PREFACE. XIX
que le philosophisme n'avait qu'une médiocre intelligence de l'histoire et une intelligence, plus médiocre encore, de ce que nous appelons aujourd'hui les « faits de religiosité » ; et si le procès de Tavant-dernier siècle n'était à cet égard chose jugée, on ne saurait trouver, contre l'auteur de Mahomet et de la Bible enfin expliquée y de témoignages plus convainquants et tout ensemble moins suspects, que dans certaines préfaces et certains articles d'Ernest Renan.
Il n'était pas jusqu'aux prédicateurs et jusqu'aux apologistes, incapables d'échapper à la détresse de leur époque, qui ne saisissent assez mal et n'appréciassent assez inexactement les mobiles des croisades. L'abbé Fleury, dans son sixième Discours sur V histoire ecclésiastique ^ ne pouvait se défendre d'objecter à l'épée de Godefroy de Bouillon l'Évangile de saint Jean. N'est-il pas dit, au vingt et unième verset du quatrième chapitre, que le temps est venu où Dieu ne sera plus adoré ni à Jérusalem ni à Samarie, mais où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ? Le bon abbé Fleury dresserait volontiers ce texte, comme une façon de barricade, sur la route de Jérusalem, a On voulait venger la honte de Jésus-Christ, dit-il encore; mais ce que Jésus-Christ tient à injure et ce qui le déshonore véritablement, c'est la vie corrompue des mauvais chrétiens ^ }> Je ne crois point qu'Urbain II se fût insurgé contre cette vérité de bon sens ; mais à coup sûr il n'eût point cru qu'elle réfutftt et condamnât son grand dessein. — Quant à Maury, plus bienveillant pour les croisades que Fleurj-, il parait pourtant éprouver quelqjue gêne à reconnaître que saint Louis se croisa par piété; plutôt verrait-il dans la
1. Fleury, Discours sur l'histoire ecclésiastique («Mition du Panthéon littéraire f 0* Discours).