Comte Riant, Inv. cnl., Orient latin, t. I, p
marche laborieuse à travers les pays de Roumanie et d'Arménie. Il me reste à vous décrire les deux sièges d'Antioche et la grande victoire par laquelle le Seigneur a couronné nos efforts. »
Anselme en fait le récit, en ayant soin de noter la mort d'un chevalier rémois, Roger de Bétheniville, qui succombe en repoussant les troupes de Schems-Eddaula sorties de la citadelle. Il continue en ces termes : « Après ce dernier effort, la famine nous réduisit à la dernière extrémité. Mais Dieu eut pitié de ses serviteurs : étendant sur eux sa main auxiliatrice , il daigna , par une révélation de sa Providence , nous manifester la lance dont fut percé à la passion le corps du Christ. Elle était enfouie sous le pavé, dans la basilique du bienheureux Pierre, à la profondeur de deux statures d'homme. Cette perle précieuse ainsi retrouvée, notre cœur à tous revécut. »
Anselme raconte ensuite la grande bataille d'Antioche, la déroute de Kerbogha, et il termine «linsi :
« Votre paternité se réjouira donc de la victoire des chrétiens et de la délivrance de cette grande église d'Antioche, après Rome, la mère de toutes les autres. Aidez-nous à rendre grâces à Dieu, et continuez à invoquer pour nous son secours. Notre confiance à vos prières est sans borne : c'est à elles, non à nos mérites, que nous attribuons nos succès. Veuillez garder en paix nos domaines ; protégez nos églises et nos pauvres contre toutes les agressions injustes. Nous vous recommandons aussi de prendre des mesures contre les pèlerins qui ont faussé leur serment : il faudrait, s'ils viennent à résipiscence, leur rendre la croix et les faire partir sur-le-champ pour le saint voyage ; sinon, les frapper d'une sentence d'anathème. La porte de la Terre Sainte nous est dès maintenant ouverte. Tenez-le pour certain. Adieu. Nous conjurons tous ceux à qui parviendra cette lettre de prier Dieu pour nous et pour nos morts *. »