‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 83 sur 356 · Ep · texte numérisé non relu

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public, il résolut de faire les choses sans éclat. Qui célébra le mariage? D'après Orderic Vital, ce serait Odon, évêque de Bayeux; ou Guillaume, archevêque de Rouen, d'après Guillaume de Malmesbury. 11 est certain que ce ne fut pas l'archevêque de Reims, quoique seul il ait eu le droit de revendiquer cette prérogative. S'il faut en croire la lettre même d'Urbain adressée peu après à Tarchevéque de Reims, le mariage fut béni par un des suffragants de celui-ci, l'évêque de Senlis.

Quelle avait donc été la conduite du Pape dans toute cotte affaire? Son prétendu jugement rendu en faveur du roi était une pure invention, à moins qu'on ne prenne pour concession et lâcheté la prudence paternelle qu'il apporta dans une affaire si épineuse. Avant d'en venir aux menaces, il n'épargna ni avertissements, ni prières, ni supplications, pour détourner le roi d'un si grand crime. La preuve en est dans les lettres qu'il écrivit alors et dans les décrets des conciles qui furent rendus à cette occasion : « J'ai vu des lettres, dit Yves de Chartres, que le seigneur pape Urbain a envoyées aux archevêques et évêques du royaume, leur demandant d'amener le roi à la raison ou, s'il s'y refusait, de le contraindre à s'amender par la menace des foudres ecclésiastiques *. »

Mais le sage Pontife, avant de rien précipiter, voulait qu'on fît la lumière. Ainsi quand il eut reçu les envoyés du comte d'Anjou qui en appelaient au jugement apostolique, il demanda qu'on dressât devant lui l'arbre généalogique des familles de Philippe et de Berthe 2. Môme l'impatience du fougueux évêque de Chartres ne savait pas toujours s'accommoder des atermoiements du Pape» Cependant jamais le Pape n'accéda aux désirs

1. Vidionim lilteras qiias misit doninus Urbaniis apostolicus ad omnes archit*piscopos ot opiscopos re^ni sui ut oum ad rationem mittant, et nisi resipiierit, occlesiastica oum disciplina ad emondationom vonire constringant, ep. 23.

Orderic Vital (lib. VIII) dit la mr^nio chose : le pieux Pontife envoya on France des léfcats apostoliques, et, par ses lettres et lavQixdes ])rêtres, ilaveilit, supplia, réprimanda ce roi égaré qui avait répudié son épouse légitime pour contracter avec une autre, contrairement à la loi divine, une alliance adultère.

2. Yves le dit dans sa lettre 211« à Kaoul, archevêque de Ueims : Coniputa\nt eniui eam ( consanguinitatem) ad suggestioncm domni Papx, me audiente, quidam monachus...

du roi. Yves le reconnaissait \ Il avait même défendu sévèrement aux évêques d'imposer la couronne à cette femme, une autre Jézabel, comme l'appelle Yves, qui voulait usurper le irt^ne par un crime. Enfin il menaçait Philippe de la rigueur des saints canons s'il persévérait dans son dessein. Et sitôt que le souverain Pontife eut connaissance de la consommation du scandale, il fit parvenir une lettre circulaire à tous les évêques pour leur demander de tenir un concile et de frapper le roi récidiviste.

Ici les rôles changent. C'est Yves de Chartres lui-même qui sent le besoin de modérer le Pape. Dans une de ses lettres, il déclare que son avis est d'attendre encore et qu'il a réussi à ne pas laisser publier de suite la missive pontificale, par amour pour le roi et dans la crainte d'un soulèvement du royaume 2.

Cependant, avant d'envoyer à l'archevêque Hugues de Lyon, qui s'était sincèrement réconcilié avec le Saint-Siège, le titre de légat apostolique et la délicate mission d'excommunier le roi, Urbain II écrivit à l'archevêque de Reims et à ses suffragants pour les blâmer d'avoir toléré un pareil scandale : « Si vous étiez pénétrés, leur disait-il, des devoirs que le sacerdoce vous impose, il ne serait pas venu à nos oreilles qu'une telle infamie était demeurée impunie. Quand vous devriez, comme des sentinelles établies par Dieu sur la maison d'Israël, dénoncer aux impies leurs forfaits et vous opposer vous-mêmes comme un mur pour la défense de l'Eglise, comment donc avez-vous pu souffrir que le roi d'un si beau royaume, oublieux de la pudeur, sans souci de la crainte de Dieu, au mépris de l'équité, du droit, des lois, des sanctions canoniques et des traditions du catholicisme, abandonnât, sans forme de procès, sa propre femme, et poussé par un amour criminel, épousât la femme de son parent? Un tel attentat annonce et la confusion de tout le royaume et le désordre de vos églises. L'infamie en retombe sur vous, car c'est consentir au mal que de ne pas y contredire quand on le

1. DoinnusPapa otsi non antocedit, non Uinion rotrocodit, eji. 30.

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