‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 340 sur 356 · IV. — Restauration du culte d'Urbain II par Léon XIIL · texte numérisé non relu

IV. — Restauration du culte d'Urbain II par Léon XIIL

(c Longtemps éblouie par la majestueuse grandeur du ponti-^ fieat de saint Grégoire YII, la postérité n'a pas assez distingué le mérite et la haute personnalité de son second successeur. Dans les actes mêmes où se révèlent davantage son intelligence et son activité, on s'est plu à ne donner à Urbain II qu'un rôle secondaire, subordonné à la force irrésistible des événements ou de l'opinion. En politique^ il aurait subi^ sans y rien ajouter, les conséquences des principes posés par saint Grégoire; dans l'administration générale de l'Eglise, il n'aurait été que l'organe de quelques conseillers ; en proclamant la croisade, il n'aurait que réalisé un plan arrêté longtemps avant lui, et dont il ne pouvait retarder l'exécution en face de l'enthousiasme universel soulevé par la prédication de Pierre l'Ermite; enfin, il serait mort non seulement sans connaître le résultat définitif de l'expédition sainte, mais encore sans se douter des avantages qui allaient en revenir à la Papauté, à l'Église et à la civilisation. Quant à ses vertus héroïques, l'histoire n'avait pas recueilli l'hommage que leur rendent les chroniqueurs contemporains; les témoignages incontestables du culte public dont l'avait honoré l'Eglise étaient oubliés; la métropole de Reims dont il était le fils, l'ordre des Bénédictins qu'il avait illustré, la France à laquelle il avait procuré une gloire impérissable, ne savaient plus qu'Urbain II avait eu des autels.

M Le saint était méconnu à l'égal du grand Pape... M*^' Langénieux venait de monter sur le siège archiépiscopal de Reims, et déjà, grâce à une circonstance qu'il a lui-même racontée dans une lettre pastorale, il songeait à glorifier Urbain IL Sa piété y vit une indication providentielle et il prit aussitôt la résolution d'appeler, sur l'illustre enfant de son nouveau diocèse.

l'attention publique, et,. s'il y avait lieu^ le jugement du Saint- Siège.

« Nous voudrions redire ici à la louange de Son Eminence le cardinal de Reims, Tinfatigable champion de la gloire posthume du Pape des croisades, tous les détails du long procès canonique régulièrement ouvert à Reims dès Tannée 1878, après de laborieuses recherches en France, en Italie, en Angleterre, en Belgique et dans les principales bibliothèques de l'Europe, pour retrouver et contrôler les témoignages de tout ordre, en faveur de la sainteté d'Urbain et du culte dont il a été honoré dans rÉglise, de temps immémorial.

« La sentence canonique de M*' Langénieux, appuyée sur dixhuit considérants, renfermant chacun un nombre considérable de preuves, fut rendue à Reims, le 11 février 1879, et confirmée à Rome, après une discussion très approfondie, le 14 juillet 1881, par le Pape Léon XIII...

« A peine la voix autorisée d'un archevêque français a-t-elle appelé l'attention sur le Pape des Croisades, que le nom d'Urbain II est presque aussitôt partout salué avec un respectueux enthousiasme. Ses compatriotes veulent lui élever une statue au lieu de sa naissance ; Tordre de Saint-Benott, réuni de toutes les parties du monde à Tabbaye du Mont-Cassin, demande au Saint-Siège d'exaucer les vœux de l'archevêque de Reims et de ratifier le jugement rendu par lui; l'Eglise relève ses autels détruits par le temps ; plus de vingt évéques, à la tête desquels marche le Légat du Pape, se donnent rendez- vous dans la cathédrale de Reims au jour de la première fête ; des panégyristes éminents, dans les chaires chtétiennes, dans les congrès, dans la presse, célèbrent à Tenvi le génie et la grandeur morale du Pape, hier, encore presque inconnu; plusieurs diocèses revendiquent l'honneur de le fêter dans leurs églises. En même temps, par une coïncidence digne de remarque, les représentants les plus autorisés de la science historique,, en France et. à Tétranger, publiaient des documents et des travaux qui permettent de réparer les erreurs et les oublis du passé. Urbain II reprend, dans le moyen âge mieux étudié, la place

d'honneur que lui méritaient non seulement la dignité du Pontificat suprême, mais encore les hautes qualités de son esprit et ses éminentes vertus ^ »

Un dernier acte restait à accomplir : l'inscription du B. Urbain II au Martyrologe. Ce dernier honneur lui fut rendu par Léon XIII en 1898. Le Bulletin du diocèse de Reims, dans son numéro du 24 septembre 1898, l'annonçait en ses termes : « A la demande des RR. PP. dom Hildebrand de Hemptine, primat de l'ordre de Saint-Benoit, dom Sébastien Wyart, général des cisterciens réformés, et André Frûwirtb, vicaire général des Frères prêcheurs, et sur le rapport favorable du cardinal préfet de la Congrégation des Rites, le Pape Léon XIII a autorisé l'insertion, au Martyrologe romain, des noms de saint Adrien III, bienheureux Urbain II, bienheureux Victor III et bienheureux Urbain V, de l'ordre de Saint-Benoît, bienheureux Eugène III, de l'ordre de Cîteaux, et bienheureux Innocent V, de Tordre des Frères prêcheurs, dont le culte avait été récemment confirmé par Pie IX et Léon XIII.

et Parmi les noms nouvellement inscrits au Martyrologe, figure celui de notre bienheureux Urbain II, ce qui complète les honneurs liturgiques rendus par l'Église au saint Pape des croisades 2. »

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