‹ Un peintre paysanChapitre 2 sur 70 · L’ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L’ANGE GARDIEN

L’enfant voit tout et de tout reçoit une commotion. Mais que rendra-t-il?

On dit à son propos : « C’est un petit ange ou un petit démon. »

Son instinct se montrera vite.

Il y a de vrais démons, mais le plus souvent, ici, c’est un ange qu’il faut se garder de gâter ou un bon diable susceptible d’ctre redressé.

Or, cet ange tapageur et luron a de l’extase dans les yeux.

Le berceau de l’homme c’est la poésie et le merveilleux.

Rien ne semble impossible à l’enfant et il a raison puisque tout est prodigieux jusqu’au brin d’herbe.

Il croit tout avec une foi entière.

Les fées des contes dont on le berce lui apparaissent aussi vivantes, aussi naturelles que sa mère et sa nourrice, et il s’attend, à chaque pas, à les rencontrer dans les allées du jardin. Les choses lui semblent animées d’une existence semblable à la sienne ; vous le voyez baiser ou frapper l’arbre ou la pierre dont il croit avoir à se louer ou à se plaindre.

Quelles ne sont pas ses joies devant les merveilles de la Création !

Avec quelle tendresse sa petite âme s’ouvre à l’amour ! Il est bien déshérité celui qui, dans son âge mûr, ne retrouve, au fond de sa mémoire, un fantôme protecteur, le premier être adoré à la première éclosion du cœur; être depuis longtemps disparu, mais agrandi et spiritualisé dans le souvenir comme un saint de prédilection qui, aux heures désenchantées, lui parle de Dieu.

Le souvenir de mon enfance le plus enveloppé de mystère et en même temps le plus intense est celui du doux fantôme, si tôt évanoui, qui fut ma mère.

SOUVENIRS

Il me suit partout aux jours heureux comme aux heures néfastes.

C’est mon ange gardien.

Je la revois, cette mère, avec ses yeux noirs souriant d’ineffable tendresse, avec son rayonnement de morte, c’est-à-dire d’âme pure!

Elle est là écartant les tentations mauvaises pour me dire : « Sois juste, sois bon ! »

La persistance de ce sentiment qui m’unit indissolublement à un être que j’ai à peine connu, est une de mes plus intimes raisons de croire à l’immortalité de l’âme. L’amour est la flamme qui la rend éternelle.

Douce mère, n’est-ce pas aussi toi que j’entrevois à travers toutes les femmes que j’ai cherché à glorifier dans mes poèmes et mes tableaux?

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