GuiB. NoG., 1. II, c. VI. Cf. Gettà DeL
ce fléau des Ardents qui avait jeté la désespérance dans les foyers. Malgré tout, la foi et la passion de souiTrir parlant plus haut, les hommes partaient en immenses caravanes, avec femmes, enfants, bagages et objets domestiques. Quant aux populations germaines, de Saxe, de Thuringe, de Bavière et d'Allemagne, la trompette pour eux sonna en vain, à cause du grand schisme qui régnait depuis si longtemps dans leur pays entre le sacerdoce et Tempire. De là, il arriva que presque tout le peupie teuton, ignorant au début la cause de cet exode en masse, s'ébahissait de voir passer par ses terres, ce torrent de chevaliers, de légions de gens à pied, de paysans, d'enfants et de femmes. Il lés plaisantait, comme d'une incroyable folie, de quitter la terre natale et les biens assurés, pour s'enfoncer dans un terrible inconnu. Mais, dit Ekkehard, quoique notre race soit de beaucoup la plus suffisante, la fierté teutonique, instruite par le spectacle de cette foule qui passait, devenait respectueuse ^. » Citons encore le récit de Guillaume de Malmesbury : u Déjà le mois de mars avait sonné pour les avides, lorsque, secouant les vieilles brumes et revêtant les jeunes atours du printemps, «le monde invitait aux plages orientales. L'ardeur était si grande qu'on ne souffrait aucun retard. Godefroy, duc de Lorraine, issu de la vieille souche de Charles le Grand, le premier héritier du sang et de la valeur de Charlemagne, le premier des chevaliers par la bravoure, décida de faire route pour la Pannonie. Il était suivi des Frisons, des Lorrains, des Saxons et de toutes les peuplades sises entre le Rhin et la Garonne. Par la Dalmatie, onvit partir Raymond, comte de Saint-Gilles, et Adhémar, évêque du Puy, deux vaillants, égaux pour la bravoure en face de l'ennemi et pour la piété envers Dieu ; sous leurs étendards combattaient les Goths et les Gascons et tous les peuples depuis les Pyrénées jusqu'aux Alpes. Le Normand Boêmond de Pouille les avait prévenus ; embarqué à Brindes pour aborder à Durazzo, il avait dessein d'aller à pied à Constantinople, par des chemins connus. L'Italie marchait à sa suite, et les provin-