PEINTRES LYONNAIS
Nous ne savons rieu, à dire vrai, des peintres qui ont travaillé à Lyon avant le xiv" siècle. Il y en a eu au xii° siècle et au xuf, cela n'est pas douteux. Ils devaient être familiers avec l'art gréco-byzantin ; nous le supposons, attendu que, dans ce qui reste des plus anciens vitraux de la cathédrale^, on observe l'influence de cet art. On ne saurait d'ailleurs s'étonner de trouver encore à cette époque quelque chose de l'esprit de l'Orient-. A Lyon, les Grecs asiatiques, qui ont tant contribué à l'introduction du christianisme en cette ville, furent assez nombreux et acquirent assez de prépondérance pour que le grec (la langue grecque de l'Asie Mineure) fût devenu et fût resté pendant un temps assez long la langue usuelle d'une partie de la population.
' Lucien Bégule, Monographie de la calhédi'ale de Lyon, 1880. Vitrail de saint Pierre et de saint Paul, p. 104 à 107.
- N. Rondot, les Peintres sur verre à Lyon du xiv' au XVI' siècle, 1897, p. 6 et 7,
Lyon conserva longtemps des relations avec l'Orient, en particulier avec Gonstantinople ; il est même digne de remarque qu'on se soit affranchi aussi tôt chez nous d'une partie des anciennes formules. On le constate au xiii^ siècle.
C'est surtout dans les documents d'archives que nous avons conduit nos recherches, et nous n'avons pas disposé de documents antérieurs au xiv* siècle. De ceux de la première moitié de ce siècle qui devaient nous intéresser, un très petit nombre a été conservé ; à partir de la seconde moitié du xiv° siècle, les rôles d'impôt, les actes capitulaires et les actes consulaires, des comptes de dépense, nous ont mis à même de nous faire quelque idée de ce qu'était notre peuple de travailleurs.
Nombreux sont les documents au xv^ siècle, mais ils sont insuffisants en ce sens que rares sont ceux qui font connaître les travaux de ces ouvriers.
A Lyon et dans le Lyonnais, d'ailleurs, pour les temps dont nous parlons, les monuments en fait de peinture manquent, ou plutôt il n'y en a que des vestiges qui sont sans valeur. Les vitraux peuvent en tenir lieu.
La cathédrale de Lyon ne nous apprend rien à ce sujet. Le chœur et une partie de la nef étaient cependant achevés et couverts au xiii^ siècle ; des verrières à personnages et à histoires, d'une coloration superbe, en avaient déjà fermé les hautes et larges fenêtres ogivales. La recherche d'une décoration d'un si grand caractère donne à penser que la peinture murale y avait été associée, et les peintres ne devaient pas être trop infé-
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rieurs aux verriers. Il est resté des vitraux, mais les murailles n'ont plus rien de leur ornementation première. Les noms de peintres de la cathédrale au xiv" siècle sont conservés dans les actes capitulaires, et, quand Jean Hortart, plus connu sous le nom de Janin d'Ecosse, fut chargé, en 1420, de peindre le chœur, il ne fit qu'en compléter la décoration.
11 y a donc eu à Lyon, au xiv^ siècle, des peintres, et il y a eu aussi des enlumineurs (on disait des illumineurs). Nous en connaissons les noms, au moins pour un certain nombre; nous n'avons toutefois que des noms, et nous ne savons que pour sept ou huit de ces peintres quelles furent quelques-unes de leurs tâches ; nous ignorons quel fut leur art.
L'absence de monuments peints et notre ignorance de la valeur de nos peintres ont arrêté naturellement notre attention sur des peintures murales du xiv^ siècle, découvertes récemment daas le Forez, assez près de Lyon, et qui peuvent, comme on le verra, ne pas nous être étrangères.
Nous voulons parler de peintures murales du chœur ^ de l'église de l'ancienne chartreuse de Sainte-Groix-en- Jarez^. Elles marquent l'emplacement de la tombe de
* De l'ancien chœur.
