‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 277 sur 356 · Pfluok-Harttunc, Acta^ 1, p. 61, n · texte numérisé non relu

Pfluok-Harttunc, Acta^ 1, p. 61, n

des avocats équitables, avaient été les exacteurs de Saint-Basle, il faut admirer la fermeté impartiale du Pape oubliant le nom de son berceau pour ne voir que la justice.

Ce fut vers cette époque que Téglise deSquillace, en Calabre, fut soustraite à la juridiction de tout métropolitain et soumise à la dépendance immédiate du Saint-Siège. Théodose, évêque de cette ville et de nationalité grecque, étant venu à mourir, le comte Roger eut Tidée de placer à la tète de cette église un évêque latin, parce que la population était formée de latins, c'est-à-dire de Normands, en bien plus grand nombre que de grecs. Les autres évoques latins qu'il avait mandés de Sicile lui donnèrent leur assentiment et principalement celui d'entre eux qui était le Vicaire du souverain Pontife en Calabre, Sasson, évêque de Cassano, suffragant de Reggio.

Vni. — Commencement de la Croisade. — Les trois ARMÉES des Croisés.

Nous avons vu par la lettre que le Pape avait écrite d'Angers aux princes de Flandre que le départ général pour la croisade avait été fixé au 15 août. Il est très possible que le départ ait commencé à s'effectuer tandis que le Pontife était encore en France. Voici ce qu'en dit le comte Foulques d'Anjou, dans son Fragment d'Histoire^ où, après avoir énuméré les différents voyages accomplis par Urbain II au début de cette année, il continue en ces termes : « L'été suivant, conformément à ses ordres, se mirent en route pour Jérusalem, non seulement les peuples, mais aussi les chefs des peuples, dont les noms ont été conservés ici pour l'édification de la postérité : Hugues le <jrand, frère de Philippe, roi de France; Robert Courteheuse, duc de Normandie et fils de Guillaume le Conquérant; Robert, comte de Flandre ; Raymond, comte de Saint-Gilles; Etienne, comte de Blois, fils de Thibaud, comte de Champagne; Godefroi de Bouillon, duc de Lorraine, et son père Eustache, comte de Boulogne. — Avec eux venaient Adhémar, évêque

du Puy, nommé par Urbain au concile de Clermont chef de Texpèdition sainte, et un grand nombre d'autres évoques et seigneurs de grand mérite »

ce Les Vénitiens, dit Orderic Vital, les Pisans, les Génois et ceux qui habitaient les rivages de l'Océan ou de la Méditerranée, avec leurs vaisseaux chargés d'armes et d'hommes, de machines et de victuailles, sillonnaient de tous côtés la mer. Ceux qui allaient par terre couvraient le sol comme des nuées de sauterelles ^ »

« On vit s'accomplir daùs toute leur vérité, dit Guibert de Nogent, ces paroles de Salomon : Les sauterelles n'ont point de roi et cependant elles marchent toutes par bandes ^. Elles n'eurent point de roi parce que chaque fidèle n'eut d'autre guide que Dieu seul et nul ne doutait que le Seigneur ne marchât devant lui. »

« Il y avait des gens, raconte encore Guibert de Nogent, qui n'avaient pas l'intention de s'en aller, qui se moquaient en voyant les autres se dessaisir de leurs biens, et leur prédisaient un triste voyage avec un plus triste retour. Le lendemain, ces moqueurs de la veille subitement donnaient leur fortune pour quelque argent, et partaient avec ceux qu'ils avaient raillés d'abord. Qui pourrait citer les enfants, les femmes avancées en âge, se préparant à l'expédition? Qui compterait les jeunes filles, les vieillards vacillant sous le poids des années ? Vous auriez souri de voir les pauvres ferrer leurs bœufs, comme des chevaux, traîner dans leurs chariots leurs vivres et leurs enfants. Et ces petits, à chaque bourg ou château qu'ils apercevaient, demandaient avec simplicité : Est-ce là Jérusalem^? »

« Il n'était pas facile, dit Ekkehard, de persuader aux populations occidentales de France d'abandonner leurs champs, car le pays depuis des années avait souffert soit de la famine, soit des guerres civiles, soit de la mortalité plus grande et enfin de

1. • Qui vero terra ibant, universa; tern» superficiel» tanquam locustae occuluerunt ». (Orderic Vitau, HisL eccl. Ed. Le Prévost, t. III, 1. IX. J

Page 1