‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 312 sur 356 · EadMm ap. Baron., XVIII · texte numérisé non relu

EadMm ap. Baron., XVIII

3. « Sedebat ergo uii solebat silenter auscultans. ■ Eadm. Ilist. nov., 1. 11, p. 55.

lecture. Après quoi il souscrivit avec les autres ce qui avait été décidé au sujet de cette affaire.

Tant de travaux n'empêchaient pas le Pontife de s'occuper sérieusement des causes qui lui étaient soumises. Ou bien il les terminait lui-même, ou, si elles en valaient la peine, il les renvoyait au concile ^

D'autres questions plus importantes encore furent soumises aux délibérations du concile ; ainsi la canonisation de saint Nicolas le Pèlerin. Suivant la discipline de ce temps, ces sortes (le causes devaient être soumises à un concile plénier, et avoir l'approbation unanime des Pères. C'est ainsi qu'Urbain II lui-même l'avait réglé dans sa lettre à. Benoit, évêque de Mantes*.

L'archevêque de Trani, Bisantius, qui sollicitait cette canonisation, lut devant tous les Pères du Concile, sur l'ordre du Pape, la relation des miracles attribués au Bienheureux. Le jeune Nicolas, d'origine grecque, était venu à Trani en 1094, avec le projet de visiter les principaux sanctuaires d'Italie, ce qui lui valut le surnom de Pèlerin ou Pérégrin. 11 portait toujours avec lui une croix à double croisillon qu'il arrosait fré- (juemment de ses larmes. Sa prière favorite était : Seigneur, ayez pitié de moi, le Kyrie eleison en grec, qu'il récitait et faisait chanter aux troupes d'enfants perpétuellement massés autour de lui. D'aucuns le regardaient comme fou. Mais les miracles prodigieux et nombreux qu'il fit attirèrent sur lui l'attention générale. A peine avait-il reçu les encouragements et les bénédictions de l'archevêque de Trani, qu'il tomba malade et mourut. Les miracles se multiplièrent à son tombeau. Et ce fut le même archevêque qui l'avait si bien ac-

1. Ainsi ii conflrme les possossions du monastère de Casai Saint-I*ierro , près lU* Bourgos, on imposant aux religieux la discipline régulière de Vallombreuso «lu'ils avaient adoptée dès le commencement, {AnaL jur. pont., X, 5^57.)

"•2, Jaffé {Regesla, 5677) préfère rapporter cette canonisation au co'ncile de Liitran de 1007. Nous pensons qu'il y a plus de vraisemblance à la retarder jusqu'au présent concile de 1099. Nous avons déjà dit que h» synode de 1097 parait n'avoir été que d'une importance secondaire. De plus, la discipline exig«?ait pour une canonisation une assemblée générale telle que l'assemblée de 109ÎK

cueilli, qui demanda cinq ans plus tard sa canonisation au Pape. La cité de Trani sollicitait Thonneur d'avoir le jeune saint comme patron spécial.

On comprend Tempressement de la ville, d'autant plus que sa population était en grande partie composée de Grecs. Trani faisait partie des Etats du duc Roger, et il est à croire que le Pape, dans la circonstance, fut heureux d'accorder à celui-ci la protection d'un nouveau saint. Aussi bien Urbain II n'étaît-il pas peu satisfait pour lui-même d'élever sur les autels un bienheureux qui avait été par avance, à sa façon, un prédicateur de la croisade.

Après la lecture des documents relatifs à la canonisation, le Pape fit dresser une biille destinée au clergé, à la noblesse et au peuple de la ville de Trani, et il chargea l'archevêque du soin de cette affaire, lui donnant plein pouvoir pour la mener à bonne fin.

Ce fut aussi pendant la tenue de ce concile que Ton mit lin au schisme qui désolait l'église de Thérouanne, en confirmant l'élection de Jean, que les abbés de ce diocèse avaient choisi pour évêque à l'exclusion de tout autre. Gérard, son prédécesseur, suspendu de toutes ses fonctions au concile de Nîmes, s'était retiré au monastère de Mont-Saint-Éloi. L'heureuse issue de cette affaire fut principalement due à Lambert, abbé de Sainl- Bertin, ami de saint Anselme. Les habitants de Thérouanne, vivement encouragés par Manassès de Reims et par le Pape à se soumettre, obéirent sans résistance. Jean fut ordonné prêtre au mois de juin, et le 17 juillet suivant, il recevait la consécration épiscopale à Reims, des mains de l'archevêque Manassès. Quelques jours plus tard, le clergé et le peuple de Thérouanne lui firent une ovation enthousiaste.

L'abbé de Saint-Bertin de Sithîu, Lambert, celui-là même qui avait parlé au concile en faveur de rélection de Jean, charmé du bien qu'on disait des religieux de Cluny, chercha les moyens de leur remettre la direction do son monastère où la discipline régulière s'était notablement reh\cheo, Pro0tant de son séjour à Rome, grâce à rintLUTeatiun de la comtesse

de Flandre, Clémence, il obtint du souverain Pontife ce qu'il désirait. Sans plus tarder il écrivit à l'abbé de Cluny, pour lui demander de prendre la direction du monastère de Saint-Bertin. Lui-même, peu après, se retira à Cluny, où il renouvela sa profession religieuse pour se lier plus étroitement à la règle. Mais dans la suite il fut renvoyé à son abbaye qu'il gouverna jusqu'à sa mort. Il faut croire cependant que la suzeraineté de Cluny après la mort de saint Hugues était quelque peu gênante et nous savons par Jean d'Ypres que Lambert, lui-même, fit des efforts pour retrouver son indépendance première.

Le concile prit une mesure analogue, mais pour des motifs différents, à Tégard du monastère de Saint-Germain près dWuxerre dont l'abbé avait été déposé au concile de Nimes. Depuis longtemps on avait essayé de le rétablir sur son siège abbatial, mais toujours sans succès, et au grand détriment de rillustre abbaye qui était tombée dans la plus déplorable situation. Après trois ans ainsi écoulés, les Pères du concile de Rome jugèrent à propos d'en remettre l'administration à saint Hugues, abbé de Cluny. Le pape en écrivit à celui-ci et lui demanda d'annexer le monastère de Saint-Germain à celui de Cluny, à la condition qu'on lui conserverait toujours son abbé propre K

Il vint au concile une députation des religieux de Molesmes qui se plaignaient de ce que Robert, leur abbé, les avait quittés ])our se retirer dans le désert de Citeaux, où il avait fondé un nouveau monastère. Robert lui-même avait déjà fondé cette abbaye de iïolesme, dans la Gôto-d'Or, et y avait établi la règle de saint Benoit. Peu à peu les moines se relâchèrent d(» leur ferveur primitive. Quoique les abus fussent relativement légers, Robert qui voulait la stricte observance et qui ne pouvait l'obtenir, quitta le monastère et se retira dans la solitude d'Or. Mais l'intervention de l'évêque de Langres l'obligea bientôt à retourner au milieu de ses frères. Cependant la commune entente ne fut pas de longue durée. Les Ames qui aspi-

Page 1