‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 321 sur 356 · Canonicus Reraensis Odo, qiicm Cluniaccnsis · texte numérisé non relu

Canonicus Reraensis Odo, qiicm Cluniaccnsis

Hugo facit monachum, papa tlt eximius.

llic vivens lux Urbis erat, dcfunctus eclipsis;

Urbs stetit Urbano stante, ruento mit.

Lege regoiis et paco fovons, te, Rorna, beavit,

Servans a vitiis intus, ab hosto foris. Non flexit, non cxtulit hune, non terruit unquam

Divos, fama, poten^, munero, laude, minis. Eloquium linguam, sapientia poctus, honesta«

Moi'os ornabant, exteriora docor.

Ecce per hune urbs sancta patet, lex nostra triumphat.

Génies sunt victa*, crescit in orbo fidos.

Tels étaient les éloges universels et les unanimes rejg^'ets au sein desquels disparaissait, comme un soleil couchant, ce grand Pontificat. Voici une parole qui résume toutes les autres et qui scelle pour ainsi dire d'un sceau d'irréfutable vérité le concert magnifique de tous les témoignages contemporains.

Foucher de Chartres qui fut chapelain de Baudouin de Jérusalem, Foucher dont Rôhricht a dit, dans son Histoire de la première croisade, que, des différents témoins auriculaires de la prédication de Clermont, c'est lui qui mérite le plus de confiance, a écrit dans son Expédition de Jérusalem : « Urbain acte un homme extrêmement recommandablepar sa vie et ses vertus. Il a travaillé avec une prudence et un coupage indomptables à procurer Texaltation de la sainte Eglise. «Puis, c^n le comparant à Guibert, il ajoute : « Prudent et souverainement digne de respect, Urbain a rétabli la paix dans l'Eglise et remis en vigueur les droits anciens; il a voyagé beaucoup par la chrétienté et réconcilié avec Dieu les populations qui s'étaient sur bien des points écartées de sa loi. Et comme son unique désir était de procurer la gloire du Seigneur, presque tout le monde a reconnu son autorité paternelle et s'est conformé à ses ordres. » Plus loin il dit encore qu' « Urbain ayant été régulièrement élu et consacré par les cardinaux-évêques, la plus Jurande et la plus saine partie du peuple chrétien s'était soumise à son obédience ». « Si Urbain, dit-il enfin, fut plus heureux, plus juste et plus fort que ses adversaires, il le dut au zèle qu'il mit à faire la guerre à ses propres passions comme à ses plus dangereux ennemis. » D'autre part, il nous représente Guibert comme piqué par l'aiguillon de l'orgueil, abusant de son crédit auprès de l'empereur pour porter le peuple au désordre, et n'ayant jamais pu gagner l'affection populaire, en dépit

Sod citius rapitur rosa, qiue plus vernat in horto;

Sic ot florentem fata tulcn; viiaim.

Mors homlncin, requies an imam, cistema cadaver

Suscipit. Intcr nos nil nisi fama nianet. »

(Ord. Vit., HisLeccl., Pat, lai., CLXXXVIII, 718.) Ci?pendanl le Recueil des llisloriens des Gaules ne reproduit pas cette pièce.

de sa puissance, de ses richesses et de rautorité qull exerçait sur ses partisans ^.

L'antipape Clément III allait suivre de près Urbain II dans la tombe. Naturellement Guibert avait, à la disparition de son victorieux adversaire, essayé de relever la tête. Profitant d'une mésintelligence, momentanée d'ailleurs, survenue entre la comtesse Mathilde et le jeune roi de Lombardie, il avait réussi à rentrer dans Ravenne avec une poignée de schismatiques. Deux jours après la mort du Pontife romain^ le 31 juillet 1099, il lança Tanathème contre l'archevêque de Mayence, Rothard, qui s'était soumis à l'autorité légitime. Et il finissait sa missiv(' par ces termes : « Donné à Ravenne, par les mains de Thierry d'Albano, le 31 juillet, Urbain II venant d'être enlevé de ce monde sans le viatique du Corps et du Sang du Seigneur - ».

Il survécut à Urbain un peu plus d'une année seulement. Après avoir songé à reconquérir la Ville Eternelle, il se rejeta dans la forteresse de Citta-di-Castello et, selon le mot étrange de Pierre de Pise, « ce fut là la fin ^ ». S'il faut en croire Hugues de Fla,vigny, il serait mort en se faisant recommander aux prières de Pascal II. C'était en septembre 1100.

Six ans après, Henri IV disparaissait à son tour, trahi par les siens et obligé de subir la révolte de son fils. Et seize années plus tard enfin, le concordat de Worms consacrait définitivement la défaite du schisme et le succès de la politique du Pape Urbain IL

A la fin de la vie de ce grand homme qui a marqué de son empreinte profonde la trame de l'histoire universelle, on ne peut se défendre de pressentir l'âge d'or du xiii* siècle. L'on est sorti de l'âge de fer, de ce x" siècle, que Baronius appelle plus énergiquement encore Tâge de plomb, et l'on entrevoit la lumière sortant des ténèbres.

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