‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 301 sur 356 · I. Spicil. trAcHERY, VII · texte numérisé non relu

I. Spicil. trAcHERY, VII

Les mêmes événements, le siège d'Antioche, la découverte de la sainte Lance et la défaite de Kerbogha, furent racontés au même Manassès II par Baudouin du Bourg dans une. lettre que nous ne possédons plus.

Voici enfin ce que Godefroy de Bouillon, au nom des princes et des chefs des armées chrétiennes, écrivait d'Antioehe à Urbain II, en septembre 1098, pour lui annoncer, en même temps que leur éclatant triomphe, la mort d'Adhémar, évéque du Puy, que lui-même avait constitué au milieu d'eux légat du siège apostolique et chef de l'expédition, et pour supplier le Pontife qui les avait décidés à partir de venir en Orient se mettre à leur tête et siéger sur la chaire que saint Pierre avait fondée à Antioche :

« Au seigneur et vénérable pape Urbain, Boémond et Raymond de Saint-Gilles , le duc Godefroy et Robert duc de Normandie , Robert comte de Flandre et Eustache de Boulogne, salut, fidélité et soumission véritable dans le Christ, comme des fils à leur père spirituel. Tous, d'un même désir et d'une mêmc^ volonté, nous nous empressons de porter à votre connaissance les succès dont la miséricorde de Dieu a couronné nos efforts. Les Turcs, ces insolents ennemis du nom chrétien, ont été deux fois vaincus : la première, quand nous les tenions assiégés dans Antioche ; la seconde, quand à notre tour assiégés dans cette ville, nous avons par le secours de Jéâus-Christ repoussé les forces combinées du prince de Khorassam, des émirs de Jérusalem, de Damas et de toutes les autres provinces de l'Orient. Vous avez été précédemment informé de la prise de Nicée et de la défaite de Soliman dans les plaines de Dorylée. Maîtres de toute la Roumanie après ce double succès, nous vînmes mettre le siège devant Antioche, ou, pour parler plus exactement, nous faire assiéger nous-mêmes sous les murs de cette ville. Enfin, après de rudes combats soutenus pour l'exaltation de la foi chrétienne, moi Boémond, par l'intermédiaire d'un Turc qui s'était engagé à me livrer la ville, je réussis avec les autres chevaliers^du Christ à y pénétrer par escalade, le III des noncs de juin. Le tyran de cette ville Ak-Sian

perdit la vie avec plusieurs milliers de ses soldats. Quant à leurs familles, femmes et enfants, nous les retînmes en notre pouvoir, avec toutes leurs richesses. La citadelle d'Antioche ne s'était pas rendue : nos efforts pour l'emporter d'assaut furent inutiles, en sorte qu'elle devint contre nous un centre d'attaque formidable. En effet, le troisième jour après notre établissement dans la cité, plus de cent mille Turcs vinrent nous assaillir, et trouvèrent dans la citadelle des auxiliaires dévoués. Durant plus d'un mois, souffrant les horreurs de la famine, nous fûmes obligés pour vivre de tuer les chevaux et les bétes de somme. Cette dernière ressource fut bientôt épuisée et tout espoir humain faisait défaut, lorsque dans sa très clémente miséricorde, le Seigneur tout-puissant vint à notre secours. Trois apparitions successives de Tapôtre saint André à un vénérable serviteur de Dieu nous révélèrent la place où était enfouie, dans la basilique du bienheureux Pierre, prince des apôtres, la lance avec laquelle Longin ouvrit sur la croix le cœur de Jésus-Christ. Cette découverte, et beaucoup d'autres révélations divines survenues en môme temps, nous rendirent force et courage; nous étions comme transformés. La veille, exténués et tremblants, le lendemain, pleins d'audace et d'ardeur guerrière. C'est ainsi qu'après vingt-cinq jours de siège et de famine, la veille de la fête des apôtres Pierre et Paul, confiants dans le secours de Dieu, après nous être confessés de nos péchési franchissant avec toute l'armée les portes de la ville, nous allâmes au combat. En nous voyant si inférieurs en nombre, les Turcs croyaient que nous cherchions non point à nous battre mais à nous enfuir. Cependant, après avoir disposé nos masses d'infanterie et rangé la cavalerie sur les ailes, nous portant avec un élan irrésistible au plus épais des forces ennemies par la' vertu de la sainte Lance qui nous précédait, elles furent mises en déroutes dès le premier choc. Selon leur tactique habituelle, les Turcs essayèrent alors de nous envelopper avec leur immense cavalerie et de nous prendre comme dans un filet, pour nous exterminer tous. Avec la grAce et la miséricorde de Dieu, qui combattait pour nous, cette ma-

