Janssen, op. cit
A moins qu'on ne dise avec Fleury que les Papes auraient dû plutôt travailler à sanctifier leur diocèse que de s'occuper de tant d'affaires*. A moins qu'on ne reproche encore à Urbain II d'avoir cherché la guerre sous prétexte d'établir la paix.
Le seul événement des croisades qu'il provoqua fut, au témoignage de Balmès, « un chef-d'œuvre de politique, qui, après avoir assuré l'indépendance de l'Europe, conquit aux peuples chrétiens une prépondérance décidée sur les musulmans. L'esprit militaire grandit, se fortifia chei les nations européennes; au sein de ces nations fut inoculé un sentiment de fraternité qui les transforma en un seul peuple. L'esprit humain se développa, l'état des vassaux feudataires s'améliora, la féodalité fut poussée vers sa ruine; la marine fut créée, le commerce fomenté, aussi bien que l'industrie : la société reçut ainsi des Croisades une puissante impulsion dans la carrière de la civilisation^ ».
Ce grave événement était une nouveauté sans doute, mais une c< nouveauté absolument nécessaire, selon le mot du chroniqueur Ekkehard, en présence d'un monde devenu vieux et presque décrépi^ ».
Ce sera l'immortelle gloire d'Urbain II, en dépit des ombres dont on a essayé de couvrir sa mémoire et son temps, d'avoir réalisé sa sublime vocation de vicaire de Jésus-Christ, en travaillant, comme le Maître, à « disposer le nwnde dans l'équité et la justice* ».
Dépositaire de la vérité, il a revendiqué la liberté, qui va de pair avec elle parce qu'elle l'engendre et la suppose tout à la fois. Pour étendre l'empire de l'une et de l'autre, il faut lui savoir gré d'avoir employé le procédé le plus efficace et le seul approprié à l'exercice d'un pouvoir spirituel : la justice tempérée par la miséricorde. Et s'il était possible de lui composer un blason sans faire un anachronisme — tout blason étant postérieur à la