‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 9 sur 356 · PRÉFACE. XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXI

lions exercées sous prétexte de réparer ces malheurs ' . » Seul à peu près Maury, dans son Panégyrique de saint Louis, donnait une première esquisse du bilan que dresse aujourd'hui l'histoire : « Où en seriez-vous sans les croisades? demandait-il. Ne fut-ce pas à cette époque, éminemment mémorable, que les nations de l'Occident sortirent toutes de l'état d'enfance où elles avaient croupi jusqu'alors, prirent un essor universel, formèrent leur état social, aspirèrent pour la première fois aux pacifiques et salutaires conquêtes des arts et des sciences? Avez-vous donc oublié que vos mœurs n'ont perdu cette rouille de barbarie, qu'elles avaient contractée dans les marais de la Germanie d'où vous sortez, qu'à la vue des villes policées et des peuples civilisés de la Grèce ^? » C'est en 1772 que Maury sommait ainsi les esprits « éclairés t> de se reconnaître comme les fils, ou tout au moins comme les légataires, des croisés... Trente ans s'écoulèrent; l'Institut de France, au lendemain de la Révolution, inaugura presque ses travaux en mettant au concours une étude sur les résultats des croisades; Heeren obtint le prix; et au moment même où Chateaubriand venait de convaincre le siècle défunt d'avoir maltraité le moyen âge et ignoré l'art gothique, Heeren et l'Institut de France firent prévaloir une nouvelle conception des croisades, qui rendait surannées les pages de V Essai sur les Mœurs, et surannées les pages de VEncyclope'die.

L'esprit d'analyse n'est parfois qu'une myopie : ainsi en avait-il été au xviii'' siècle. Les œuvres littéraires des peuples enfants, les productions épiques où se ramasse le

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