nœuvre se retourna contre eux. Ils se virent cernés à leur tour; et la droite du Tout-Puissant combattant avec nous, notre armée, si peu nombreuse en comparaison de la leur, les tailla en pièces. Leur camp avec toutes leurs provisions et leurs richesses tomba entre nos mains; pleins de joie et de reconnaissance pour le Seigneur, nous rentrâmes à Antioche. L'émir turc qui commandait la citadelle se rendit à Boémond et voulut embrasser la foi chrétienne. Ainsi Jésus-Christ Notn*- Seigneur rétablit toute la ville d'Antioche dans sa religion sainte et dans la communion avec l'Église romaine. Mais hélas! comme si le deuil devait se mêler à toutes les joies de la terre, le vénérable évêque du Puy, Adhémar de Monteil, que vous aviez constitué au milieu de nous comme votre vicaire, et qui s'est acquitté si dignement de cette fonction, nous a été enlevé par la mort, le jour des calendes d'août, quand il pouvait jouir du fruit de ses travaux et d'une paix à laquelle il avait contribué par tant d'efforts. Maintenant donc, nous, vos fils, orphelins par cette mort, et privés du père spirituel que vous nous aviez donné de votre main, c'est à vous, père commun de tous les chrétiens, que nous avons recours. Sur votre parole nous avons quitté notre patrie, nos familles, nos domaines^ pour prendre la croix de Jésus-Christ et travailler à l'exaltation du nom chrétien. Tout ce que vous nous avez prescrit, nous l'avons fait. Maintenant, venez nous rejoindre avec tous les auxiliaires que vous pourrez enrôler sous la bannière de la croix. C'est dans cette ville d'Antioche que, pour la première fois, le nom de chrétien fut prononcé. Jusque-là les disciples du Sauveur s'étaient appelés Galiléens; mais, après l'intronisation du bienheureux Pierre sur la chaire d'Antioche, le glorieux vocable qui depuis illumine le monde de sa splendeur fut seul adopté. Vous donc, le père et le chef de toute la chrétienté, vous ne sauriez vous dispenser de venir illustrer de votre présence le lieu où la chrétienté a pris son origine. « Nous avons pu vaincre les Turcs et les infidèles ; mais il nous a été impossible de triompher des hérétiques orientaux, Grecs, Arméniens, Syriens et Jacobites. Nous vous prions

donc et supplions, vous, notre père bien-aimé, vous, le père commun des chrétiens, le vicaire du prince des apôtres, de venir vous asseoir sur la chaire fondée par le bienheureux Pierre à Antioche. Vous y serez au milieu de vos fils obéissants et dévoués. Votre autorité suprême extirpera les hérésies qui pullulent en ce pays. Ainsi, sous votre direction, nous ouvrirons la double voie à la Jérusalem du ciel et à la Jérusalem de la terre, dont les portes seront bientôt libres. Le sépulcre du Seigneur sera arraché aux mains des infidèles et le nom chrétien exalté dans tout l'univers*. »

On ne connaît pas la réponse que fit Urbain à cette lettre. Ce qui est certain, c'est qu'il n'entreprit jamais le voyage d'Orient et qu'il se contenta, comme il le dit lui-même dans un discours de Clermont, du rôle de Moïse durant le combat contre les Amalécites.

C'est à ce moment ou peut-être un peu après, au concile de Bari, que l'archevêque de Pise, Daïmbert, ami intime du Pape, reçut de celui-ci la mission de remplacer Adhémar de Monteil comme légat en Terre Sainte : « Le Seigneur Pape, dit Berthold sous la présente année, envoya aux croisés un nouveau légat, qui fut le vénérable Théodebert 2, archevêque de l'église de Pise. Il devait être le représentant universel du Pape auprès des croisés et restaurer les églises dans les pays que Ton aurait soustraits à la domination des infidèles. » Daïmbert nartit à la tête d'une flotte de cent vingt navires pisans et arriva à Laodicée au mois de septembre 1099. Après la prise de Jérusalem il succéda a Arnulf, et fut proclamé patriarche de cette ville, comme nous l'apprenons de différents auteurs.

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