‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 97 sur 356 · Ad ami. l^JiU · texte numérisé non relu

Ad ami. l^JiU

sortir : « Par Tautorité du B. Pierre, leur dit-il, au nom du seig-neur Pape dont je tiens la place, et par obéissance pour votre abbé, je vous ordonne de venir à moi de suite. » Alors s'avance une des religieuses les plus distinguées du couvent. Elle déclare qu'elle et ses compagnes mourront dans leur champ tracé pour la pénitence si elles ne sont déliées de leurs serments par celui qui au nom de Dieu les y a enfermées. Et elle supplie le légat, non de leur demander une chose qui est défendue, mais d'ordonner aux flammes de disparaître. Stupéfait de la foi de cette femme, Hugues commande au feu dévorant de respecter les servantes de Dieu. Soudain l'incendie s'arrêta sans que nul homme y eut porté la main, sans qu'une goutte d'eau y fût tombée du cieL

Pour reprendre la trame des événements, le légat du Pape avait fait preuve d'énergie au concile d'Autun et il y eut grand émoi dans les Gaules, quand la nouvelle de l'excommunication du roi fut connue*.

Le coupable était exclu de la communion des fidèles, dépouillé (le ses honneurs, et quiconque était lié envers lui par un serment était par le fait délivré de ses obligations. Philippe le comprit ainsi. Partout où il passait , roffice public cessait incontinent. Approchait-il d'une ville ou d'un fort, les joyeux campaniles s'arrêtaient de sonner, le chœur des clercs et des moines se taisait •. Un silence de mort semblait accompagner le Roi comme son ombre r(>n eût dit qu'il promenait partout, malgré lui, le deuil de son crime. Sortant un jour d'une ville en compagnie de Bertrade, raconte Guillaume de Malmesbury, il entendit les cloches sonner à grande volée et les derniers échos des chants liturgiques arriver jusqu'à lui. « Entends-tu, dit-il en se tournant vers Bertrade, entends-tu comme ces genslà nous chassent ^ ? »

l. M h: H AUD (///»/. des Crois., i. I, p. 101, n. 2)parIeder«'xroinniunicationlanc(^e roulre Philippe, couiiiH» d'un • exercice violent do raiitorit»' pontificale ». Il veut l»ieii l'excuser en disant que la puissance des papes ne* fût pas parvenue autremont il maintenir la sainteté des lois du mariage.

•2. OuDERic Vital, Hist. evcL, lib. VllI.

:î. WiLL. Malm. Gest.reg. AnyL, 1. V, n. I(>4 (Migne. CLXXIX, WW).

A partir du jour où Tanathèrae pesa sur sa tête, il ne porta plus la couronne. Voici en effet ce que dit Orderic Vital à ce sujet : « Sous le règne des pontifes romains Urbain et Pascal, Philippe fut interdit pendant près de quinze années. Durant ce temps il ne porta jamais la couronne, ne revêtit point la pourpre et ne figura en souverain dans aucune solennité ^ » Même il ne recevait plus la couronne des mains de Tévêque, dans les grandes cérémonies, comme c'était Tusage. C'était la coutume en effet qu'indépendamment du couronnement inaugural, il s'en faisait d'autres dans les fêtes les plus solennelles, pour le décor et la majesté du culte divin. Un des évêques qui accompagnaient la cour s'avançait alors vers le roi et déposait le diadème sur sa tête. Le roi assistait ainsi, dans cet apparat, aux offices liturgiques. Yves de Chartres parle de cette coutume, quand dans sa lettre 67®, il se plaint à Hugues de Lyon que, malgré sa défense, l'archevêque de Tours ait osé imposer la couronne au roi, le jour de Noël. Dom Marlot^ cite une charte de Louis le Gros où il est également fait allusion à cet usage. Quoi qu'il en soit, l'excommunication privait donc vraiment le roi de certains honneurs temporels, même avant que fût prononcée la sentence de déposition. Toutefois, en vertu des dispenses épiscopales, il put se faire dire la messe basse dans sa chapelle. Ce fut à ce moment que, dans sa colère, il menaça le Pape de faire un schisme.

Cependant Yves de Chartres devait porter tout le poids des représailles. En dépit de son âme de bronze, il était homme, et, à certaines heures, l'accablement lui faisait pousser de longues plaintes. Il aurait voulu aller trouver le Pape pour lui raconter son crucifiement de tous les jours : « En voyant que je commande à tout le monde sans être utile à personne, lui disait-il, je songe souvent à renoncer à ma charge pastorale et rentrer dans le calme d'autrefois, en attendant qu'on vienne me délivrer « de la pusillanimité d'esprit et de la tempête^ ». Une seule

1. Ord. Vit.. 1. VIII. Ann. Um, liée, des l/isi. des Gaule», XII, <m

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