* A deux lieues au midi de la ville de Rive-de-Gier, dans le département de la Loire. — Ces peintures, recouvertes d'un badigeon grossier au xvn*' siècle, ont été remises au jour à la suite d'une visite faite, le 3 août 1896, à l'ancienne chartreuse, par les membres de la Société de la Diana de Montbrison.
Thibaud de Vassalieu, archidiacre de l'église de Ljon^ Thibaud de Vassalieu, d'origine bressane, riche seigneur, prélat d'un esprit large et élevé, tient une grande place dans notre histoire. Il fut délégué par l'archevêque de Lyon, Pierre de Savoie, pour traiter avec Philippe le Bel de la réunion de Lyon à la France en 1312. Il est mort en 1327.
Que Thibaud de Vassalieu soit mort ou non à Sainte- Croix, cela importe peu. Mais il avait, par son testament, élu sa sépulture dans la chapelle du monastère, et ses exécuteurs testamentaires, Guillaume de Vassalieu, son neveu ^, et Guillaume de Sure, son parent^, accomplirent ses dernières volontés. Ces deux personnages commandèrent certainement les travaux relatifs à ce tombeau, et nous sommes porté à penser que, tous les deux étant chanoines de Lyon et dignitaires du Chapitre, ils en ont confié à un peintre de Lyon la décoration. Celle-ci a été exécutée à une date inconnue, vraisemblablement peu de temps après 1327, l'année du décès de Vassalieu.
Disons tout de suite qu'on trouvera la reproduction et la description de ces précieuses peintures dans deux mémoires de M. A. Vachez^, qui a montré le premier
* L'épitaphe est placée au-dessous des peintures.
^ Guillaume de Vassalieu, chanoine et chantre de l'église de Lyon.
^ Guillaume de Sure, aussi chanoine de l'église de Lyon, succéda à Thibaud de Vassalieu comme archidiacre. Il fut élu archevêque de Lyon en 1332.
Thibaud de Vassalieu el les peintures muraks de l'ancienne chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez (Loire), 1898. Ce premier mémoire fait le mieux connaître ces fresques, et M. Vachez
SAINTE- CROIX -EN-'JAREZ
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l'intérêt qu'offre cette découverte, et dans un ouvrage publié par la Société de la Diana, ouvrage qui, tout en n'étant consacré qu'au Forez, a néanmoins pour nous un vif attrait '.
M. A. Vachcz incline à penser qu'on est en présence d'une oeuvre lyonnaise; M. J. Déchelette, un des auteurs du recueil de la Diana, a fait l'honneur de cette œuvre à un religieux de la Chartreuse.
Nous ne saurions partager cette dernière opinion.
Une première recherche s'imposait. Y avait-il alors à Lyon des peintres qui pussent être chargés de cette entreprise? Il y en avait sans doute, nous l'avons dit plus haut, mais combien peu nombreux à cette époque, combien peu connus.
Les peintres lyonnais, qui, d'après les documents, sont les plus anciens que nous connaissions, sont Garnier, Guillemet et Jacquemet (1306-1312). Un peintre, du
a ajouté à cette description l'histoire de la maison de Vassalieu. — Les Peintures murales de l'ancienne chartreuse de Sainte- Croix-en-Jarez (Loire), publié en 1899 dans les Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France. — M. Favarcq a décrit aussi ces peintures dans le Bulletin de la Diana, t. IX, 1898, p. 293 à 303.
' Les Peintures murales du Moyen Age et de la Renaissance en Forez. Ouvrage publié... sous la direction de M. J. Déchelette et de M. È. Brassart, 1900. In-folio. — En cet ouvrage, M. Joseph Déchelette a abordé dans des conditions difficiles l'étude des anciennes peintures murales conservées dans le Forez, et s'y est appliqué avec un rare esprit de pénétration. La notice des peintures de Sainte-Groix a été écrite par M, É, Brassart.
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