I. Cf. D. Ruinart,rt7a 6>6., Migxe, CLl, 2G
'Z defuncto Urbano VI (loge II) sine viatico corporis et sanguinis Domini. •
Jafké, Bibl.y III, :^77.
3. «... in Castellum se proripuit et hic terminus. • Petr. Pis., VU, Pose. II. Cf. Watterich, op, cil.
Urbain s'éteint avec le xi* siècle. Mais il semblerait que le siècle finissant et le Pape mourant se nimbent tous deux du mystique cintre des églises romanes qui surgissent à flots. Comme le roman annonce l'ogive idéal, ainsi Faction politique et religieuse d'Urbain II prépare-t-elle, à Rome, le siècle d'Innocent III, en France, l'ère des saint Bernard, des saint Thomas ot des saint Louis.
La Papauté sortait libre de l'oppression des marquis de Toscane durant la première moitié du xi* siècle et de celle des empereurs saxons dans la suite. L'organisation du Saint- Empire, c'est-à-dire la constitution d'un défenseur officiel do l'Église, inaugurée par Charlemagne, ayant 'échoué devant la prétention des empereurs à dominer la Papauté au lieu de s'attacher seulement à la défendre, Grégoire VII en avait modifié le concept avec l'idée nouvelle d'une Respublica christiana, c'pst-à-dire d'une confédération des peuples sous l'arbitrage souverain du pouvoir spirituel. Ce n'était nullement là la vassalité d'une puissance vis-à-vis de l'autre, ni cette théocratie omnipotente dont on ne cesse de faire sonnerie nom, comme un épouvantail, aux oreilles des générations contemporaines, mais le droit, pour l'Eglise, d'être l'universelle et perpétuelle semeuse des idées de justice, de charité, de vérité et de bien, sous la protection née des autorités temporelles.
« L'origine de la séparation des pouvoirs spirituel et temporel », avait enseigné le pape Gélase à la fin du v* siècle, t< doit être cherchée dans l'ordre môme établi par le divin fondateur de l'Église. Songeant à la faiblesse humaine, il a pris soin que les deux puissances demeurassent séparées et que chacune restât dans le domaine particulier qui lui a été attribué. Les princes chrétiens doivent se servir du sacerdoce dans les choses qui se rapportent au salut. Les prêtres, de leur côté, doivent s'en rapporter à ce que les princes ont établi, dans tout ce qui a trait aux événements temporels, en sorte que le soldat de Dieu ne s'immisce pas dans les choses de ce monde, jii que le souverain temporel ne porte jamais la parole dans les questions religieuses. Lorsque les. deux pouvoirs sont ainsi
partagés, il doit être pourvu à ce que ni l'un ni l'autre ne puisse s'attribuer une puissance prépondérante, et à ce que chacun reste fidèle à la mission qui lui a été confiée ^. »
Qu'on nous permette de rappeler ici la doctrine de Léon|XIII dans son encyclique sur la Constitution chrétienne des États : « Il fut un temps, dit le Pape, où la philosophie de rËvangile gouvernait les Etats. A cette époque, l'influence de la sagesse chrétienne et sa divine vertu pénétraient les lois, les institutions, les mœurs des peuples, tous les rangs et tous les rapports de la société civile. Alors la religion instituée par Jésus-Christ, solidement établie dans le degré de dignité qui lui est dû/ était partout florissante, grâce à la faveur des princes et à la protection légitime des magistrats. Alors le sacerdoce et l'elnpire étaient liés entre eux par une heureuse concorde et l'amical échange de bons offices. Organisée de la sorte, la société oiyile donna des fruits supérieurs à toute attente, dont la mémoire subsiste et subsistera, consignée qu'elle est dans d'innombrables documents que nul artifice des adversaires ne pourra corrompre* ou obscurcir. — Si l'Europe chrétienne a dompté les nations barbares et les a fait passer de la férocité à la mansuétude, de la superstition à la vérité; si elle a repoussé victorieusement les invasions musulmanes ; si elle a gardé la suprématie de la civilisation, et si, en tout ce qui fait honneur à l'humanité, elle s'est constamment et partout montrée guide et maîtresse ; si elle a gratifié les peuples de la vraie liberté sous ses diverses formes ; si elle a très sagement fondé une foule d'œuvres pour le soulagement des misères, il est hors de doute qu'elle en est grandement redevable à la religion, sous l'inspiration et avec l'aide de laquelle elle a entrepris et accompli de si grandes choses. — Tous ces biens dureraient encore, si l'accord des deux puissances avait persévéré, et il y avait lieu d'en espérer de plus grands encore si l'autorité, si l'enseignement, si les avis de l'Église avaient rencontré une docilité plus fidèle et plus constante. Car il faudrait tenir comme
l.JCitft par Janssen, L'Allemagne à la fin du moyen âge, (Traduit de Tallo mand), Paris, 1887, t. I, p. 411 sqq.
loi 1m|frescriptible ce qu'Yves de Chartres écrivit au Pape Pascal II : « Quand Tempire et le sacerdoce vivent en bonne harmonie, le monde est bien gouverné, l'Eglise est florissante et féconde. Mais quand la discorde se met entre eux, non seulement les petites choses ne grandissent pas, mais les grandes elles-mêmes dépérissent misérablement ^. »
Tel est l'idéal dont le xiii* siècle, avec Innocent III, atteindra, au moins en partie, la difficile réalisation.
Urbain II, après Grégoire VII, a posé les basés de l'édifice. Pourquoi s'efforçaient-ils, l'un et l'autre, de reconquérir, en faveur de l'Eglise, la liberté? Ce n'était point pour l'asservissement, mais pour l'harmonie, celle, admirable, qui uuit le corps et l'âme, et qui doit exister entre la société et le pouvoir spirituel pour constituer, par l'équilibre des forces, l'État très chrétien.
« Comme l'écorce recouvre et protège l'arbre et ne fait qu'un avec lui, écrivait l'empereur Wenceslas an roi d'Angleterre, l'empereur doit se tenir au côté de l'Eglise, armé de l'épée temporelle, prêt à la défendre au prix de son propre sang, s'il était nécessaire 2. »
Pourquoi Urbain II revendiquait-il la liberté ? Pour assurer au monde entier le bénéfice de la « Paix romaine ».
Procurer l'indépendance du sacerdoce, l'intégrité du foyer domestique, la régularité de la discipline, la splendeur du culte, arrêter l'envahissement du schisme, travailler sans trêve à la réforme du clergé, à là moralisation des peuples, à l'exaltation du Saint-Siège, conjurer le péril* musulman, lutter pour la pacification de l'Eglise et de l'Empire, voilà l'œuvre d'Urbain II, oeuvre qu'il ne pouvait accomplir qu'au prix de la liberté. Dans ce but, il parcourt l'Italie, la Sicile, la France, consacre des évêques et des églises, propage et soutient l'indépendance de la vie monastique, tient des conciles. Et, ce faisant, il contribue glorieusement à la consolidation de cette grande et incomparable unité européenne qui s'appela la Chrétienté.