‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 341 sur 356 · I. - ÉGLISE XT PRIEURÉ DE BINSON · texte numérisé non relu

I. - ÉGLISE XT PRIEURÉ DE BINSON

En même temps que le cardinal Langénieux poursuivait la reconnaissance du culte d'Urbain II, il travaillait, d'une part, à Térection d'un monument à Chàtillon-sur-Marne, destiné à perpétuer dans le pays la mémoire de l'illustre Pontife, puis, de l'autre, à la restauration de la belle église romane de Binson et de Tancien Prieuré bénédictin.

L'église de Binson est « l'une des plus anciennes églises de la Champagne », au témoignage de Montalembert lui-môme ^

Voici à son sujet, un extrait de l'intéressante brochure de M. l'abbé Chevallier' :

« M. Didron, secrétaire du Comité historique des arts et monuments, parlant de l'église de Binson le 22 juillet 1838, disait :

a Cette église, à laquelle tous les caractères archéologiques assignent la date du xi° siècle, premier tiers pour l'ensemble, deuxième tiers pour le portail et le porche, a vu les plus glorieux événements militaires qui aient illustré le village ou la ville de Châtillon. On remarque en entrant une très grande déviation dans l'axe général : le chœur penche considérablement par rapport à la nef. Cette église

1 . Revue des Deux-Mondes, t. XVI, année i838, p. S3i. Sur la description de l'égUse, cf. M. le chanoine Lucot, L'église de Binson et sainte Posenne, p. 8. CbAlons, 1883; et Lefèvnc-P<mTALis, L*Architeclure religieuse dans ("ancien diocèse de Soissons au JTi* siècle et au XU* siècle, p. 180, sq. Paris. 1894.

^ Abbé CoEVALLiER, Le Prieuré de Binson. Reims, 1899, i* éd., p. 14 sq.

est une basilique, suivant le sens archéologique du mot, et n'accuse pas de transepts; c'est un édifice long, comme les basiliques romaines, type assez peu connu en France dans les églises d'une certaine étendue. Le chœur est pavé de dalles sépulcrales; sur Tune de ces dalles est ciselé un chevalier en compagnie de sa femme ; sur une autre, en marbre noir, qui recouvre la dépouille d'un enfant de la famille de Chàtillon, on lit en caractères effacés : « Chi gist Jacques Quille ségneur de Chastellan et de la ... et trespassa Tan 1427 le 18 jour de juillet ... ». Dans un étage du clocher, M. Durand, architecte de Reims, a trouvé la plus ancienne statue en bois qui existe ; je Tai reconnue pour être du xii" siècle, aussi vieille que les plus vieilles statues de pierre qui décorent les portails de Saint- Maurice d'Angers et de Notre-Dame de Chartres. La tète et les bras n'existent plus, mais le torse est bien conservé. L'attitude raide. la forme large, la symétrie et la multiplicité des plis aux vêtements, assignent une date reculée à cette statue qui est celle d'une femme, d'une reine de France, peut-être. Or, les statues en bois sont extrêmement rares. On n'en connaît pas une seule de l'époque de celleci ». Cette statue a complètement disparu. M. Didron termine en priant M. le Ministre de ne pas laisser démolir cette église...

« Le plan de l'église est celui d'une croix latine, le clocher s'élève sur le côté nord du transept et un porche se dresse à l'extrémité de la grand'nef et du bas côté nord. Lors de la restauration de l'église, le plan a subi peu de modifications ; quelques contreforts ont ét^ ajoutés pour donner plus de solidité à l'édifice ; le porche a été complètement modifié, en ce sens qu'il a reçu des voûtes en arête, deux contreforts ont été ajoutés et trois piliers à l'intérieur ont été construits. Au-dessus de la porte, un fronton avec rosace et surmonté d'une croix en pierre, s'est élevé, changeant ainsi l'aspect primitif du porche. La porte qui ouvre dans la grande nef est ornée de trois colonnes aimelées avec riches chapiteaux qui supportent une voussure ogivale ornée de palmettes; une archivolte, richement décorée, complète l'ensemble du portail. Dans le tympan, on voit un écusson qui porte : d'azur au chevron (For accompagné de trois fleurons de même, deux en chef et un en pointe; cet écusson, entouré de palmes et surmonté d'une couronne de marquis est semblable à celui qui se trouve sur uae pierre tumulaire à Anthenay et sur l'une des tours de l'ancien château de ce village ; ce sont les armes de la famille BariHon.

