Cf. Comte Riant, Ep. Alex., p. XXXVIII. n
'l. - Eral onini Moysos vir mitissiiiius siipor onines liomines qui moi*al)antur in Umtîi. » (A'uw.. xn, î{.)
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niquant publiquement avec des excommuniés et en déchirant Funité de TEglise.
C'est ainsi que les schismatiques ne rougissaient pas de donner aux plus ardents écrivains catholiques et défenseurs de Tunité le nom qui leur convenait uniquement à eux-mêmes. Car, comme l'écrivait, en 1111, Bruno de Segni aux évoques : « C'est spécialement a Guibert et à Henri que s'applique l'hérésie des investitures. Le roi Henri, en effet, le diçible luimême, pour mieux dire, n'a donné à Guibert le titre de pape que pour pouvoir obtenir de lui en retour ce qu'il disait tenir de ses. ancêtres, l'investiture et les ordinations des églises. C'était là ce qu'il cherchait, c'était là ce qu'il espérait pouvoir obtenir de Guibert, c'était le grand point de divergence entre eux et nous. Pour le reste, ils ne paraissaient pas tellement s'écarter de notre manière de faire. Comme nous ils condamnaient les simoniaques et méprisaient leurs vices. Seulement eux cherchaient à asservir l'Eglise, tandis que nous combattions pour sa liberté *. »
Cependant les catholiques se réunirent à Bari, ville célèbre de la Fouille, au jour fixé, c'est-à-dire le 1" octobre, ou, comme le veut l'anonyme de Bari, le. troisième jour du même mois, pour Te concile convoqué par le Pape.- Le Pontife, qui craignait avec raison que la diversité des croyances ne fût un obstacle à l'heureuse issue de l'expédition sainte, paraît avoir eu principalement en vue le rétablissement de l'unité de foi entre les Grecs et les Latins.
Urbain II s'occupa-t-il spécialement au concile de la question de la croisade? On pouvait jusqu'ici le conjecturer selon toute vraisemblance, sans avoir pourtant de données précises. . La lettre circulaire du clergé et du peuple de Lucques adressée à tous les fidèles, lettre que le comte Riant a découverte à la Bibliothèque Mazarine, permet aujourd'hui de l'affirmer positivement. Elle indique même très clairement l'intention du Pape d'aller rejoindre les croisés, après avoir raconté la prise
1. Bklnoms op. Siirnini cj)is(. i. Mon. (rVrm.,I)e Lito, ii, 505.
dWntioche et la victoire sur Kerbogha : « Nous vous annonçons, dit-elle en finissant, que le seigneur Pape Urbain tient un concile à Bari, s'y occupe de la croisade et se dispose à partir sûrement pour Jérusalem à la tète d'un grand nombre de princes *. w
La plupart des documents que nous possédons sur le concile de Bari, nous les devons aux historiens anglais qui ont écrit sur cette assemblée à Foccasion de saint Anselme. Plusieurs autres écrivains, dignes de foi cependant, en ont fait mention. L'Anonyme de Bari nous apprend qu'il se trouva à ce concile un grand nombre de personnages éminents du clergé et de la noblesse. D'après son récit, le pape Urbain, entouré d'un grand nombre d'archevêques, d'évêquos, d'abbés et de comtes, fit son entrée dans la ville de Bari, le 3 octobre, et y fut reçu avec de grands honneurs. L'archevêque Hélie avait préparé pour le souverain Pontife un trône artistiquement décoré dans la basilique de Saint-Nicolas. Lupus Protospata signale à ce concile la présence de cent quatrevingts évéques, si bien qu'Urbain II lui-même, dans un bn^l', appelle cette assemblée plénière, un synode universel.
Voici ce qu'en raconte Guillaume de Malmesbury : « Quand donc fut arrivé le jour de l'ouverture du synode, le Seigneur Apostolique, en entrant dans la basilique, vint se prosterner devant le tombeau de saint Nicolas autour duquel on avait disposé des tapis précieux et des étoffes de pourpre. Urbain, revêtu d'une riche chasuble et du pallium, monta au trône qui lui avait été préparé en forme de tribunal. Les évêques siégèrent en chapes. Selon l'usage, l'archidiacre de la sainte Eglise romaine était assis en face du Pape. C'est ainsi qu'au concile de Reims en 1049, le pape saint Léon IX s'était rendu à l'assemblée, revêtu des ornements sacerdotaux, comme pour célébrer la messe ; on portait devant lui la croix et le livre des Évangiles et les ministres sacrés le précé-
1. • Noturn (iuo(iuo voi/is facimus, qiiod domnus Papa Urbanus apud Barum t«?not conciliuin tractaiis ot disponens, cum multis terni? senatoribus ad Jérusalem pi-ol'ecto tondere. » [Archiv. de VOrient latin, 1. 1, p. 2*24.)
