LA BÉNÉDICTION DES BLÉS
J'ai dit l’ivresse qui me gagna le jour où je compris la beauté de notre plaine aux jours de la moisson, j’ai raconté comment une fillette assise près d’un champ de blé avait été le point de départ de mes tableaux rustiques ; j’ai décrit mes premières Glaneuses de 1 855 , sujet qui jusqu’alors n’avait été traité que sous le costume de Ruth et de ses compagnes. L’idée de la Procession devait me venir naturellement après la réussite des Glaneuses.
Ce tableau représente une scène souvent vue dans mon enfance.
C’est encore le vieux Courrières que nous venons de décrire.
La civilisation moderne n’a pas eu le temps d’enlaidir la simple silhouette du village aggloméré autour du clocher tranquille, au milieu d’une mer de blés !
QUELQUES TABLEAUX
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Nous venons de les revivre ces jours d’heureuse humilité où, sous un soleil paternel et débonnaire, on se prosternait encore devant la splendeur et la bonté divines.
Les voilà ces paysans qui m’ont souri dans mon enfance. Ils vont, la tête un peu penchée, le pas traînard, murmurant des psaumes, l’œil perdu dans de vagues mystères qui ne les troublent point; ils vont, paisibles et endimanchés, sur ce chemin qui a bu leur sueur et qui, à ce soleil de fête, semble aussi chanter avec ses mille fleurettes épanouies ; ils vont au milieu des blés qui portent, droits, leurs épis lourds, dans l’air pur, au souffle tiède balançant les roses clochettes des liserons enroulés aux pailles claires; ils vont n’implorant, pour leur chaumière, que le bonheur sans bruit, que le pain quotidien dans le travail, la santé et l’honneur; ils vont remerciant la Providence dont ils suivent pieusement l’image, cet ostensoir qui rayonne dans le rayonnement du soleil.
Ce tableau apparut à Paris en 1867, il y a trente-huit ans.
Il est depuis lors au Luxembourg et je suis heureux de constater qu’on s’intéresse encore à son naïf et sérieux soleil.
Il n’a pas bougé, lui! tandis que tout s’est transformé chez nous et que les gens qui le composent ont presque tous disparu.
Il n’a pas bougé, seulement ses personnages qui, en iSSy, parurent un peu trop réalistes, semblent devenus plus beaux, tant depuis on a accentué la laideur rustique.