« Les nefs et les bas côtés sont percés d'ouvertures à plein-çintre, et la haute nef a conservé son ancienne corniche ornée de hachures et de billettes. Le transept et le chevet ont subi une restauration considérable ; toutefois le plan primitif a été scrupuleusement respecté. L'abside est éclairée par trois fenêtres et fortifiée par cinq contreforts ; les absidioles ont retrouvé leur couronnement et leur couverture en pierre. La tour a dû être démolie à cause de son peu de solidité, mais on a respecté le plan primitif, dans sa reconstruction. Au côté nord, une porte donne communication du cloître dans Téglise; deux puissants contreforts ont été ajoutés aux angles : ils montent jusqu'au premier étage . Deux ouvertures à plein cintre ornent chacun des côtés du l^** étage de la tour, celles du 2^ étage sont accompagnées de colonnes avec riches chapiteaux ; des pierres ajourées ferment .les ouvertures du premier étage. Une corniche puissante et ornée de modillons, couronne la tour et sert de base à la flèche qui s'élève encore à vingt-sept mètres de hauteur ; une croix de sept mètres, en fer forgé, et un paratonnerre, surmontent cette flèche, la plus haute de toute la contrée. La flèche primitive était de beaucoup moins élevée, elle a été renversée par le vent vers 1860.

« L'intérieur de l'église répond à Textérieur par la simplicité et la sobriété de son ornementation. Peu ou point de colonnes, les arcades et les cintres reposent sur des pilastres ou sur des piliers carrés avec corniche moulurée. On ne voit que deux colonnes engagées a l'entrée du sanctuaire, et dix petites colonnes avec chapiteaux coniques ou à palmettes plus ou moins formées; ces petites colonnes portent les cintres des arcatures qui ornent le fond de l'abside. Autrefois, on voyait dans le sanctuaire et le chœur de nombreuses pierres tumulaires, nous en reparlerons plus loin ; on a trouvé aussi quelques pavés émaillés avec dessins représentant des personnages, des animaux^ etc., deux de ces pavés seulement ont pu être sauvés et sont aujourd'hui conservés dans les vitrines du musée de Binson. Aujourd'hui un dallage recouvre la nef et les bas côtés ; une riche mo* saïque, représentant la croix de Jérusalem, recouvre le chœur, et des pavés en céramique remplissent les chapelles latérales et l'abside. Les voûtes sont en cul-de-four pour les absides et en berceau pour les transepts et le chœur. Dans les nefs, un plancher, avec poutres moulurées, remplace des voûtes qui n'ont jamais existé dans cette partie de l'édifice. Des vitraux, d'une grande richesse, ornent

les fenêtres de Tabside et du transept sud, ainsi que celle qui est au-dessus du porche. Les autels en pierre sont très riches en décor: le maître-autel est orné de peintures représentant des sujets relatifs à Urbain II et à la première Croisade. Une grande peinture murale dans le chœur nous montre, entre autres pontifes, le saint pape Urbain 11, avec Tauréole que TÉglise accorde aux saints ; c'est la copie d'une fresque qui se trouve dahs Toratoire de Saint-Nicolas du Palais de Latran'... Au fond du bas côté sud, on a placé le moulage en plâtre de la célèbre Pieta de Michel-Ange , dont Toriginal est conservé à Saint Pierre de Rome.

« Longtemps avant la Révolution, le prieuré de Binson avait cessé d'exister, Téglise servait d'église paroissiale pour Orquigny et Montigny. En 1730, M. Pougeois était curé de Binson; en 1733 il eut pour successeur M. Antoine Moreau et en 1758 M. Féval, vicaire de Châtillon, succédait à ce dernier. A la Révolution, Binson fut vendu comme propriété nationale.

