IX. — PÉRÉGRINATIONS DU PaPE. — SON APPEL AUX ÉVÊQUES
DE France. — Il entre a Rome ou il est secouru par Geoffroy de Vendôme.
Mais revenons en arrière. Urbain II avait repris le cours de ses voyages apostoliques dès le début de 1093. A Salerne, le 14 janvier, il confirma les privilèges et les libertés du monastère de la Gava, dont il avait consacré l'église le 5 septembre précédent*. Passant par Bénévent, en février, il arriva àTroîa^ dans la Pouille, où il tint un concile de près de cent évêques ^, dont nous aurons à parler plus loin.
Après le concile de Troïa, nous trouvons le Pape successivement au mont Gargano, dans le royaume de Naples *, au monas- ^
1. Pflugk-H., AclaAl, n. 1^. Cette pièce vraie, que nous avons, nous donne la c<M'titu(le que la bullo suivante (iàid,, n. 18<>), adressée également à Pierre de la Cava, est fausse. De même la bulle envoyée à • Etienne -, évoque de Cahors, dans laquelle le Pape accorderait une indulgence plénière aux visiteurs de Tégiise du monastère de Figeac, le 7 novembre, et où le mt^me Pontife déclarerait que la dédicace de cette église a été faite parle Christ. C'est un document apocryphe. {CrvceiRer. Cadurc. hist.. p. 5<>.) Il y est dit que ce privilège fut délivré au palais du Latran, le 9 février 1093 ; Urbain II n'occupait pas encore le palais du Latran. De plus, cet Etienne, évoque de Cahors, est absolument inconnu.
t. Urbanus per Beneventum transiens Troie sinodum fecit. Annal, Benv., 1092, (c'est-à-dire MYS). .\f. G, SS., III, 18i.
3. Bernold, Chron., 1093. M, G. SS., V, 4')0. Il nous reste deux canons de ce concile : l'un traite de la dissolution des mariages contractés entre pai*ents à un degré prohibé, l'autre de la Trêve de Dieu. Cf. Iv., Décret.^ IX, c. 53, — La peine de l'excommunication fut portée contre les infracteurs de la Trêve de Dieu, api-ès trois avertissements de l'évoque. (Si quis Treviam Dei fregerit... Labbe. Conc. X.) Nous avons établi ailleurs qu'il n'y eut qu'un concile à Troïa en 1093.
4. Il y prit sous sa protection, le 20 avril, le monastère bénédictin de N.-D. de Zwifalten, en Souabe. {Wirtemb. Urkundembuck., 1,298. ikm:,Reye$L, 5483.)
1ère de Terre-Majeure dans le diocèse de BénéventSet plus tard, au mois d'octobre^ à Ceperani, dans le Latium ^.
Il se rapprochait de la Ville éternelle. L'espoir qu'il avait de recouvrer enfin le palais du Latran, maintenant que les schismatiques découragés devenaient moins audacieux, Texeita à mettre tout en œuvre pour y parvenir. Ce qu'il n'eût pas voulu conquérir avec l'effusion du sang, il résolut de le gagner à prix d'argent. N'était-il pas légitime d'exploiter, de cette manière, pour la bonne cause, l'avidité du peuple romain, quand les scbismatiques ne se faisaient pas de scrupule d'y recourir pour semer partout le désordre et la ruine ? Grégoire VII lui-même n'avait pas hésité à employer ce moyen, pour se réconcilier les esprits, quand il accepta une somme considérable de Robert Guiscard pour lutter contre Henri ^. Urbain s'adressa à la France, Tête ruelle pourvoyeuse de la Papauté en détresse. C'est vraisemblablement d'Âlatri, dans la campagne de Rome ^, qu'il écrivit aux évoques et aux abbés de l'Aquitaine, de la Gascogne et de Ja Bourgogne méridionale, puis à Renauld, abbé de Saint-Gyprien de Poitiers, en Sollicitant de leur charité des collectes parmi les fidèles.
Dans sa lettre aux premiers, il laisse échapper ce cri d'espérance que bientôt la liberté sera rendue au Siège apostolique et
1. C'est de là qu'il écrivit, le 25 avril, aux évèques d'Espagne, pour leur apprendre la nomination de Bernard de Tolède comme légat. Il leur envoie un repi-^sentant • parce que, dit-il, TÉgliso romaine est en ce moment si éprouvée par ses ennemis, que ses enfants ne peuvent venir la voir sans grand danger et qu'elle-même ne peut aller visiti»r ses enfants ». Xeu4s archiv., IV, 29ÎK JafTédaU' cotte lettre du 25 avril 109<). Fita {Holelin delà Real Acadeniia,o\). pi-jecit., p. 37) a établi avec raison qu'il fallait la rapporter au 25 avril 1093. Le docti^ur Ewald (fîeisenarfi tpanien, p. -iîlî» et seq.) dit à tort que le monastère do Ton*e-Majeure ost situé dans les environs de Bordeaux.
2. Le 17 de ce mois, à la doinando d'Hugues, abhé do Cluny, il annexait à l'abbayo de Moustier-Neuf, do Poitiers, Téglis»» Sa! nt-M colas qui avait déjà oK» attribuée à la mémo abbaye par le concile de Saintes. Mabillox ot Ruin., Op.jiosth., III, V^X
3. ...Dux direxit plusquam triginta millia solidorum Romanis, quatenus si))i oos pap;oque reconciliaret; quod ot factum est. Lurts Photospata, ad ann. 1083. M, 0. S6\, V, 61.
4. Il y confirma, le 2 novembre, les droits do Renauld, abb<'» de Saint-Cyprieu de Poitiers, sur l'église Sainlo-iVoix d'Angle. Bouquet. liée, XIV, OlKi.
112 LE CONTINUATECR DE GREGOIRE Vil.
que, par elle, la tranquillité, depuis si longtemps désirée, deviendra le partage des églises du monde entier ^ A Renauld, il demande d'insister auprès des grands de la terre pour qu'ils viennent en aide « aux pauvres de l'Église romaine » 2. Il est probable que ce fut à Toccasion de ces collectes que l'archevêque de Bordeaux, Amé, légat du Saint-Siège, convoqua dans sa ville un concile provincial ^.
Avant son entrée à Rome , le souverain Pontife fit sa dernière étape à Anagni^.
La Noël de cette année 1093 fut pour sa cause un triomphe. Sans avoir recours aux armes, ce qu'il avait en horreur, il put, grâce aux circonstances, faire son entrée pacifique dans Rome, à la fin du mois de novembre. Yves de Chartres l'accompagnait^. II y célébra solennellement la fête de la Nativité de Notre-Seigneur ®.
Guibert était alors enfermé dans Vérone avec l'empereur. Il y était si découragé qu'il feignit de renoncer à ses dignités prétendues, dans l'intérêt de la paix générale. Néanmoins il comptait encore à Rome de nombreux amis qui n'attendaient qu'une occasion pour exciter de nouveaux troubles. Urbain II avait pris des précautions pour ne point la leur fournir. Ce qui surprend, c'est que la mansuétude du Pontife n'ait pas désarmé leur colère. Loin de là, fortement retranchés dans le château Saint-Ange, ils avaient bloqué le pape dans la forteresse de
1. Confidimus quod in proximo apostolicîH Sedis libertas restituetur. Bouquet, ibid,, 697.