‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 85 sur 356 · Bernold, Chron., lOÎK]. M. O. SS., V · texte numérisé non relu

Bernold, Chron., lOÎK]. M. O. SS., V

avoir reçu Tiiivostiture des mains de l'empereur. Augsbourg. encfiuragée ]>ar l'exemple de sa voisine, allait bientôt chasser son pseudo-évi'que, imposé par Henri, pour élire un pasteur légitime. Ailhuirs, Metz, Toul et Verdun, les gens de la très fidèle Lorraine, refusèrent obédience à leur métropolitain de Trêves qui avait décliné du côté du schisme. Metz alla plus loin : après avoir chassé le candidat impérial, elle choisit pour évêquerarchidi;KTe de Trêves, un fervent du Saint-Siège qu'elle fit sacrer par le légat Gebhard de Constance.

S'il faut en croire Berthold, le nombre des Gésariens diminuait de jour en jour. Un incident grave allait leur porter un coup d'une extrême violence et fortifier d'autant le parti catholique. Conrad, le fils de l'empereur, abandonna celui-ci pour s'attacher au duc Welf. Ce prince, d'une bonté rare et d'une modestie exemplaire, était, au rapport des historiens du temps, révolté des excès dont il avait été le témoin désolé à la cour du tyran qui s'Bjjpehût son père *. Heureux encore s'il n'en avait été que le témoin : on voulait qu'il y prît une part active. La plume se refuse à décrire les horreurs que les historiens protestants n'ont ct?pendiiiit pas réussi à nier, en dépit de la complaisance et de Turliitraiie de leurs interprétations.

Voici ce que le comte de Thuringe écrivait, par Etienne d'Halberstïrdt, à ^N'iiltram, archevêque intrus de Magdebourg : « Je me demande j^'il y a encore en vous une goutte de sang, que vous ne rougissez pas d'appeler roi Henri votre maître et de dire qu'il est dans Tordre! Trouvez-vous que c'est l'ordre de donner des droits au crime, de confondre le permis et l'illicite, l'humain et le divin? Est-ce l'ordre que de pécher contre soiineme, que disge? ô honte! ô chose inouïe jusque-là dans les fastes hum^iins! de faire de sa propre épouse un lupanar? Est-

l. ll<MMlicikl 1:0 iloïiite pas le motif de la dôterniination de Conrad, mais Dodctiiin TuiMs î'appi »Mid, lAd ann. 1(J93 in Pistor. Scripl. Gei*m., t. 1 et ap. Baron, pd. Tluniicr, L X\ II, p. 006.) Voici ce que le cardinal D(3usdedit dit d^Henri IV ' " Vxi*rv qvjam mnlns Deo teste prostituit... • «... a filiis propter sui crudelitatem reticTiis.., • ... Dei ficvpientissimus venditor et abjurator. » Card. Deusdedit. Liljelliis cûiitr;i invasores et simoniacos. Mon. germ. hist. De lite... t. \U

ce Tordre, quand le Seigneur demande de défendre la veuve, de condamner les veuves qui réclament justice à une abominable prostitution? Quelqu'un qui appellerait cela Tordre et le bon sens, le fou Oreste le traiterait d'insensé*. Jusqu'à ces derniers tt^mps de malheur, sa nature a aimé le secret, mais livré à son sens réprouvé, votre roi a jeté ouvertement bas le masque au mépris de toute pudeur. Mais, pour passer des choses sans nombre, voyez ces églises brûlées, ces rapines, ces homicides, ces incendies, ces mutilations et le reste. Et pour ne parler que de ce qui pèse sur TEglise de Dieu, écoutez la vérité, ceci n'est ni supposition, ni plaisanterie. Quiconque vend les dignités spirituelles est hérétique, et le seigneur Henri, qu'on appelle roi, vend les évêchés et les abbayes. Il a vendu les évéchés de (Constance, de Bamberg, de Mayence et plusieurs autres pour de l'argent, ceux de Ratisbonne, d'Augsbourg, de Strasbourg pour un glaive, l'abbaye de Fulda pour un adultère, révêché de ilunster, ce qu'on n'ose dire ni entendre, pour le crime de Sodome. Si vous osez le nier, le ciel et la terre parleront, tout Tenfer lui-même, instruit de ces crimes, sortirait de la fournaise pour le dire » 2.

Conrad était le fils de l'empereur et de sa première femme Berthe. Henri, à la mort de celle-ci, avait épousé en secondes noces une princesse russe, Adélaïde (d'autres l'appellent Praxéde), veuve du margrave de Brandebourg. Or il conçut pour elle une haine tellement barbare qu'il la fit enfermer et l'abandonna, à la façon des Nicolaïtes, à la merci des courtisans. Même il voulut contraindre son fils à lui faire subir les derniers outrages. Comme celui-ci, muet d'indignation, se refusait à de si incroyables exigences, Henri, pour se venger, poussa la fureur jusqu'à nier qu'il fût son père ^, Outré, Conrad s'éloigna pour

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