Le 4 septembre, au i-apport de Borthold
3. Epist. Waltram. ap.Dodechin., in Pistor. Scn'pt.y 1. 1. BAROxius,ed.Theiner. t. XVII, p. 575.
LITTE CONTRE L'EMPEREL'R ET L'ANTIPAPE. 83
comtesse Mathilde avec le jeune VVelf, fils de Welf P', duc de Bavière. Mathilde, veuve de Gottfried, duc de la Basse-Lorraine, assassiné en 1076, avait consenti à cette seconde union, malgré la disproportion d'âge (Welf n'avait que dix-huit ans et elle, quarante-trois) pour obéir au souverain Pontife qui le désirait, afin de soutenir plus utilement l'Eglise contre les schismatiques. Urbain II, en effet, était assuré que l'empereur réduirait à l'extrémité la comtesse protectrice du Saint-Siège, si elle restait seule. Mathilde se maria, dit Bernold, pour pouvoir subvenir plus eflîcacement aux besoins de l'Eglise contre les excommuniés. Henri en fut fort contristé. Ce fut le signal de sa nouvelle expédition contre la Saxe.
m. — Mouvement monastique dans le peuple. — Les « Oblati ».
La meilleure façon de lutter était sans contredît d'opposer aux flots de l'impiété montante une forte poussée de vie chrétienne et religieuse. Les monastères comprirent le caractère de leur spéciale mission, et les évoques moines aussi. Le bras droit du Pape en Allemagne, le zélé Gebhard de Constance, ne se contentait pas de lutter en fulminant des anathèmes contre les réfractaires, ce qu'il faisait du reste, courageusement, comme il arriva pour ce seigneur allemand, coupable d'un affreux adultère, qu'il frappa des censures de l'Eglise et dont il fît jeter le corps à la voirie ^ Mais, au sein des agitations politiques , au milieu des devoirs absorbants de sa charge pastorale et dans l'exercice de ses laborieuses fonctions de légat du Pape, Gebhard vivait comme un solitaire et donnait l'exemple d'une vie régu-
l. Lo cointo altomand Otton avait pris piibliquoinent pour fi?iniuo l'époii»» li-gitimodu comte Louis do Thuringp. Los soldats do Louis, no pouvant supportorlo <l/*shonnoDrdolour nialtro, s'atta(|Uoront à Otton. lui couperont la tôto, otonsovolin>ntsoQ corps dans un monastère quolui-inôme avait construit. (lobJiard voulut qu'on lui donnât lasôpulturo d'un àno, allusion à la prophôtie rolativo à Joakim, fils de Josias, roi do Juda : • sopulturaasini sof>oliotur, putrefactus ot projoctus ••xtraporlam Jerusaiom -.(Jorom.. XXII, 19.)
84 LE CONTINUATEUR DE GREGOIRE Vil.
Hère parfaite. Le monastère d'Hirschau, dont il fit la dédicace, après sa reconstruction par le saint abbé Guillaume, le secondait dans sa charge difiicile de réformateur. On voit surgir à cette époque, sous l'impulsion de Gebhard, une forme de vie chrétienne qu'il importe de remarquer. De nombreux laïques de tout rang et de tout sexe, désireux de participer à la vie des moines, font profession d*obéissance envers les congrégations régulières. Des villages entiers de la Souabe deviennent comme des dépendances monastiques au point de vue spirituel. Nous ne serons pas surpris de voir Urbain II qui, plus tard, au temps des croisades, favorisera de tout son pouvoir le même genre de mouvement religieux, approuver ici, malgré les réclamations et les critiques, tout ce qui porte les fidèles à participer à la vie du cloître. C'était une nouvelle étape dans l'évolution de ridée des tiers ordres dont il faut faire remonter la genèse aux communautés primitives et qui, au xiii** siècle, s'organiseront avec saint Dominique et saint François. Ce genre particulier de vie chrétienne semble avoir pris naissance dans Texemple des frères laïques que Guillaume d'Hirschau admit dans son monastère et y soumit à certaines observances. Sans être ni clercs, ni moines par Thabit, ces laïques, au dire de Bernold ^, ne laissaient pas d'égaler ceux-ci en mérites et en vertus. Car ils se faisaient, pour la gloire de Dieu, les serviteurs des religieux, à l'exemple de Celui qui est venu, non pour être servi, mais pour servir. Aussi, la jalousie diabolique leur suscita des envieux. On déchirait à belles dents leur vie si pure qui n'était que le renouveau des mœurs admirables de la primitive Église. C'est à propos de ces éternels censeurs que le Pape Urbain II écrivait aux prélats des monastères : « Il parait, dit-il, que certains se permettent d'attaquer l'usage qui existe chez vous d'admettre de simples fidèles à l'obédience monastique. Quant à nous^ qui en avons constaté de nos yeux les merveilleux effets et le jugeons d'autant plus louable qu'il renouvelle les coutumes de l'Eglise
1. «... et si habitu noc clerict ncc monachi viderentur, noqiiaquam tamen eis dispares in merilis fuisse crederentur. » Bernold, ad ann. 1091, M. G, SS., V.
primitive, nous l'approuvons comme catholique et saint et le confirmons de toute notre autorité apostolique *. »
Cette pieuse institution, ainsi approuvée par le souverain Pontife fleurit si bien que, non seulement des hommes, mais des femmes sans nombre se portèrent à ce genre de vie et furent comme les servantes dévouées des religieux. Jusque dans les campagnes, des filles de paysans, en masse, renoncèrent au siècle et au mariage, vivant religieusement sous Tobéissance d'un prêtre. Même les gens mariés avaient quelque lien avec la vie monastique. Et ce lien, contracté par de simples laïques, apparaissait d'une telle gravité que s'en débarrasser semblait équivaloir à l'apostasie ^. Mouvement admirable qui s'épanouit principalement en Allemagne, où l'on voyait des bourgades entières rivalisant de sainteté. Ainsi Dieu, aux heures de deuil, consolait son Eglise qui pouvait se réjouir delà conversion d'un grand nombre après avoir si longtemps pleuré sur les ruines de l'excommunication 3.
1. «... nos autem canidem conversationem et consuetudinem, sicut oculis nostris inspeximus, laudabilem, et eo perpétua conversatione dignissimam, quo in primitive ecclesiœ fonnam inipressa est, judicantes, approbamus, sanctam et catholicam noininanius, et per piwsentes litterasapostolicaauctoritateconfirmainus. . Annal, bened., t. V, L LXVIII, n. XYIU.