‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 302 sur 356 · QUES · texte numérisé non relu

QUES

Au milieu de ce grand mouvement qui rattachait toutes les nations chrétiennes à Tautorité légitime d'îJrbain II, il semblait que la cause de Tantipape et de ses adhérents dût être irrémédiablement perdue. Guibert toutefois ne se tenait pas pour battu et, en excitant ses partisans à la résistance, il se consolait et s'encourageait lui-môme par le sentiment du devoir accompli. Voici ce qu'il écrit à cette époque, en 1098, au cardinal Hugo :

« Par les bruits qui circulent, il parait que votre grande ennemie, Tautre Jézabel (la comtesse Mathilde) vous tend des pièges et vous en veut très fort de ce que vous attaquez ses erreurs. N'en soyez pas surpris et n'ayez cure d'une folie de femme ; passez comme un homme à côté de ses menaces. Un chien se fâche et mord, mais, si on lève le bâton contre lui, il cesse aussitôt d'aboyer. Et vous, très cher fils, prenez garde aux rages canines, et, s'il vous arrive quelque chose de fâcheux, n'allez pas faiblir. Souvenez-vous que votre mère l'Eglise romaine, en butte à mille dangers, embarrassée en d'innombrables tracas, pressée par d'infinies nécessités, enlacée en diverses erreurs, est sur le point de succomber, de défaillir dans tant de secousses, et il semble juste qu'il convienne à des fils de mêler leurs gémissements à ceux de leur mère. Mais si nous souffrons avec elle, nous participerons à sa gloire, et si nous mourons pour elle, nous vivrons de sa vie. Les souffrances du temps n'ont pas de proportion avec la gloire qui doit rayonner en nous là-haut. Soyez donc consolé, car tout ce que vous endurez ou ce que vous pourriez endurer de pire pour la sainte Église de Dieu, les fils de cotte môme Église, qui nous ont précédés dans le temps et par les œuvres, l'ont souffert pour la même foi dont nous vivons; en luttant, non seulement jusqu'aux fers," mais jusqu'au sang, ils ont acquis une gloire in-

comparable. La juste récompense ne vous manquera pas non plus si vous persévérez jusqu'à la fin. Et, pour ne rien dire davantage, si Dieu permet que vous veniez jusqu'à nous, vous aurez les honneurs que vous méritez, vous aurez toutes choses à souhait, avec la joie même de notre familiarité et de notre amitié... * »

N'est-ce pas éternellement la même histoire? Ce sont les meilleurs qui sont taxés de semer la division et d'opérer le schisme. Benon n'accusait-il pas Hildebrand d'avoir « rompu l'unité de l'Église, et d'avoir déclaré la tunique sans couture de la foi une et indivisible 2 »? De même Urbain II était accusé d'avoir, « par les conciles de Mnlfi, de Bénévent, de Plaisance et de Clermont, lacéré la robe toute d'une pièce de la foi catholique, crime que n'eussent pas osé commettre, sur la robe mystique, les soldats de Pilate*^ ». « Par vos égarements, disait-on, vous avez tout bouleversé, ô Urbain, tant que vous avez pu * ! »

Tu la troubles, reprit cette bête cruelle...

Aussi avait-on fait précéder l'énumération des décrets d'Urbain II au concile de Plaisance, de cette notice significative :

<( Suivent les décrets de Turbain, par lesquels il condamne ce qui est légitime et confirme ce qui est hérétique. » Et on ajoutait : « Tandis que ces choses s'écrivaient, la nuit, au concile de Plaisance, il arriva une chute d'étoiles comme jamais on n'en avait vu, le ciel voulant témoigner de l'horreur du crime qui se commettait ^ ».

Cependant, malgré eux, les égarés reconnaissaient l'esprit de modération qui animait le Souverain Pontife, puisqu'ils disaient que ce qu'il avait fait, il l'avait accompli w sous le rouvert de la miséricorde 6 ».

1. Renoms aliorumque card. scripta. Mon. Germ., Do Lite, II, p. KKS.

2. Beno, Gosta Hoin. Eccles., Mon. (tcrm.,op. cit., 11, j). 374.

:i. Cf. Benon. alionimque scripta. Mon. Germ., op. riV., II, p. 4J>L

•t. « Contra décréta Turbani -, op. cit., II, p. 411.

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