‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 335 sur 356 · III. — Le culte d'Urbain II jusqu'à nos jours · texte numérisé non relu

III. — Le culte d'Urbain II jusqu'à nos jours

Le culte d'Urbain II a persévéré jusqu'à nos jours. Il faut reconnaître avec Ruinart que sa fôte n'a jamais été célébrée dans l'Eglise universelle. Cependant ce culte a eu assez d'importance pour que, lors du procès de restauration en 1878, on s'appuyât sur lui. Il s'est manifesté de deux manières, d'abord par les images et surtout celle de la Basilique de Saint- Nicolas de Latran, puis par la mention que faisaient de lui de nombreux martyrologes et nécrologes que nous citerons.

Au sujet de la célèbre image de la basilique du Latran, nous cédons la parole au P. Tosti, abbé du Mont-Cassin :

« Dans le manuscrit 1110 de la Bibliothèque Vaticane, qui a pour titre : DeBasUica, Baptisterio etPatriarchio Lateranensi, il est écrit de Calixte II, qu'ayant fait la paix avec . l'empereur Henri V, après soixante ans de discorde avec la Papauté, il se mit à restaurer le Palais de Latran mis à mal par l'éloignement des Pontifes et par la malice des schismatiques. Ce Pape bâtit au milieu du Palais un Oratoire en l'honneur de saint Nicolas, qu'il fit décorer entièrement de peintures; et, dans l'abside, il fit peindre les Pontifes Alexandre II, Grégoire VII, Victor III, Urbain II, Pascal II, Gélase II. A ceux-ci il joignit les images de saint Léon et de saint Grégoire le Grand, et la sienne propre dans l'attitude de l'adoration aux pieds du Sauveur. Auprès de l'Oratoire, il fit construire deux chambres, Tune pour conserver les meubles sacrés, l'autre pour traiter les affaires publiques de l'Église. Dans celle-ci, il fit peindre les exploits de ces Pontifes dans les luttes qu'ils soutinrent avec les

schismatiques pour la liberté de TÉglise, éclairant ces histoires par des vers latins à la louange de chaque Pontife. Ces choses furent publiées en premier lieu par Testampe en Tan 1570 par Onuphre Panvin. Il est manifeste que Calixte II voulait, par ce monument de Fart, éterniser la mémoire de ces Pontifes qui, d^ Alexandre II jusqu'à lui, soutinrent avec une si grande constance les droits et la liberté de l'Église, et déclarer que ceux-ci étaient dignes d'être vénérés non seulement par un respectueux souvenir, mais encore par la religion liturgique du culte, comme de vrais saints reconnus par l'Eglise de Rome. Car les images des six Pontifes, parmi lesquels se trouve Urbain II, sont ornées de l'auréole circulaire qui est appelée par Lambertini (Benoît XIV) sanctitatis et cultus ecclesiastici argument tum; et chacun de leurs noms reçoit l'appellation de saint : Sanctus Urbanus secundus, etc... On ne peut pas dire que ce fut un monument de simple souvenir, mais de vrai culte. En effet, sur le fond de la muraille, était peinte la T. S. Vierge, portant son Fils sur ses genoux, et, à ses côtés, à droite et à gauche, les saints Pontifes Silvestre et Ânastase, comme aux côtés de saint Nicolas les grands Pontifes Grégoire et Léon; on ne pouvait rendre un culte à ces saints sans le rendre aux pontifes susnommés, l'autel élevé dans l'abside et sur lequel sacrifiaient particulièrement les Pontifes, étant unique. Le manuscrit du Vatican dit que Calixte édifia cet Oratoire pour l'usage particulier du Pape. Hanc porro œdiculam peculiari Romani Pontificis ipse condidit.

<c Et pour que ces symboles de sainteté et de culte ne fussent pas pris par les fidèles comme fantaisies de peintre, Calixte II voulut d'une certaine manière leur donner une preuve d'authenticité en se faisant peindre lui-même prosterné aux pieds de la T. S. Vierge avec un nimbe carré. Cette sanction sur la sainteté de ces Pontifes fut respectée par les successeurs de Calixte II jusqu'à Alexandre IV, qui furent Honorius II, Innocent II, Célestin II, Eugène III, lesquels, pendant vingtneuf ans, rendirent un culte à Urbain II et aux autres Papes figurant dans l'abside de l'Oratoire de Saint-Nicolas. Ânas-

tase IV restaura cet Oratoire, et comme pour confirmer le jugement de son prédécesseur Calixte, celui-ci étant à genoux aux pieds de la Vierge, il se fit peindre priant de l'autre côté.

