‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 8 sur 356 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

croisade une sorte de dérivatif aux difficultés intestines, savamment concerté par la politique du roi. « Saint Louis, s'écrie-t-il, forcé d'opter entre une guerre étrangère et des massacres domestiques, ne dut-il pas préférer une expédition militaire à ces épouvantables séditions? Il ne pouvait éloigner ces calamités de son pays qu'en transportant ses cohortes au delà de ses frontières, d Et Maury ajoute en note.: « Si Charles IX, plus docile aux conseils de Famiralde Cliâtillon, eût déclaré la guerre à TEspagne, il aurait épargné de grands malheurs à la France ' . » Bref, il est des circonstances où un souverain doit faire promener ses armées : Charles IX ne le comprit point, de là la Saint-Barthélémy; saint Louis le comprit, et il se croisa. De là à conclure que les deux croisades entreprises par le saint roi ne furent à ses yeux qu'un pis-aller, il n'y aurait en réalité qu'un pas;' et dans son plaidoyer pour une bonne cause, Maury nous apporte les subtilités laborieuses dont on s'encombre lorsqu'on en soutient une mauvaise.

Le xviii* siècle, fort inhabile à se représenter l'état d'esprit d'un croisé, fit preuve d'une ignorance non moins singulière dans l'évaluation des résultats des croisades. a Le seul bien que ces entreprises procurèrent, reprenait Voltaire, ce fut la liberté que plusieurs bourgades achetèrent de leurs seigneurs ^. » Quant à Diderot, ce bien même lui échappait. « Les suites des croisades pour l'Europe, écrivait-il, furent la dépopulation de ses contrées, l'enrichissement des monastères, lappauvrissement de la noblesse, la ruine de la discipline ecclésiastique, le mépris de l'agriculture, la disette d'espèces, et une infinité de vexa-

U Œuvres choisies du cardinal J. Sifrein Maury, III, p. SI 1-342. 2* \ oltaire, Essai svr les Mœurs, ch. lvui.

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