Anselm., ep. 731, 1. III
Reinger, Tévêque de Lucques, avait été désigné par le souverain Pontife, à cause de la puissance de sa voix, pour donner lecture des décrets au sein de l'immense assemblée. Tandis qu'il parle, voici que tout à coup sa voix s'altère, on le voit pâlir, la physionomie bouleversée, et promener la flamme de ses yeux sur ceux qui l'entourent. 11 s'arrête, et, frappant du pied la terre, il fait Téloge le plus pompeux du primat de Cantorbéry. Rappelant avec Taccent de la plus vive indignation tout ce que le saint archevêque a souffert du roi des Anglais, il se met à regretter amèrement que, depuis si longtemps qu'il esta Rome, on ne lui ait pas encore fait justice.
tt Mais que faisons-nous donc? s'écrie-t-il. Nous écrasons nos sujets d'observances, et n'avons cure de l'injuste oppression des tyrans. Chaque jour le Saint-Siège apprend les dépravations dont les églises particulières sont l'objet, et la spoliation des personnes qui ont mission de leur venir en aide ; on en a appelé à la sagesse et à l'appui du Chef de tous, pour aboutir à quoi ? hélas ! tout le monde le voit et s'en plaint . En voici un parmi nous qui est venu de bien loin, sa modestie et sa douceur lui ferment la bouché . Il y a déjà plus d'un an qu'il est ici* , et quel secours a-t-il obtenu? Si vous ne le reconnaissez pas, c'est Anselme, archevêque d'Angleterre. 2 »
Anselme devait être le premier étonné d'une telle sortie, car il savait que ni lui ni les siens n'avaient chargé le bouillant évêque de prendre pareillement sa défense. Il avait gardé le silence jusque-là, il continua de se taire en laissant la parole au Pape'^
« Cela suffit, frère Reinger, répliqua celui-ci avec une tranquillité parfaite, nous mettrons bon ordre à tout cela. » — « Il le faut bien, répartit l'évêque de Lucques, sans quoi l'affaire serait portée au tribunal de Celui qui est toujours juste. » Fort de sa conscience et de son droit, Urbain II, sans s'émouvoir ni se disculper davantage, fit signe à l'évêque de continuer la