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daient. A Bari, on fit asseoir Anselme^ archevêque de Cantorbéry, à une des premières places auprès du Pape, soit h cause de la dignité de son siège, soit afin qu'on Tentendît plus facilement dans sa discussion contre les Grecs. Toutefois, comme le remarque Guillaume, au commencement de la session, Anselme n'occupait pas de place .réservée; il s'était logé où il avait pu, sans que son amour-propre eût eu à en souffrir, le Pape ayant oublie», au milieu du tumulte, de lui assigner un siège d'honneur.
Le Pape ouvrit la première séance du concile, raconte Eadmer, par un discours sur la foi catholique. Après qu'il eût parlé longtemps avec éloquence et une grande élévation de doctrine, les évoques grecs demandèrent qu'on discutât la question dogmatique de la procession du Saint-Esprit. Le Pape établit victorieusement le dogme catholique par de; nombreux arguments puisés, pour la plupart, dans le traité de l'Incarnation du Verbe, qu'Anselme, alors abbé du Bec, lui avait autrefois dédié. Jean de Salisbury, dans la Vie de saint Anselme, rapporte la même chose. Mais comme la discussion se prolongeait, continue Eadmer, et qu'Anselme était toujours assis parmi les autres évêques, le Pape, interrompant les orateurs, s'écria du haut de son trône, avec une voix puissante que répercutaient les voûtes de rimmense salle comble* : « Père et maître Anselme, archevêque des Anglais, où êtes- vous? » Dès qu'il s'entendit appeler, Anselme se leva. Puis soutenu ou plutôt hissé par les mains des évêques, ses voisins, il se dirigea vers le trône apostolique.
Le Pape Tayaut fait asseoir à côté de l'archidiacre de la sainte Eglise romaine, dit Eadmer qui était présent, lui adressa la parole en ces termes : « Mais que faites-vous ? Pourquoi demeurez-vous silencieux? Venez, venez, je vous prie. ^Montez près de moi, aidez-nous à combattre pour la sainte Eglise votre Mère et la nôtre. Ne voyez-vous pas que les Grecs s'efforcent de la dépouiller de sa robe d'innocence, d'altérer l'intégrité de sa foi» (ît qu'ils voudraient nous entraîner dans le même crime, si ou
1. - Vividœ vocis toiiitruuni sedis capacitas et liirba* multipUcitas ingeniinant. » (Will. Malmes., ap. Baron, xviii, 73.)
leur en laissait le loisir? Secourez-nous, car c'est Dieu lui-même qui vous a envoyé ici pour le triomphe de la vérité. »
On renvoya la solution de la question au lendemain, bien qu'Anselme fût en état de la résoudre sur-le-champ. Le lendemain, en effet, le saint archevêque, dont la langue elle-même était dirigée par le Saint-Esprit, traita la question en débat avec tant de force et de pénétration que les. Grecs furent confondus et l'assemblée entièrement convaincu^. On ne savait ce qu'il fallait louer le plus, ou ses connaissances approfondies, ou le rayonnement de sa foi, ou la magie de son éloquence. Quand il eut fini, le Pape, se tournant vers lui, s'écria : « Bénis soient votre cœur et votre espri* ! Bénies soient les paroles qui sont sorties de vos lèvres ! »
Plus tard, à la prière de ses amis et en particulier d'Hildebert du Mans*, il développa plus longuement ses arguments exposés au concile, dans son livre contre les Grecs qu'il intitula : Dejyro^ cessione Spiritus Sancti. De cette façon la doctrine de l'Eglise pouvait se répandre par tout l'univers catholique, non seulement <»n Occident, mais dans toutes les églises orientales. C'est ainsi que Waltram, évêque de Naumbourg, en Saxe, lui ayant demandé des explications sur ces matières doctrinales, le prélat le renvoya à son traité.
C'est ce Waltram à qui Anselme refusait de rendre le sidut d'usage, parce qu'il le croyait inféodé au parti schismatique, ainsi qu'il le dit lui-même dans ses lettres.
Quand l'assemblée, éblouie de la discussion d'Anselme, se fut apaisée un peu, le Pape, du consentement de tous les évoques, fulmina l'excommunication contre ceux qui penserai<mt différemment. Puis on en vint à la querelle du primat de Cantorbéry avec le roi d'Angleterre. Le Pape exposa cette affaire devant l'assemblée et après le récit des violences, des excès du roi, comme des outrages prodigués par lui au saint archevêque, il ajouta : « Vainement avons-nous cherché à ramener le roi par la persuasion. L'exil de ce grand homme que vous voyez au milieu