des saints Canons, surtout en ce qui regarde le pouvoir judiciaire de l'Eglise. C'est pour cette raison, très cher fils dans le Christ, que vous devez, plus que tous ceux qui vous ont précédé sur le trône, prendre soin des affaires, pour votre salut et le salut des peuples dont vous avez la charge. Les divines Ecritures attestent que les puissants seront puissamment tourmentés et qu'il sera redemandé plus à celui qui aura davantage reçu. Levez donc, ô roi, le glorieux étendard de la foi catholique; c'est lui qui couvrira de lauriers et des reflets de la plus pure gloire le drapeau de votre maison royale. Depuis longtemps déjà les peuples de Hongrie ont dévié dans le chemin de l'erreur et, abandonnant les pasteurs qui les auraient sauvés, ils ont suivi la trace des troupeaux étrangers. Souvenez- vous du saint roi Etienne, qui, le premier de votre famille, a reçu de la sainte et apostolique Église romaine le bienfait de la foi, et qui a si bien mérité la dignité royale. Sachez, fils très aimé, que la hauteur où vous élève la volonté divine est la mesure même de l'humilité avec laquelle vous devez obéir aux princes du divin pouvoir, Pierre et Paul, comme de la soumission et du respect que vous dev(»z fidèlement montrer à l'Eglise dont le même Pierre est le premier fondement. Ne vous laissez

pas corrompre par le venin des faux apôtres qnî ont envahi l'Eglise qu'il a fondée ; que le contact des pervers ne vous détourne pas de la religion. Nous pensons que vous n'ignorez pas l'universelle excommunication et les anathèmes qui pèsent sur l'hérésiarque Guibert. Contre les lois divines, contre les règles évangéliques, contre les décrets des saints canons, il a osé s'emparer de la couche nuptiale de son père et maître vivant, Gréjçoire VII, d'apostolique mémoire, dont il a envahi le trône pontifical, et il est devenu l'incestueux de sa mère, mère de tous les fidèles, l'Eglise romaine. Mais, par la permission de Dieu, le monde entier, ou à peu près, sait qu'il est un voleur et un larron. Nous croyons aussi que vous connaissez ce que la divine justice a fait de l'empereur Henri, le père de cet affreux tissu d'iniquités. Livré à son sens réprouvé, en commettant non seulement l'injustice, mais les abominations que les hommes exècrent comme Dieu, il est devenu un spectacle d'ignominie aux yeux du monde. On dirait que c'est pour lui qu'a été écrite la parole de l'Écriture : « Pourquoi être si fier, terre et cendre? » Il a extériorisé dans sa vie la laideur de son âme. Ceux-là mêmes qui étaient ses intimes, qu'il aimait comme ses entrailles, ses familiers, son fils lui-même, le vomissant à cause de ses crimes, ont volontairement fui son voisinage. Déjà, par un jugement miséricordieux de la Providence, il a perdu la plus grande partie de son royaume qui le rendait dépendant de l'Église romaine. Au milieu de ces tempêtes déchaînées par l'enfer, votre royaume, depuis longtemps, a fait litière de l'obéissance au Saint-Siège, et, à la faveur des premiers ministres du mensonge, a cédé à la séduction de la voie large. Ne serait-ce pas pour ôter enfin le voile qui couvre ce peuple que la grâce divine vous aurait élevé à la première dignité du .royaume! Nous le croyons. Aussi, nous qui, malgré notre indignité, avons reçu la charge apostolique de toutes les Églises, parce que nous nous devons aux Grecs et aux barbares, aux savants et aux ignorants, nous avons cru devoir avertir votre sagesse, qu'il nous serait agréable de savoir si vous consentiriez à accepter des légats du Saint-Siège pour le salut de votre royaume et l'avantage de votre peuple. Nous avons

destiné cette charge à l'abbé de Saint-Gilles, et nous serions désireux de recevoir, par le porteur de ces présentes, communication de vos desseins. Au reste, il nous plait d^assurer à Votre Excellence les dignités et les honneurs mérités auprès du Siège apostolique par votre prédécesseur Etienne. Vous recevrez avec une libéralité sans mesure tout ce que votre piété désirera, pourvu que vous persévériez inébranlable dans Tunité de TÉglise romaine et lui continuiez les mêmes marques de respect dont faisait profession envers elle le même roi très dévot *. »

S'il faut en croire Guesnay, un écrivain du xvii* siècle, Urbain II aurait visité la ville de Marseille avant de rentrer en Italie et y aurait été reçu magnifiquement chez les moines de Saint- Victor. Mais les anciens historiens gardent là-dessus le plus complet silence ; même on ne sait pas au juste quel jour ni par quelle route le souverain Pontife quitta le sol de France. Ce qui est seulement ceii.ain, c'est qu'il passa plusieurs semaines dans ces contrées maritimes.

Nous avons deux lettres datées de cette époque, écrites par lui à l'occasion d'un différend survenu entre les moines de Schaffouse et ceux de Rittembourg. Etant à Tours, il avait su par l'écolâtre Manegold que la paix était faite. Mais ensuite, un religieux de Schaffouse, Gérard, lui vint apprendre qu'à Rittembourg on avait frauduleusement enlevé un moine de Schaffouse et qu'on l'avait séquestré. Urbain II écrivit à Gebhard de Constance pour menacer par lui les coupables d'un interdit dans le délai de trente jours s'ils ne restituaient le prisonnier 2. Il avertit des mêmes censures Ulrich, prévôt de Rittembourg et le doyen, en leur rappelant que ce n'est pas la première fois qu'il les prie et les supplie de rentrer en paix avec les religieux en question. Ils mériteraient que cette double faute de désobéissance et de fourberie fût rigoureusement châtiée. Mais le Pape ne doute pas que les délinquants sachent en lire et en discerner la gravité « sur les tables de leur conscience ^ ».

Page 1