XII AVANT-PROPOS
Comnenej pour ce qui regarde spécialement la fameuse lettre d'Alexis au comte de Flandre, malgré la savante et intéressante interprétation, par M. Jules Lair, de V Encyclique du pape Sergius 1 V relatwe à un projet de croisade y plusieurs de ces jugements ne nous ayant point paru définitifs et sans appel, nous avons pensé pouvoir passer outre.
Comme la question du gouvernement de l'Église nous intéressait au premier chef dans un homme qui a été avant tout Pasteur, il nous a fallu approfondir la tâche qu'Urbain II s'était imposée comme réformateur de l'Eglise et continuateur de l'œuvre de Grégoire VIL Les moines ayant été, pour ces deux Papes, le grand moyen de régénération sociale, nous avons essayé de saisir, aussi nettement que possible, l'attitude d'Urbain II vis-à-vis du monachisme. En disposant de cette force, le Pape avait en main une formidable puissance matérielle, intellectuelle et morale; matérielle, car les monastères, avec les châteaux forts, couvraient l'Europe, mais, tandis que les seigneurs désolaient le sol de leurs luttes sanglantes , les moines le défrichaient, le fécondaient — et la récolte d'énergies appartient à qui sème, non le san^^ et la rapine, mais le travail — ; intellectuelle, car le courant des lettres et des sciences prenait source dans les cloîtres; morale enfin, car les peuples étaient tout de foi, et c'étaient les moines qui gardaient le
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fruit de la foi parce qu'ils en conservaient la fleur avec la pureté des mœurs.
Aussi ne faut-il pas s'étonner de ce que les documents de l'histoire d'Urbain 11, comme des autres Papes de l'époque, ne soient qu'un tissu de privilèges d'exemptions accordés à une infinité de monastères, privilèges qu'il eût fallu noter à chaque page, si nous n'avions voulu éviter les inutilités ou la monotonie. Cette facile concession de privilèges est un point qui intéresse la gloire d'Urbain II. Si ces faveurs en effet ont été une source d'abus, si, aux yeux de quelques-uns, elles n'ont été rien moins que la ruine de la vie monastique, ce n'est sans doute pas la faute des Papes qui ont vu, pour eux-mêmes dans les moines exempts, de puissants instruments de réforme, et, pour les moines, dans l'exemption, une source féconde de vie intérieure et de sainteté religieuse.
En outre, à côté des moines, il était nécessaire que nous relevions le grand souci du Pape — et il apparaît souvent dans ses lettres — pour la sanctification du clergé séculier par la vie commune. Sans doute le Pontife réformateur avait fait sienne cette parole de saint Grégoire le Grand au patrico Gennade : a Sachez que, si vous cherchez des victoires, si vous voulez la sécurité de la province dont vous avez la charge , rien ne vous servira davantage, dans cette vue, comme le zèle pour la sainteté des prêtres. » Urbain II, lui, a cherché