« Comme tant d'autres monuments antiques, cet Oratoire de Saint-Nicolas du Latran fut endommagé par le temps et les hommes et finalement disparut entièrement. Lucenti a raconté les vicissitudes de cette précieuse peinture. Il faut vraiment remercier la Providence d'avoir suscité des hommes, amateurs d'antiquités, pour nous en conserver la mémoire. Parmi eux^ le premier fut un moine du Mont-Cassin, Constantin Cajetan, qui, au xvii* siècle, la fit reproduire en gravure sur cuivre que publia Muratorî avec une dissertation sur la vie de Gélase II. Le second fut Papebroch; le troisième, notre historien du Mont-Cassin Erasme Gattula, avec ses savants amis Jean Ciampini et l'abbé cistercien Ambroise Lucenti, qui fit de nouveau reproduire la gravure que ceux-ci publièrent dans leur Italia sacra. Enfin, au siècle dernier, le très savant Prosper Lambertini qui fut le Pape Benoit XIV, reproduisit la gravure de Cajetan dans son œuvre immortelle, et la décrivit en concluant, après avoir indiqué la destruction de cet Oratoire sous Clément XII : « necessarium esse existirnavîmus in nova operis nostri editione hœc adnotare, ipsumque pictuvœ apographum œre expressum, quod forte fortuna invenirnus, apponere; ne forte guis legendo quœ scripsimus, et tanquam adhuc existentia descrîpslmuSy iis non repertis, credat nos aut deceptos fuisse^ aut lectores voluisse decipère w; paroles qui montrent l'autorité de cette peinture en faveur de la sainteté des papes qui y étaient représentés.

« L'authenticité du monument étant prouvée, bien qu'il soit clair qu'Urbain II, avec les sept autres Pontifes peints dans l'abside de l'Oratoire du Latran, reçut un culte comme saint, cependant pour enlever tout doute, l'Eglise romaine démontre en fait que ces Pontifes représentés furent honorés par elle d'un culte public. Je ne dirai certainement pas que ces Pontifes, entre lesquels Urbain II, par là môme qu'ils ont été peints avec le nom de saint et le nimbe circulaire, doivent être regardés comme

canonisés, mais nous affirmons, sur l'autorité de Lambertini, que ce titre et ce signe attribués par le Pontife romain à ces images, dans cet Oratoire, sont des preuves très claires d'un culte local non seulement permis, mais même voulu. ^ »

Il a été parlé de Benoit XIV dans les lignes qu'on vient de lire. Il nous semble intéressant de savoir ce que pense ce Pape si savant de la fameuse peinture que nous étudions. Or il en parle précisément dans son ouvrage de la Béatification des serviteurs de Dieu. Il donne la description de la peinture en nommant les Papes dont le portrait s'y trouve. Parmi eux est saint Urbain II. Il dit que tous sont représentés en habits pontificaux, bénissant le peuple, mitre en tête, avec, autour de la tête, le nimbe circulaire; et, auprès d'eux, leur nom est écrit avec le titre de saint.

Il établit d'après cette peinture que le culte de Grégoire VII remonte à Anastase, et même à Calixte II :

tt Les têtes des saints Léon le Grand et Grégoire le Grand, Gélase II, Pascal II, Urbain II, Alexandre II, Grégoire VII et Victor III se voyaient et se voient encore peintes avec le diadème circulaire, ce qui est certainement la preuve de la sainteté et du culte ecclésiastique. Les interprètes de la sainte Ecriture commentent dans ce sens la parole de l'Apocalypse (ii, 10) : Esto fidelis usque ad mortem et dabo tibi coronam vitœ; et à celle du Ps. (lxiv, ^. 12) : Benedices coronœ anni benignitatis tuas.

Donc, dans la pensée de l'auteur, le culte d'Urbain II, comme celui de Grégoire VII, a sa première origine dans cette peinture et repose sur l'autorité des mêmes souverains Pontifes.

Suivons jusqu'au bout sou raisonnement.

Sans doute il ne veut pas dire, et il le fait lui-même remarquer, que le seul fait de cette peinture, avec cet ornement et le titre de Saint, ne suffit pas pour qu'on affirme que ces personnages doivent être rangés parmi les Saints canonisés, s'il n'y a pas en même temps ou bien un culte dans l'Église universelle,

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