LAURENCE, ALBERT
LAURENCE
Bonjour, Albert !
ALBERT
Bonjour, ma ]>etite Laurence î
LAURENCE
Votre comte est parti?
ALBERT, riant.
Le comte? Ah! bon! j'y pense.
Vous le délestez?
LAURENCE
Oui.
ALBERT
C'est un homme charmant î
LAURENCE
n ne me charme, moi, que médiocrement.
Pourtant, c'est un garçon d'une tournure aimable.
^LAURENCE
Oui... que je n'aime pas.
ALBERT
Tout à fait convenable.
LAURENCE
Oui... qui me convient peu.
ALBERT
Qui porte un beau Dom.
LAURENCE
Oui, Mais moi, cousin, je crois qu'il est porté par lui! A son âge...
ALBERT
Il n'a pas encor la quarantaine!
LAURENCE
1 ne me parait pas d'une âme bien hautaine, Ni d'un bien noble esprit de passer tout son temps Dans la société d'étourdis de vingt ans.
ALBERT
Oh! diantre! à ce discours magistral, je devine Que vous êtes l'écho de mon père, cousine; Voilà de point en point le style paternel. C'est très-bien imité ! — sauf son air solennel Qui me fige le sang à ses heures moroses.
— Et vous osez prêcher avec ces lèvres roses! Ah 1 fi 1 — Que c'est vilain. Mademoiselle ! — Fi I C'est odieux 1 — Eh bien, je vous mets au défi.
Je vous écoute. — Allons, prêchez tout à votre aise!
(il approche une chaise qu'il offre à Laurence.)
En qualité de père, acceptez une chaise.
— Le fils reste debout. — U s'agit simplement De cent louis au plus que j^attends humblement.
(Adoucissant sa voix.)
Cent louis ! c'est bien peu. Mon père, je suis sage : Que fais-je, que ne font tous les gens de mon âge? Cent louis!.. '
(Riant.)
Refuser deviendrait inhumain, Et pour cause I — J'en ^î tant besoin pour demain! A votre tour, parlez!
LAURENCE
Cent louis! je refuse!
ALBERT
Non, ce n'est plus cela du tout!
(imitant la toix de son père.) Monsieur s'abuse^ Ou bien Monsieur me prend pour un père barbon