« Lors de la nouvelle division de la France en communes, Binson fut compris dans le territoire de Châtillon-sur-Marne ; le monastère abandonné fut laissé à la fabrique de Châtillon. A la restauration du culte, l'église resta fermée à cause de son isolement et de son titre primitif d'église monastique. Pendant près de 30 ans, les instances se succédèrent devant le Conseil de préfecture pour obtenir la démolition de l'église. En 1834, sur l'avis favorable de M. de Jessaint, préfet de la Marne, elle fut mise à prix pour la somme de 6.013 fr. 13; elle devait être démolie dans les trois mois qui suivraient l'adjudication ; cette dernière, pour diverses raisons, fut ajournée. Le projet fut repris en 1838; une annonce, insérée dans le Journal de Reims, du 20 juin 1838, porte que : « l'ancienne église supprimée de Binson, sise au territoire de Châtillon-sur-Marne, sera mise en vente, par adjudication publique, au nom de la Fabrique paroissiale de Châtillon-sur- Marne, le dimanche 22 juillet 1838, à l'issue des vêpres ». Seront vendus « le sol et les matériaux composant l'église, le clocher et les sacristies... II est interdit à l'adjudicataire la faculté de démolir avant d'avoir payé son prix ». Sur les instances du Comité des Iravaux historiques, la vente de Téglise fut différée de quelques mois, et

1. Depuis oa a placé dans rarrière-chœur deux grandes peintures dues au pinceau de M. Namur, représentant, l'une, la cérémonie de la reconnaissance du culte du B. Urbain II à la calliédrale de Reims, l'autre, la cérémonie de l'érection de la statue d'Urbain il à CbùtUlon-surMarDC.

le 6 janvier 1839, M. Simonnet, maire de VilIers-sous-Châtillon, devînt adjudicataire de l'église pour la somme de 4.973 fr. 40. Le nouveau propriétaire n'a jamais eu un seul instant l'intention de démolir l'église; toute la longueur de la procédure pour la vente de l'église vivait éveillé son attention sur la valeur artistique de l'édifice, il la conserva précieusement, et, pour en assurer la conservation et la rendre à sa véritable destination, M. le comte de Verdonnet, d'accord avec M'"'' la comtesse, fille de M. Simonnet, résolut d'en faire un j^énéreux abandon, en donnant le prieuré de Binson au cardinal Gousset. Cet acte de donation fut fait par-devant M* Lefort, notaire è Paris, le 16 avril 1858. Les donateurs, est-il dit dans cet acte, ayant appris que M*^' de Reims avait l'intention de devenir acquéreur de cet immeuble pour conserver cet ancien monument de Tarchitecture religieuse, et le restituer à sa vraie destination, réso« lurent pour concourir à cette pieuse restauration de prévenir l'intention du cardinal en lui faisant un abandon complet de cet édifice...

« Cette donation accomplie, le cardinal, avec cette générosité devenue proverbiale à Reims, réparait à ses frais l'église défectueuse en quelques-unes de ses parties ; il achetait également de ses deniers un hectare et demi de terre autour de l'église et le 21 mars 1866, faisait donation du tout à son diocèse. Les réparations, dont il est ici question, ont été mal faites, on s'était contenté de faire les parements des murs et de remplir le vide par des pierres sèches; aussi lors de la res. lauration complète de l'édifice, fallut-il démolir jusqu'aux dernières pierres des fondations, cette partie restaurée...

« Les plans de restauration et de construction de Téglise et du prieuré furent confiés aux soins de M. Deperthes, architecte de l'hâtel de ville de Paris, et originaire de Reims. M. Thiérot fut l'architecte dirigeant les travaux et M. Demerlé l'entrepreneur. Les travaux commencèrent en 1877 par l'église qui fut reprise en sous-œuvre, remaniée dans toutes ses parties et admirablement restaurée. Ces travaux demandèrent plusieurs années et des sommes relativement considérables; rien ne vint entraver la marche des travaux et en moins de <;inq ans, l'église était complètement restaurée. Pendant ce temps on construisait la maison d'ihabitation de la ferme autour de laquelle s'é. levèrent successivement les bâtiments d'appropriation et d'exploitation. En 1884, la construction du prieuré fut poussée avec activité, et dès cçtte année les prêtres avaient fait leur entrée au prieuré de Binson. Les constructions furent terminées dans le cours de l'année

1885 et les prêtres habitaient le nouveau prieuré lors de la bénédiction de la statue du bienheureux Urbain II sur la plate-forme de Châtillon, le 21 juillet 1887. »

Le prieuré fut confié durant quelques années à des prêtres du diocèse, sous la direction successive du P. Besserat et de M. Tabbé Legras, aujourd'hui curé-doyen de Saint-^Iacques de Reims. Depuis le mois d'octobre 1895^ les Pères Blancs, de la Société des missionnaires d'Afrique, y ont établi un séminaire de philosophie et de théologie.

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