‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 37 sur 356 · IV. — Odon lég.vt en Allemagne · texte numérisé non relu

IV. — Odon lég.vt en Allemagne

Cependant, le souverain Pontife avait chargé l'évêque d'Ostie de le représenter comme légat en Allemagne. D'après

1. Guilelmus. abb. S. Arnulf. Metensis, Ep. IIL PaL lai., CL, 878.

dom Ruinari, il serait fait mention de la légation apostolique d'Odon en Germanie seulement en 1084, au moment où Grégoire VII lui demanda de notifier dans ce pays l'excommunication renouvelée contre Guibert et Henri au concile de Rome. Le voyage du légat à Cluny et Nantua, toujours d'après le même historien, n'aurait eu Heu que Tannée suivante, en 1085. Mais il parait probable que le cardinal d'Ostie était déjà envoyé auprès des fidèles de la Souabe et de la Saxe, dès 1082. Ce fut cette année-là qu'il consacra la grande chapelle de Notre-Dame, à Marcigny, et cette année aussi, qu'en se rendant en Allemagne, il fit un détour pour s'arrêter au prieuré de Xantua et y procéder à la translation solennelle du corps de saint Maxime de Riez*.

Nantua était un monastère célèbre du diocèse de Lyon. Il avait autrefois porté le titre d'abbaye ; mais, dans la suite, Cluny l'avait pris sous sa dépendance. Là étaient conservées les reliques de saint Maxime, évéque de Riez, mais sans honneur, car elles n'avaient pas encore été présentées publiquement à la vénération des fidèles. Les miracles qui s'y multipliaient parurent à l'abbé de Cluny, en même temps prieur de Nantua, une indication providentielle pour la translation du saint. Il en conféra avec ses frères et plusieurs personnages présents à l'abbaye, en particulier avec Odon, évéque d'Ostie, « un homme, dit le texte de Nantua, d'un grand savoir et d'une grave autorité dans les choses divines ». Odon et les assistants jugèrent qu'un saint, manifesté par de si nombreux signes, méritait de sortir de son oubli et d'être offert à l'admiration de tous. Le prudent abbé, toujours lent à l'exécution, pensa qu'il fallait attendre encore et s'assurer, par des jeûnes et des prières, le signal de la volonté divine. Le lendemain, on devait jeûner et chanter les litanies en procession, pour que Dieu dai-

1. Rapportant le rc'cît du manuscrit de Nantua^ dont Huinart dit, avec lui, que cette tranîilation fut faite TaniK'e où le cardinal Odon, rv^que (rOstie, fit la dédicace lie IVglise des infirmes à Cluny. Or, cette t''gliso a «'tô consacn'e en 1(M>4, t*i par l'évéque de Chàloi^. Dom Ruinart et le nianusciit de Nantua confond»'nt «'•vîdem ment avec Iacjiifî)elle de IMnfirmerie de Cluny. colle de Marciîiny, qui fui fonsacn''e par Odeifcn 1(»K2.

gnàl révéler aux hommes son bon plaisir. De son côté, Tabbé se rendit seul au tombeau pour y prier librement et dans le secret. Entré en oraison, il sentit si vivement la flamme de la charité et la grâce de la componction, qu'il obtint la certitude que ce mort devait être véritablement grand devant Dieu pour avoir en soi la vertu d'embraser des charbons éteints et de verser dans les âmes l'ardeur de la piété. De retour auprès des siens, il fit préparer de quoi recevoir les saintes reliques. Deux jours après, au chapitre, il ordonna les derniers préparatifs pour l'ouverture du tombeau. Il confia au seigneur Odon, par déférence envers la dignité épiscopale, le soin principal de porter respectueusement la main aux premiers ossements pour leur translation dans la nouvelle châsse, ajoutant qu'il prêterait lui-même son concours dans cette noble tâche. Après le chapitre, la procession s'organisa; la foule immense fut contenue aux alentours de la basilique, le chœur l'endiguait aux portes en chantant des hymnes. Alors, le prélat d'Ostie, armé de la foi au dedans et revêtu de blancs ornements à l'extérieur, s'approcha du tombeau. Ce qui avait touché le cœur de l'abbé enflamma l'âme de l'évêque et lui inspira la certitude .absolue qu'il y avait là quelque chose de divin. S'approchant donc avec humilité et introduisant la main dans le sarcophage, il en retira avec respect plusieurs ossements. Après lui, Tabbé et aussi quelques religieux à qui en fut déféré l'honneur, firent de même, tandis que les moines chantaient : « Levez-vous, saint de Dieu, de votre demeure ^.. » Bientôt la châsse de métal préparée à cet effet se trouva remplie des restes précieux et élevée sur un trône derrière l'autel, au chant des hymnes sacrés. La cérémonie une fois accomplie dans la paix et le recueillement, les portes de l'église furent ouvertes et la foule s'y pressa, au milieu des transports de joie et des acclamations d'actions de grâces. Lorsque le seigneur Odon voulut prendre la parole, à peine fut-il possible d'imposer silence à la tumultueuse assemblée, même quand l'orateur nomma le pape Grégoire VII,

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