III. — Odon, évéque d'Ostie
L'année même de son arrivée en Italie, en 1078, Odon fut désigné par le Pape pour l'évêché d'Ostie.
Ostie venait d'être illustrée par saint Pierre Damien, qui avait occupé ce siège en 1058, Pierre Damien, le pionnier d'Hildebrand, le lutteur pour la réforme du clergé contre Tantipapisme et ringérence de l'empire. Revêtu malgré lui, par Etienne V, des insignes du cardinalat et de la consécration épiscopale, l'illustre abbé de Fontavellane avait, en entrant à Ostie, fait une profession de foi étonnante de vigueur, qui le dépeint tout entier : « Je vous adresse, vénérables frères, écrivait-il alors au collège des cardinaux, quelques jours après son sacre, je vous adresse en style rude, d'une voix que le désert a enrouée, le cri de la sentinelle ^ » Et, après avoir marqué en deux mots énergiques les malheurs du temps : « la dignité épiscopale, ajoutet-il, ne consiste ni dans les manteaux de martre, ni dans les coiffures ornées de rubis et de perles, ni dans les glands de pourpre flamboyante, ni dans le clinquant des harnais d'or., ni enfin dans le fracas des cavaliers aux chevaux frémissant d'impatience et rongeant leur frein écumeux. Non, non, la dignité épiscopale, c'est la pureté des mœurs et la sainteté de la vie ! » Le pape Alexandre II l'appelait son œil droit, la colonne inébranlable du siège apostolique 2. C'est Pierre Damien qui, dans un écrit adressé a l'assemblée d'Osbor, établissait ainsi les vrais rapports de l'Eglise et de l'Etat : « De même que dans les secrets desseins de Dieu, disait-il, le sacerdoce et l'Empire ont été rapprochés par le Médiateur unique entre Dieu et les hommes, de même ces deux dignités suprêmes doivent s'unir par la cha^ rite^, sans que rien puisse d'ailleurs nuire à l'éminente préroga-
1. « ...impolito stylo, quasi raucis faucibus perslrepo ». Petr. Dam. Epist, Lib. m. Pat. laL, CXLIV, 254.