‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 96 sur 356 · XI. — Conciles de Reims et d'Autun · texte numérisé non relu

XI. — Conciles de Reims et d'Autun

EXCOMMUMÉ.

Le roi de France

Un concile se réunit en effet, le 18 septembre 1094, à Reims, par la volonté du roi. Quelles affaires devaient s'y traiter? Dans ce qui nous reste de ce concile, il n'est pas question du mariage de Philippe. Cependant on voulait y prévenir la publication de la sentence dont celui-ci était menacé. Le roi avait perdu, dans le cours de Tannée, son épouse légitime, et il espérait sans doute que les évoques se relâcheraient de leur sévérité envers Bertrade. Trois archevêques et huit évoques se trouvèrent réunis à Reims. Richer de Sens était mécontent de ce que le concile se tînt hors de sa province, mais le roi obtint de lui qu'il se rendrait chez l'archevêque Renault, parce que celui-ci, malade de la goutte, ne pouvait quitter sa résidence. Quanta Yves de Chartres, il refusa de s'y rendre : « Je devine bien, par les menaces qui me sont lancées, écrivait-il à Richer, qu'on ne me laissera pas dire la vérité impunément, puisqu'on m'accuse de parjure et du crime de lèse-majesté pour avoir déjà parlé franchement et obéi au Saint-Siège. Que le maître Roi, si Dieu le permet, en agisse avec mon Immble personne comme il lui plaira, qu'il m'enferme, m'exile, me proscrive, avec la grâce du ciel j'ai résolu de souffrir pour la loi de mon Dieu et rien ici-bas ne peut me faire le complice d'une faute dont je ne veux en aucune façon partager le châtiment *. » C'était le temps où les évoques parlaient courageusement aux rois, le temps où Tarchevêque Lanfranc écrivait à deux rois d'Islande pour leur recommander de veiller à l'invio-

1. Letlrode rarchevèque Renault à Robert do Flandre,. tr^.C'onc., t. VI. p. 167i>. Paris, 1714.

i. IvoN,ep. 35.

labilité du mariage : « Il y aurait dans votre royaume, disait-il au roi Gothrige, des hommes qui épousent leur propre parente ou la parente de leur femme défunte, d'autres qui laissent à leur gré leur épouse légitime et quelques-uns même qui osent pratiquer avec d'autres d'infâmes échanges... * »

Le concile se tint dans la basilique métropolitaine dédiée à la très sainte Vierge Marie. C'était la cathédrale achevée par Ilincmar. Flodoard en fait un magnifique éloge quand il décrit ses murailles décorées do peintures, ses tapisseries, ses verrières, ses pavés de marbre et de mosaïque. Philippe I**^ devait se sentir ému dans cet édifice où, trente-cinq ans auparavant, le 17 mai 1059, il s'était vu imposer, par les mains de l'archevêque Gervais, la couronne d(î Charlemagne. Jeune et pur, il était prosterné devant l'autel, sur le grand carreau semé de fleurs de lys, et la bannière de France était blanche. Alors Philippe reçut du Pontife consécrateur le baiser de la sainte Eglise. Mais aujourd'hui l'excommunication pesait sur sa tète.

Les Pères du concile furent-ils favorables à son divorce? On ne peut guère le soutenir, puisque les documents font défaut làdessus. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'ils usèrent d'une grande modération, parctî qu'ils étaient sans doute quelque peu dévoués à la cause du Roi, en particulier l'archevêque de Reims qui jouissait d'une haute considération tout à la fois auprès de Philippe et d'Urbain IL Mais le concile d'Autun, un mois plus tard, allait revenir sur cette alfaire.

A Autun, le 25 octobre 1094, le concile fut présidé par Hupies de Lyon. Tenu en grande estime par Grégoire VU, mis àl*éeart sous Victor 111, mais cependant sans tourner au schisme, l'archevêque de Lyon, libre et dégagé de toute fonction publique, avait reçu du pape Urbain, sur la prière d'Yves de Chartres, la mission de légat en France. Il parait qu'il s'était récusé devant un tel honneur. Yves ne lui en dissimula pas sa peine. Il le suppUait de ne pas entendre les conseils de faux amis qui, parc<^ que le chef languit, allèguent la difficulté de soulager le corps

i. Baron n;s, ad ann. UHK

12f) LE CONTINUATEUR DE GREGOIRE VII.

malade. C'est le conseil de « médecins inhabiles qui aiment leur tranquillité plus que le salut dos infirmes ». Et il ajoutait : • « Quand même il aurait surgi en Italie un autre Achab, et, en France, une autre Jézabel, qui clierchont à renverser les autels et à tuer les prophètes, qu'Elie ne dise pas : Je reste seul et ils en veulent à ma vie ! autrement la divine réponse se ferait entendre» : Je me suis réservé sept mille hommes qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal. Quand même Ili'îrodiade danserait pour h* bon plaisir d'H<'»rode, demanderait la tête de Jean et l'obtiendrait de rinfâme, c'est à Jean de crier : Non licet * ! » Aussi l'inébranlable évêque demande-t-îl à Hugues de remettre la main à la charrue, d'arracher les épines du champ du Seigneur et de semer en vue des prochaines moissons. Hugues de Lyon ne resta pas sourd aux énergiques sollicitations d'Yves de Chartres. Obéissant au Pape, en présence de trente-deux évêques et de nombreux personnages réunis à Autun, il renouvela les censures déjà portées contre le roi Henri, l'antipape Guibert et leurs complices. La simonie et l'incontinence des clercs furent condamnées sous peine d'excommunication et la même peine, pour la première fois, fut oflîciellement portée et publiée contre le roi de France. Toutes ces décisions, dit Berthold ^^ furent confirmées par le légat apostolique.

Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, pour le dire incidemment, raconte un trait qui a rapport à la légation d'Hugues en France à cette époque et dans le pays d' Autun. Parmi les religieuses de Marcigny, dont il fait le plus grand éloge, il y avait nombre de personnes de haut rang, même des femmes issues de sang royal. Leur vie était d'une sainteté angélique. Elles étaient ensevelies dans le cloître comme dans un tombeau et eussent préféré la mort à la violation de la clôture. L-n jour qu'un violent incendie s'était déclaré dans le monastère, les courageuses filles ne bougèrent point. Il fallut que l'archevêque de Lyon, alors de passage dans le pays et institué, dit le chroniqueur, légat des Gaules par le pape Urbain, vînt les sommer de

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