‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 84 sur 356 · Consilium mcuni est adhuc exspectaro, op · texte numérisé non relu

Consilium mcuni est adhuc exspectaro, op

peut... Maintenant nous vous ordonnons, de toute Tautorité de notre charge apostolique, aussitôt cette lettre reçue, d'aller trouver le roi, ce que vous auriez dû faire depuis longtemps selon toute sagesse, même sans notre intervention, et de le presser, de la part de Dieu, de notre part et de la vôtre, de mettre fin à un crime si abominable. N'épargnez ni avertissements, ni prières, ni reproches, ni menaces. S'il méprise, force nous sera, à nous et à vous, de recourir aux armes de la discipline pour venger les outrages faits à la loi divine et de percer du glaive de Phinée les Madianites adultères ^ »

Le Pape suppliait en même temps ces évoques de s'interposer auprès du roi pour obtenir de lui la libération d'Yves de Chartres. Yves en effet avait eu les honneurs de la prison, pour avoir osé, comme Jean-Baptiste, prononcer le non licei. Afin de se donner le prétexte de le gourmander, le roi lui avait donné l'ordre de lui amener les milices de son église à Chaumont ou à Pontoise. Car, d'après les institutions féodales, Yves, en qualité de vassal du roi, devait fournir à celui-ci un contingent de troupes. L'évêque de Chartres répondit que plusieurs obstacles graves l'empêchaient de partir. Personnellement il ne pourrait se rendre à la cour sans dénoncer hautement devant le roi l'infâme commerce qu'il réprouvait actuellement tout bas ; de plus, la plupart de ses vassaux et gens de guerre, absents ou excommuniés, ne pouvaient s'en aller tant qu'ils seraient sous le coup des censures, ni être absous tant qu'ils n'auraient point satisfait. Enfin lui, évoque de Chartres, avait tout à craindre de la colère d'un sexe qui, souvent infidèle à l'amitié, doit être sans entrailles pour des ennemis 2.

La vengeance féminine ne devait pas se faire attendre : l'évêque vit les biens de son évêché abandonnés au pillage et il se trouva lui-même presque manquer de pain 3. Bientôt il fut enfermé dans un château , par le vicomte de Chartres qui vou-

1. Pat. lai., CLI, col. 354. Cotto lottn» ost datt'e du 1»' novembre.

2. Illesexu.ç niihi est suspecliis et infeslus qui etiam amicisaliquandonon satis est fîdus, ep. 28.

3 usque ad penuriam panis, dit-il lui-même, ep. 22.

lait s'attirer la bienveillance royale. Les Chartrains en seraient venus aux armes, pour délivrer leur pasteur, si celui-ci ne les eût formellement empêchés de lui ravir son bonheur de souffrir persécution pour la justice ^

C'est à eux que le Pape s'unissait quand il en appelait, lui, au glaive de l'excommunication, auprès des suffragants de Reims, pour réclamer la mise en liberté de l'athlète prisonnier : « Pressez le roi, leur disait-il, pour la délivrance de notre frère Tévêque de Chartres ; si celui qui le tient captif ne vous écoute pas, excommuniez-le et jetez l'interdit sur ses châteaux et ses terres 2. »

Quoique la sentence d'excommunication ne fût pas publiée, Philippe en sentait tout le poids. Il rencontrait une opposition énergique dans ce clergé naguère anémié par la simonie et où, maintenant, commençaient à se révéler des hommes nouveaux. Le roi voyait le peuple lui-même s'éloigner de sa personne ; les flatteurs et les courtisans faisaient le vide autour de son trône. Néanmoins il n'eut pas encore le courage de renoncer à son péché. Nous retrouverons plus tard la continuation de l'affaire au concile de Reims.

VIII, — Conrad, fils d'Henri IV, passe au parti pontifical. — Mœurs criminelles de l'empereur. — Une ligue SE forme contre lui. — Gerhard de Constance.

Guibert se teniiit en Lombardie avec l'empereur Henri, harcelant, tous deux de concert, le duc Welf et la comtesse Mathilde^. A cette époque même, quelques jours avant Noël, les habitants de Constance avaient infligé une injure au César, en expulsant honteusement de leurs murs Tévêque Udalrîc qui avait essayé de s'emparer du siège épiscopal de leur ville après

Page 1